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Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

Octobre-novembre 1948: la grève des mineurs et la CGT du Mantois

Avec la création de FO en avril 1948, le monde du travail est profondément divisé. Dans le Mantois, l'Union locale CGT ne recense plus que 3 000 syndiqués: une chute de 50% de ses effectifs par rapport à 1946. Des sections syndicales ne sont plus que l'ombre d'elles-mêmes comme dans les PTT, chez les luthiers ou à la filature Le Blan. De leur côté, CFTC et FO ont formé un cartel inter-confédéral pour le blocage des prix sans revendiquer des revalorisations salariales.

L'aide américaine, connue sous le nom de "plan Marshall", et les débuts de la "Guerre froide" entre les USA et l'URSS fracturent plus encore l'unité des travailleurs. Depuis 1947 et l'exclusion des ministres communistes, les socialistes participent peu ou prou au gouvernement autour d'une "3e force" favorable aux USA. D'autre part, pour la première fois depuis la Libération, la droite a pignon sur rue et exerce une certaine influence dans quelques milieux populaires. En Indochine, la guerre coloniale s'étend à partir du mois de mars, ce qui accentue les clivages politiques en France.

Pour autant, les difficultés économiques et l'exaspération sociale dans certaines corporations s'amplifient. Or, la capacité de mobilisation de la CGT et ses potentialités de riposte ont diminué.

La situation sociale en France

CFTC et FO, dans leur "cartel de la baisse" sont impuissantes à enrayer la baisse du pouvoir d'achat et en septembre, elles réclament aussi l'augmentation des salaires. Mais la CGT est bien seule à revendiquer 20% d'augmentation salariale, l'alignement automatique des salaires sur les prix et la révision des zones de salaires. Dès février, elle anime de multiples actions dans le pays. Mais ce ne sont que des luttes partielles dans lesquelles les mineurs sont en pointe: grève en avril des bassins miniers du Nord et du Pas-de-Calais, grève en juillet des mineurs de la région de Saint-Etienne, grève en août dans les Houillères du Nord par exemple.

Le 24 septembre, compte-tenu des limites d'une mobilisation difficile à élargir, la CGT opte pour une journée d'action interprofessionnelle, avec des débrayages  limités pour participer aux manifestations prévues à 18 heures dans les grandes villes.

La corporation minière est plus mobilisée que l'ensemble du salariat français. Les mineurs CGT ont tenu leur congrès en juin 1948 en détaillant les raisons de leurs luttes: salaires en berne; difficultés de vivre dans les corons; ministre des Finances de droite Paul Reynaud, a placé à la direction des puits ingénieurs et chefs-porions compromis avec l'occupant nazi et Vichy.  

Les décrets Lacoste de septembre 1948 mettent le feu aux poudres: baisse des rémunérations, écrémage de 10% des effectifs, gestion du risque accidents de travail et maladies professionnelles par les Houillères et non plus par les sociétés de secours minières. 

Le 30 septembre, la Fédération CGT consulte à bulletins secrets l'ensemble des bassins miniers de France:  218 616 voix pour la grève, 25 086 contre et 15 502 abstentions ou bulletins nuls. Les puits sont occupés. Le 8 octobre, CFTC et FO se rallient à la grève.

Si le gouvernement reçoit les responsables syndicaux, aucune proposition pour sortir du conflit. Au contraire, les CRS et l'Armée investissent puits et corons de la Lorraine le 8 octobre. Bientôt ceux du Nord et du Pas-de-Calais subissent le même sort. Du 25 au 29 octobre, les militaires et des engins blindés dégagent violemment les puits dans toute la France; la gendarmerie mobile quadrille les corons, les arrestations se multiplient, ainsi que des jugements ultra-rapides, comme des emprisonnements. La violence est inouïe. 3 mineurs trouvent la mort, 2 autres décéderont des suites de leurs blessures. De véritables batailles rangées se déroulent.

La grève est considérée d'insurrectionnelle par le socialiste Jules Moch, ministre de l'Intérieur.

La Fédération CGT du sous-sol pense mettre le gouvernement en échec en durcissant la grève. Il est demandé aussi de ne plus assurer la sécurisation des puits durant 24h en échange du retrait des forces armées. Si cela n'a aucune conséquence sur la sécurité, la presse s'en empare et proclame que la CGT veut noyer les mines. Les mineurs sont accusés d'être les hommes de main de Moscou pour fomenter la révolution en France. En même temps, d'énormes pressions sont exercées sur les mineurs immigrés et ceux venus des colonies pour les forcer à la reprise du travail. Le 2 novembre, des mineurs reprennent le travail. A partir du 11, la reprise s'amplifie et le 30, la Fédération du sous-sol est amenée à suspendre la grève.

Octobre-novembre 1948: la grève des mineurs et la CGT du Mantois

Les décrets Lacoste sont maintenus, les salaires ne sont pas réévalués; 2 950 mineurs, souvent délégués ou responsables syndicaux, sont emprisonnés ou sous le coup de poursuites judiciaires; beaucoup seront révoqués des Charbonnages de France. La CGT est fortement fragilisée dans de nombreux puits et bassins.

La solidarité envers la grève des mineurs: 

En France, elle est à l'image de ce qui se passe dans la région mantaise. La Confédération a appelé à des débrayages partiels, mais surtout à soutenir financièrement les grévistes. Ainsi, la direction confédérale refuse-t-elle l'affrontement global et évite tout risque d'un mouvement social enfermé dans une lutte désespérée. 300 millions de francs sont ainsi récoltés dans toute la France, mais proviennent également d'URSS, de Roumanie, de Tchécoslovaquie, de Pologne, d'Italie, de Belgique, des USA ou de Grande-Bretagne. Plusieurs centaines d'enfants de mineurs sont accueillis à Lille ou en région parisienne.

Dans le Mantois, l'Union locale CGT a collecté 66 000F et accueilli 30 gosses du 22 octobre jusqu'aux fêtes de fin d'année dans des familles ouvrières; elle a envoyé un camion de vivres dans les corons du Nord.

Mais la demie-journée de grève solidaire a été un échec. Le 8 novembre, le secrétaire général de l'Union locale CGT, Robert Sanguin, affirme dans un rapport: "L'aide financière au lieu de s'amplifier, baisse plutôt. Les camarades de la commission exécutive ne sont pas assez actifs au sujet de l'aide aux mineurs, ni assez vigilants quand aux collectes dans les entreprises."

Sources: archives UL CGT de la région mantaise

 

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