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Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

Eudaldo Casas de la CNT à Narbonne (suite 2)

Auparavant, avec Léon Blum, député SFIO élu à Narbonne et président du Conseil du gouvernement de Front populaire, l'anarchosyndicaliste catalan a le droit de se réjouir. Il fait monter ma mère sur la table de la cuisine pour lui faire entonner l'Internationale. En février 1936, l'Espagne n'avait-elle pas aussi votée pour un gouvernement de Front populaire.

Hélas, il déchante vite. La CNT, pour laquelle il milite, n'y va pas par quatre chemins. Le gouvernement de Léon Blum est un traitre à la classe ouvrière en déclarant la pause sociale et de pas intervenir en République espagnole de Front populaire attaquée par un coup d'Etat militaire factieux. Selon mon grand-père, même si la CGT soutient l'Espagne républicaine, des tiraillements pour l'action apparaissent au sein de la confédération entre ex-confédérés et ex-unitaires.

En revanche, sitôt le coup d'Etat fasciste contre la République espagnole, la CNT de Narbonne envoie ses plus jeunes syndiqués s'engager dans la CNT en Catalogne. Dans le Narbonnais, se collecte de l'argent pour acheter des armes de guerre au marché noir, convoyée clandestinement vers la CNT espagnole par les Pyrénées. Des sommes d'argent passent aussi la frontière "pour l'aide au peuple espagnol". Et les fuyards nationalistes de la Catalogne républicaine sont brutalement rançonnés et dévalisés de leurs bijoux par les miliciens de la CNT sur la frontière ou en France.

Les relations entre anarchistes espagnols et socialistes français se tendent. Le journal socialiste Le Populaire égratigne l’image idéale d’un anarchisme espagnol pur, dévoué et sans taches.

En Espagne, les anarchistes sont partagés entre revenir au gouvernement de gauche ou s'en tenir à l'écart, le PC espagnol "soviétisé" prenant trop d'importance. Buenaventura Durruti, chef anarchiste influent, est tué d'un balle perdue, tirée par derrière, en montant au front de Madrid pour rejoindre l'armée régulière républicaine.

Défaite après défaite, sous le coup des dissensions entre républicains et des efforts massifs en armes et en hommes des régimes hitlériens et mussolinien, la République espagnole est vaincue.

A Narbonne, Eudaldo Casas déchiffre les pages de l'Indépendant affichées en sous-préfecture. La soeur de son épouse et sa fille sont à la recherche du mari de cette dernière. Elle s'était mariée civilement avec un conseiller militaire soviétique. Et au lieu d'embarquer à l'été 1938 pour URSS, ce dernier demeura en Espagne pour combattre dans l'arrière-garde sur le front de Catalogne. Il ne sera jamais retrouvé.

Mon grand-père obtient la libération du camp de Barcarès de sa belle-soeur et de sa nièce. Elles viennent s'abriter dans la maison des Faneca, demeure de sa belle-famille à Narbonne. Il récupère du même camp, un père, sa femme et leurs deux enfants, des cousins de Xerta. Ils vont loger dans son petit appartement narbonnais, déjà bien rempli avec lui, son épouse Sinta Faneca et leurs quatre filles.

Dès mars 1939, Philippe Pétain est chargé par le gouvernement français de solliciter la neutralité de l'Espagne franquiste en cas de conflit avec le Reich hitlérien. L'Espagne franquiste obtient le retour des fonds républicains espagnols entreposés à la Banque de France. Pétain est reconnu officiellement ambassadeur de France fin février 1939. La France reconnait donc le Caudillo comme le représentant officiel de son pays, quand l'Espagne républicaine combat toujours contre les forces fascistes.

Après l'invasion allemande de la zone française dévolue à Pétain et à son régime collaborationniste, Eudaldo Casas mène toujours le chariot de vins que son patron négocie dans Narbonne. Les Allemand deviennent les acheteurs majoritaires de son patron.

Muni d'un laisser-passer oblitéré par les nazis, mon grand-père circule librement: moyen de distribuer des tracts de la résistance communiste principalement issue de la jeunesse espagnole immigrée. Le 12 mai 1944, nombre d'entre eux sont arrêtés et déportés. Mon grand-père échappe au coup de filet de la Gestapo.

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