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Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

Henri Prou, maire Pcf des Clayes-sous-Bois, désigné comme otage par des Français, fusillé par les Allemands au Mont-Valérien

Voici la dernière lettre de Henri Prou, maire communiste des Clayes-sous-Bois en Seine-et-Oise, aujourd'hui en Yvelines, interné dans le camp français d'internement d'Aincourt, désigné comme otage par l'administration pétainiste et fusillé par les Allemands au Mont-Valérien le 15 décembre 1941.

Ce jour-là, ils sont 70 otages à tomber sous les balles d'un peloton d'exécution nazi. 30 autres otages sont fusillés en province. Le nombre et l'identité de chacun d'entre eux ne doit rien au hasard.

C'est la stricte application de l'ordonnance allemande du 2 septembre 1941, dite "code des otages". Pour chaque soldat allemand abattu par la Résistance, 100 otages sont exécutés sur une liste préétablie de 200 personnes, avec les priorités suivantes:

     1.Les anciens élus des organisations communistes ou anarchistes ainsi que les permanents.

     2.Les personnes qui se sont adonnées à la diffusion de l'idéologie communiste par la parole ou par les actes, par exemple la rédaction d'un tract.

     3. Les personnes qui ont montré par leur comportement qu'elles sont dangereuses.

     4.Les personnes arrêtées pour distribution de tracts.

     5.Les personnes récemment arrêtées à la suite d'actes de terreur ou de sabotage en raison de leur relation avec l'entourage supposé desdits actes.

L'administration française et sa police au service du Reich nazi:

On a beaucoup écrit sur la parfaite collusion du patronat français aux idées fascistes du régime de Vichy et à sa collaboration sans faille à l'économie de guerre allemande. On oublie le rôle actif de l'administration française et de ses forces de l'ordre à seconder l'Allemagne hitlérienne, quand elles ne précèdent pas ses ordres.

 Ainsi, en Seine-et-Oise occupée, dès le 5 octobre 1940, le sanatorium d'Aincourt est réquisitionné comme camp d'internement des éléments communistes de la région parisienne.

Ainsi, Henri Prou, né le 9 août 1882 à Paris, maire communiste des Clayes-sous-Bois, déchu de son mandat par la IIIe république avant que le maréchal Pétain ne la renverse, est emprisonné, le 14 octobre 1940, derrière des barbelés et gardé par des gardes mobiles français. En effet, le préfet Marc Chevalier administre ce camp de A à Z sans l'aide des autorités occupantes, et le zélé commissaire de police Andrey, ancien des RG, en est le directeur.

Dans sa lettre à la population de Seine-et-Oise, le 25 octobre 1940, le préfet est explicite sur ses intentions: internement des communistes si un tract de ce parti interdit est découvert dans une commune; mise en garde contre les sabotages polluant son département et qualifiés "d'actes criminels justement exposés aux sanctions les plus lourdes"; enfin, il dit collaborer "en toute loyauté avec les autorités occupantes".

 "En toute loyauté", écrit-il, Marc Chevalier va bien au delà. Pour mater la Résistance qui s'installe à Aincourt, il procède à plusieurs transferts de prisonniers communistes, en adressant, en allemand, le nom et la situation de l'interné à la Feldkommandantur de Saint-Cloud, sans que celle-ci ne l'ait ordonné. Et ce bien avant l'invasion de l'URSS par les nazis.

La fiche concernant Henri Prou, remise aux Allemands, dit: "Entré le 14 octobre 1940 au centre de séjour surveillé d'Aincourt. Propagandiste acharné. Militant dangereux dont l'action est très étroitement surveillée. C'est l'un des éléments les plus dangereux et il possède un ascendant certains sur tous les communistes internés de la région de Saint-Cyr et des Clayes-sous-Bois. Son internement, loin de diminuer sa violence révolutionnaire, n'a fait que l'aggraver".

Henri Prou est fusillé à l'âge de 59 ans.

Marcel Peyrouton, ministre de l'Intérieur à cette époque, arrêté le 23 septembre 1943 à Alger, est gracié par la Haute-cour de Justice en décembre 1948. Le commissaire de police Andrey, passé à la Résistance(sic) à la fin de la guerre, ne sera jamais inquiété. Marc Chevalier, préfet pétainiste de Seine-et-Oise, est mis à la retraite à la Libération avec sa pension de haut-fonctionnaire. 

Entre les deux tours des municipales 2026 et bien au-delà, il me semble bon de rappeler la collaboration de l'extrême droite au pouvoir sous l'Etat français avec la barbarie nazie.

Sources: Aincourt, le camp oublié, écrit par moi-même et édité aux temps des Cerises.  Archives du camp d'Aincourt aux Archives départementales des Yvelines, cotes W.Notes de synthèses des rapports des préfets en zone occupée à Vichy.

La lettre de Henri Prou découle des recherches de Didier Abauzit..

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