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Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

   Mon article du 13 mars 2012, sur ce livre écrit par Eric Laurent et Catherine Graciet, a suscité un commentaire de M. Jawad Touhami auquel j'ai répondu par l'intermédiaire de mon blog. Depuis, des lecteurs sont intervenus contre les propos de M. Jawad Touhami qui leur semblerait être un chien de garde de la monarchie marocaine en France. Un autre avis m'est aussi parvenu. Celui de Gilbert Dubant, ancien journaliste, expert des pays arabes et surtout démocrate convaincu, actuellement rédacteur en chef de Mémoire Vive, le journal de l'Institut CGT d'histoire sociale d'Île-de-France. il l'a intitulé:

Jawad Touhami : Mohammed VI et la Voix de son Maître

 

Jawad Touhami a de bonnes lectures, dont le blog de Roger Colombier. Il a une écriture moins brillante, où se mêlent  servilité, misogynie, racisme et mensonge, bref obscurantisme, qui progresse au Maroc où le premier ministre est islamiste et où Mohamed VI, le patron vénéré de M. Touhami, continue de se goinfrer malgré la misère de ses sujets.

 

La polémique vient d’une chronique du blog incriminé, où Roger Colombier rend compte d’un livre de Catherine Graciet et Éric Laurent, « Notre ami le Roi prédateur », qui parle de Mohammed VI. Son père Hassan II avait fait l’objet d’un ouvrage au titre voisin, « Notre ami le Roi », de Gilles Perrault, paru en 1990 et à l’origine d’un sévère clash dans les relations franco-marocaines.

 

Comment traiter l’opposition ?

 

L’auto-proclamé « journaliste et écrivain » Jawad Touhami écrit que « Catherine Graciet a travaillé pendant une année au sein de la rédaction du journal d’extrême-gauche « Le journal hebdomadaire », dont l’aventure s’est terminée le 25 janvier 2010, suite à une décision judiciaire du tribunal de commerce de Casablanca, en raison de dettes très importantes… ». Et d’ajouter : « Ce journal n’a donc pas été fermé par les autorités, premier mensonge à noter ».

Qui est le menteur ? Le « Journal Hebdomadaire », francophone et créé en 1997, avait pour fondateurs Aboubakr Jamaï, Ali Amar et Hassan Mansouri. En 2009, il diffusait environ 12 000 exemplaires au numéro. Gauchiste ? Aboubakr est le fils de Khalid Jamaï, journaliste et homme politique de l’Istiqlal, parti nationaliste et bourgeois, principal soutien de Mohamed V, grand-père de M6, à l’indépendance de 1956. Ce n’est pas une famille communiste, loin de là, mais critique à l’égard de la corruption endémique, de l’armée et de la police pratiquant la torture (et formées par la France, voir l’affaire Ben Barka de 1965), et du mépris des droits de l’homme. Le destin du « Journal » est scellé en 2000, quand il implique le Premier Ministre de l’époque dans l’attentat de 1972 contre Hassan II.

 

Qui est le scribe ?

 

Commence une descente aux enfers qui prend fin en 2010. Le tribunal de commerce de Casa emploie une technique confirmée : l’hebdo impie n’aurait pas payé ses cotisations sociales. Il est donc condamné à une amende « impayable », et ferme ses portes. L’indépendance de la justice marocaine à l’égard du Palais étant proverbiale, l’affaire est sans bavure. À noter que le démocratique président algérien Abdelaziz Bouteflika agit de même aujourd’hui contre le quotidien francophone « Al Watan » (La Nation), qui résiste encore.

Pour appuyer sa thèse d’un complot occidental gauchiste contre Sa Majesté, Jawad Touhami tape sur Éric Laurent. Ce misérable a rencontré plusieurs fois Hassan II pour un livre d’entretiens paru en 1993, et qui n’a rien de sacrilège. Mais, « alors que lui cherche à s’enrichir en travaillant avec Hassan II comme scribe », il tourne sa veste « en écrivant des best-sellers pleins de mensonges ». Il n’a pas été payé correctement ?

Ce « kafir » (1) est d’une sombre ingratitude. C’est aussi un concurrent déloyal, qui veut ravir à l’honnête Si Jawad son job de scribe royal. Officiellement, ce garçon est depuis janvier 2000 secrétaire général du bureau de l’Association des Œuvres Sociales de la Fondation Hassan II pour les MRE (Marocains Résidant à l’Étranger), dont la liberté d’esprit est légendaire. En témoigne la déclaration de feu le monarque à Paris le 7 mai 1996 : « Nous avons décidé de confier, dès notre retour, par la grâce de Dieu, la présidence de la Fondation Hassan II pour les MRE, à notre fille dévouée, Lalla Meryem. Ainsi, nos liens seront non seulement des liens d’allégeance, mais aussi des liens de parenté puisque vous serez tels mes fils et mes filles… ».

