La croisière s'amuse
Jean-Marc est le bosco du bateau (on dit grand chambellan à terre) et François le commandant suprême à bord (même avant Dieu à ce qu'on dit de lui tant on le loue dans son royaume). Bref, il a embarqué un autre François. Celui-ci pataugeait dans les méandres d'un syndicat des plus réformistes dont il avait accompli le tour complet plusieurs fois et sans s'en lasser.
- Des pauvres à l'horizon, s'est alors exclamé la vigie, un certain Arnaud fort en gueule peut-être, mais pas méchant pour deux anciens francs.
- A droite toute contre la pauvreté, a ordonné l'autre François, le boss, comme si c'était sa vraie nature (la droite, pas la pauvreté pour ceux qui ne suivraient pas).
Du coup, Jean-Marc a sorti un papelard de son chapeau de magicien et a dit: "Comme on n'augmentera jamais le pouvoir d'achat, on va imposer 10% d'enfants pauvres dans les crèches".
- Pourquoi 10% et pas 10,50%, murmura Benoit le mousse qui, avant d'embarquer, était pour plus de justices sociales.
- Tu es bien gentil, mais mange plutôt ta soupe si tu veux grandir, coupa sèchement le commandant François.
Et Benoit d'avaler une couleuvre de plus, parce qu'il voulait être un jour comme celui qui gouvernait le navire.
C'est François, celui du marigot réformiste qui fut débarqué pour apporter la bonne nouvelle aux pauvres. Il avait été bombardé pour cela général du
plan de lutte contre la pauvreté. Il avait de qui tenir. Son papa, du même marais syndicaliste, adoubé ministre par un autre François (lui aussi de la même fleur à épines que le capitaine de
mon histoire), avait éradiqué la pauvreté en Lorraine. Il avait lourdé tous ses sidérurgistes (ou presque autour de Florange). Et plus de prolétaires, plus de pauvreté, c'était bien
connu!
Voilà une bonne mesure que de placer 10% d'enfants pauvres dans les crèches, se ravirent les médias et les bonnes âmes. Sans songer aux 90% de cette catégorie qui ne seraient pas accueillis dans le service public de la petite enfance. A leur décharge, ils ne vivent pas dans les quartiers déshérités.
Mais comme quoi, les mots égalité et fraternité avaient bel et bien disparu du fronton de la France de la Révolution de 1789.
«Il faudra désormais que les crèches accueillent au minimum 10% d’enfants pauvres», a déclaré Jean-Marc de Nantes, le bosco à bord de l'Elysée. «A terme, les crèches devront accueillir la même proportion d’enfants issus de familles pauvres que ce qu’ils représentent dans leur commune», a-t-il aussi précisé, sans dire à quel siècle le terme se situerait et si on embaucherait dans la fonction publique de la petite enfance, elle déjà bien sinistrée par les gouvernements successifs.
La pauvreté touche un enfant sur cinq en France ( selon l'INSEE).
