Le camp d'internement du Barcarès (suite 1)
La préfecture des Pyrénées-Orientales, avec moins de 250 000 habitants, est dépassée par cet afflux massif et soudain de 450 000 réfugiés, hommes, femmes et enfants, civils ou militaires.
Construit précipitamment en quatre semaines sur le sable des plages, le camp de Barcarès ouvre le Initialement camp provisoire, vont se construire des baraquements bâtis sur la plage pour abriter des réfugiés en nombre dans des conditions très difficiles de promiscuité d'hygiène et de salubrité. Ces réfugiés proviennent de deux autres camps surpeuplés d'Argelès et de Saint-Cyprien des Pyrénées-Orientales
En conséquence, prévu pour 31 500 personnes, dans le camp d'internement de Barcarès vont s'entasser 80 000 réfugiés, répartis en 18 blocs de 25 baraquements chacun. Au départ, les réfugiés eux-mêmes s'abritèrent dans des trous creusés dans le sable et recouverts de bâches ou de morceaux de voiles échouées sur la plage. Entouré de barbelés, le camp de Barcarès est surveillé par gardes mobiles et soldats coloniaux. Nul interné n'est autorisé à en sortir sans permission des autorités.
Dans Narbonne, le comité local de la CNT s'autodétruit et ses militants se dispersent pour ne pas être soumis aux décrets-lois du 21 avril 1939 contre toute propagande étrangère et à l'emprisonnement de ses responsables. Mais les activiste narbonnais de l'ex-CNT n'en oublient pas leur solidarité envers leurs compatriotes internés dans les Pyrénées-Orientales.
Mon grand-père maternel, immigré à Narbonne comme ouvrier viticole, était retourné en Catalogne espagnole en 1931 lors de l'avènement de la 1ère République espagnole, avec son épouse et ses deux filles, dont ma mère. Toujours ouvrier viticole en sa patrie natale, il adhéra sans façon à la CNT, syndicat ultra-majoritaire en cette partie de l'Espagne. Comme son syndicat, il prit fait et cause pour l'autonomie de la Catalogne au sein de la République espagnole. Mais cette république, principalement bourgeoise, réprima toutes revendications ouvrières et autonomistes dans le pays. En Catalogne, ce fut la chasse au syndiqués CNT et mon grand-père se retrouva licencié sine die. Euldaldo Casas revint en exil à Narbonne avec tous les siens.
Dès lors, il anima l'antenne locale CNT qui, dans le Narbonnais, syndiquait la grande majorité des journaliers viticoles expatriés.
Les propriétaires des grands vignobles autour de Narbonne n'embauchaient pas les immigrés catalans par humanisme chrétien. Aux AD de l'Aude, figure le carnet d'un grand exploitant viticole narbonnais: "les Espagnols sont moins rémunérés, plus durs au travail et plus malléables à être commandés dans leurs conditions misérables d'existence."
En conséquence, les ouvriers français sont minoritaires dans les vignobles narbonnais. La CGT en syndique peu, ceux qui ne possèdent pas une petite vigne qu'ils entretiennent après le labeur chez leur patron. De ce fait, le catalan est l'idiome principal des travailleurs dans le vignoble. Et la CNT y entretient la solidarité active envers un camarade en difficultés financières ou malade, par leur caisse de secours.
La CNT ne se faisait plus aucune illusion sur le gouvernement français pour aider l'Espagne républicaine attaquée. Léon Blum, député SFIO de Narbonne et chef du gouvernement, avait tenu meeting à Narbonne le 25 octobre 1936. Il réaffirma la non-intervention en Espagne et la pause sociale dans le programme du Front populaire.
Mais dès que débuta la guerre en Espagne, les plus jeunes ouvriers catalans, principalement célibataires, rejoignirent la Catalogne comme volontaires dans les colonnes de la CNT-FAI. La CNT à Narbonne s'employa à collecter de l'argent pour acheter des armes au marché noir, plutôt que des collectes financières pour des vêtements, comme agissait la CGT.
Chaque samedi soir, laissant sa femme et ses quatre filles à Narbonne, par une filière clandestine, Eudaldo Casas franchit les Pyrénées par des sentiers muletiers avec la complicité des catalans français et des douaniers syndiqués CGT. Lui et d'autres ne seront jamais surpris par les gendarmes mobiles obéissant strictement au dernier gouvernement de la 3e République.
Lorsque les pages de L'Indépendant sont affichées à la sous-préfecture de Narbonne, mon grand-père n'est pas le dernier à les lire. Des gens de sa famille sont du côté des républicains vaincus en Catalogne et peut-être sont-ils enfermés dans des camps français.
Pour cause d'insalubrité notoire et de promiscuité inquiétante, les autorités françaises libèrent des internés après une stricte enquête policière.
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