 

Ces  Algériens qui dilapident

 

Le fils Mohamed VI, frangin de Meryem, confirme le rôle de la Fondation le 30 juillet 1999 : « Nous accordons un intérêt particulier à Notre communauté établie à l’étranger, en réfléchissant sérieusement à aplanir les difficultés auxquelles elle est confrontée, en oeuvrant à résoudre ses problèmes et à renforcer ses liens avec la Mère Patrie… ». L’Observatoire des MRE est en fait un service de flicage des Marocains à l’étranger, suivant la tradition suivie de père en fils, avec la collaboration de la police et des services spéciaux français.

De tels services emploient des propagandistes officiels, dont Jawad Touhami, qui diffuse la Voix de son Maître au Maroc et à l’étranger, et met la main à la pâte en écrivant des hymnes à son Commandeur des Croyants. Ainsi en décembre 2010, WikiLeaks met en ligne un télégramme diplomatique américain disant que l’Algérien Bouteflika, déjà cité, considère Mohamed VI comme « inexpérimenté ». Le sang du chien de garde ne fait qu’un tour et il répond à l’ennemi héréditaire : « Bravo, Monsieur le Président, vous avez durant votre « règne » continué à engloutir votre pays dans une lutte fratricide avec le Maroc au dépend (sic) de la prospérité de votre peuple dont les richesses sont dilapidées par Votre Excellence ». Ce n’est pas au Maroc qu’on verrait ça, hein ?

La cause est entendue, M6 regorge d’expérience et Moulay Jawad est son Prophète. Parmi ses œuvres immortelles, Roger Colombier cite un passage sur les femmes, certaines heureuses au foyer, d’autres célibataires et « éduquées dans un environnement occidental ». Devinez lesquelles échappent à la prostitution physique et morale !

 

Le racisme anti-berbère

 

Mais le scribe, non pas accroupi comme son collègue égyptien du Haut Empire, mais aplati comme un féal sujet de Sa Majesté, se prend aussi pour un historien de qualité. Il suffit de lire le texte qu’il a commis le 27 mai 2009, intitulé « Les détracteurs du Maroc ». Ces misérables « n’ont qu’à se demander pourquoi le nombre de nouvelles constructions de mosquées ne cesse d’augmenter au Maroc et dans tous les pays du monde islamique et même occidental ? Alors que les synagogues et les églises sont délaissées par l’écrasante majorité des juifs et des chrétiens ? ». Comme  son actuel Premier Ministre Abdelillah Benkirane, islamiste soi-disant « modéré » (halal light ?), M. Touhami n’a pas compris le mot « laïcité », produit du Chaïtane (2) occidental, alias Grand Satan. Cette doctrine immonde a même des émules au bled. « Ces magnats d’une certaine presse marocaine à la solde des ennemis jurés du Maroc, de l’arabité et de l’Islam, ces apprentis journalistes de  dernière heure qui dans le but d’anéantir notre identité perdent leur temps à faire passer des messages antéislamiques sur leurs publications de luxe, financées par leurs maîtres d’outremer à coups de dollars et d’euros ». Tout le monde sait que l’histoire marocaine a commencé avec l’invasion arabe menée par Okba Ben Nafi au VIIe siècle après Sidna Aïssa (Jésus-Christ pour les mécréants). Avant existaient des tribus de sous-hommes nommés Berbères.

Leurs descendants persistent et menacent les vrais croyants. « Ceux qui ont refusé d’écrire la langue amazigh (3) en caractères arabes et voulaient la transcrire en caractères latins et qui ont finalement choisi à cet effet le  tifinagh, (4) ces anciens léninistes, trosquistes (sic) ou maoïstes dont la felouque nommée « socialisme » ou « communisme » a chaviré après le déclin de l’URSS et l’écroulement du mur de Berlin et qui se sont trouvés un autre chemin nommé « amazighité » pour acheminer leur grogne contre l’islam, que tous ceux-là se calment ».

La boucle est bouclée. Le scribe Touhami a montré toutes les facettes de sa belle âme. Une question subsiste : pourquoi diable est-il allé inspecter les horreurs que distille le blog de Roger Colombier ? Deux réponses possibles : ou bien il est masochiste, ou bien il fait son boulot de flic des médias occidentaux. Le camarade Roger peut être fier : menacer les intérêts vitaux du Maroc et de l’Islam avec un blog français n’est pas à la portée de tout le monde.  

 

Gilbert Dubant

 

(1)       Kafir : non musulman, mécréant.

(2)       Chaïtane : le Diable.

(3) Amazigh : littéralement « homme libre » (pluriel Imazighen). Les langues berbères du Maroc se divisent en « tamazirt » (Moyen Atlas), « tachelhit » (Haut-Atlas et région d’Agadir) et « tarifit » (Chaîne du Rif)

Tifinagh (prononcer tifinar) : alphabet préislamique, peut-être d’origine phénicienne, qui survit actuellement chez les Touareg du Hoggar saharien (en voie de disparition).

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