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Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

Avis à la population! Du moins à tous mes lectrices et lecteurs!

Contrairement aux cigales de mon Occitanie natale, qui criblent l'été de leurs chants stridents, du moins celles que le dérangement climatique n'a pas cramées, je vais m'assoupir quelque peu. Bien sûr, mon blog reste toujours visible pour lire ou relire ma prose politique, syndicale, sur le Mantois, comme sur ces légendes dans les Corbières éternelles.

Autrefois, avant que je m'expatrie pour vendre ma force de travail à la SNCF en région parisienne, une cigale m'avait conté l'histoire du coq de la tante Hermida. Ce n'était pas banal et j'en conviens. Mais en ces Corbières éternelles, la magie prend souvent le dessus sur la réalité des choses. Et puis, ne connaissez-vous pas des ânes qui vous parlent chaque jour à la télévision ou dans la radio?

La tante Hermida était donc la doyenne du village de Port-la-Nouvelle et chacun respectait son âge vénérable. Dès la bonne saison, elle s’asseyait sur son devant de porte et regardait s’écouler la vie. Elle avait pour chacun un mot gentil à dire, un sourire à céder, même avec le facteur grognon comme pas un.

Seulement voilà, la vieille dame possédait un coq aussi âgé qu’elle. Depuis quelque temps, ledit gallinacé chantait au cœur de la nuit et plus du tout dès le matin clair. Ce damné volatile tonitruait jusqu’à ce que le soleil ne se pointe sur la mer. A force, cette cacophonie exaspéra tous les voisins de tante Hermida, sauf le boulanger qui, pour le coup, ne ratait plus l’heure d’allumer son fournil.

On aurait pu faire intervenir le garde-champêtre contre ce perpétuel tapage nocturne. Mais il ne fallait surtout pas froisser la plus vieille et la plus gentille personne de Port-la- Nouvelle.

Alors fit-on mander le vétérinaire du chef-lieu de canton. Il ne soignait plus que chiens, chats et lapins d’appartements, mais il trouverait bien un médicament pour rendre la réalité du temps à un vieux coq. Hélas, il prescrit qu’à moins de le faire cuire dans du vin, il n’avait aucune autre potion miracle. Ce qui n’était pas très scientifique de la part d’un homme de sciences !

Ensuite, l’on fit appel à la rebouteuse, elle soignait les coup de soleil ou le moindre bouton de fièvre aux lèvres d’une jeune fille. Mais on la fit venir surtout, car disait-on, elle détenait le mauvais œil. Ainsi, pourrait-elle faire passer de vie à trépas un coq, sans que la tante Hermida ne s’en doutât, vu le grand âge de son gallinacé. « Comment, s’offusqua cette diablesse, faire du tort à un pauvre oiseau, c’est contraire à ma déontologie ! » Et on en resta-là aussi de ce côté.

Il ne restait plus que la magie qui transformait du plomb en or, surtout le contraire. Et l'on dénicha un magicien exceptionnel que les grands de la planète, surtout dans un certain palais de l'Elysée, consultaient très souvent. Il coûtait très cher, mais le village se cotisa et la mairie accorda une aide substantielle.

On le fit venir et le coq devînt une sculpture inerte et non plus un gallinacé vivant, en deux passes et une pincée de poudre de perlimpinpin. Et le magicien repartit du village, plus riche qu’il n’y était rentré.

Mais le coq, devenu chose inerte et atone, attrista très fort la très vieille dame. Elle s'enferma chez elle pour y pleurer le jour et la nuit. Surtout la nuit et très fort aussi. Après les cocoricos importuns d’un coq, voilà donc les pleurs continus et aigus de sa très vieille maîtresse. Et puis adieu à ses sourires et à ses mots gentils sur son devant de porte.

Le curé  proposa une solution. Sans doute les cieux, dont les voies sont impénétrables, la lui soufflèrent-ils. De ce fait, le coq fût disposé tout en haut du clocher de l’église. Il verrait le soleil bien avant tout le monde et, de son piédestal, chacun pourrait l’admirer comme au bon vieux temps de sa splendeur.

Mais si le mage avait figé un gallinacé pour l’éternité, l'âme du coq était resté bien vivant sous sa carapace d’acier. Et si près des cieux, au milieu de la nuit et des rêves, il reprit ses aises d’antan et claironna du haut de son faîte jusqu’à l’aube. Cette fois-ci, l’exaspération dépassa le simple voisinage de la tante Hermida : tout le village fut réveillé bien avant l’angélus du curé.

Mais la très vieille dame recouvra une seconde jeunesse, le facteur grognon se dérida et le  fournil du boulanger fut toujours allumé à temps. En fin de cause, la mairie opta d’acheter des bouchons pour les oreilles de ses concitoyens. Et l’affaire fut entendue.

La tante Hermida décéda un jour. Nul n’était éternel sur terre, sauf peut-être son coq. Or la nuit qui suivit les obsèques de la tante Hermida, le boulanger ne se réveilla pas et l’on mangea du pain rassis toute la journée.

Alors, tout le village regarda en haut du clocher : le coq n’y était plus et chacun y alla de sa science pour expliquer ce pur mystère. Seule, l'arrière-petite-nièce de la tante Hermida dit que, lorsque le glas sonna, elle  le vit s’envoler du sommet de l’église bien haut dans le ciel. Adultes et gens sages du village haussèrent des épaules. La vie reprit son cours : on n’était plus dans le temps des songes et des fées.

Pour autant, cette fillette étonna ses parents. Elle demanda au père Noël un coq dans ses petits souliers. Mais pas un coq en pâte, un vrai de vrai, avec des plumes multicolores et qui faisait cocorico.

Allez donc savoir pourquoi !

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C
Toujours un grand plaisir de lire tes escapades dans les plis soyeux de tes racines historico geographiques. Le Mantois me plait mais tes ballades dans l'Aude et autour me font entendre une autre musique et me font voyager. J'envie tes talents de conteur.
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L
Merci pour ta chaude amitié.