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Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

En 2016, les éditions Fayard vont publier ce livre écrit par Hitler en 1924. Mais ces pages, qui délivrent sa pensée, ses objectifs politiques et sa vision de la prédominance de l'Allemagne nazie dans le monde, seront accompagnées d'analyses de chercheurs et d'historiens, français et étrangers, pour mettre en perspective et démonter les arguments de cette apologie de la violence et du racisme. Une édition de Mein Kampf de 1934, précédée d'un très court avertissement, est toujours en vente en France et sur internet, ces écrits sont également disponibles sans aucun appareil critique.

Dans une lettre ouverte, Jean-Luc Mélenchon a exorté les éditions Fayard à ne pas publier Mein Kampf: "Votre volonté d'une édition critique, avec des commentaires d'historiens ne change rien à mon désaccord. Éditer, c'est diffuser. (...) La simple évocation de votre projet a déjà assuré une publicité inégalée à ce livre criminel. Rééditer ce livre, c'est le rendre accessible à n'importe qui. Qui a besoin de le lire?"

 

Mais que pensait le PCF lorsque parut ce livre en France?

Le 30 janvier 1933, Hitler est chancelier de l'Allemagne. Il a été désigné par le président de la république en qualité de chef de parti qui a remporté les élections législatives de novembre 1932. Le 14 juillet 1933, le parti nazi devient le seul parti légal. A la mort du président de la république, le 2 août 1933, le parlement dominé par les nazis votent la fusion du titre de chancelier et de président: Hitler devient le Fürher de l'Allemagne. Le plébiscite du 19 août 1933 (89,93 % de oui) achève de lui donner le pouvoir absolu.

En France, à l'été 1936, c'est déjà le début de la fin du Front populaire.

Le gouvernement socialiste de Léon Blum laisse les fascistes espagnols perpétrer leur coup d'état contre la république de Frente popular légalement issue des urnes. Les forces factieuses sont aidées par l'Allemagne hitlérienne et l'Italie de Mussolini.

En février 1937, Léon Blum décrète la "pause" dans le programme de Front populaire. Le 22 août 1936,  le maître des forges De Wendel, l'un des chefs du patronat français, avait déclaré dans son journal Le Messin: "Nous avons tout près de nous une Allemagne dont l'ordre civique mérite d'être pris comme exemple. Il en est de même pour l'Italie. Mais quant à vovoter péniblement dans une France amoindrie, révoltée, bolchevisée, non! S'il doit en être ainsi, nous préférons devenir allemands!"

Cahiers du Bolchévisme du 25 août 1936 : "Le Bureau Politique du PCF constate que la politique d’Hitler visant à l’encerclement de la France, est conforme aux principes définis dans son livre Mein Kampf. Il estime que le gouvernement de la France devrait recommander la lecture de ce livre dans toutes nos écoles, afin que chaque Français sache en quel mépris Hitler tient notre pays, et quels desseins d’anéantissement il nourrit à son égard.
Le Bureau Politique du PCF a décidé que dans les cours des écoles du Parti Mein Kampf fera l’objet d’une étude et de commentaires appropriés."

Dans l'Humanité, le PCF en publie plusieurs passages, dénonçant la véritable nature du nazisme, alors qu'Hitler entame une campagne de séduction à l'adresse de la France, avec la complicité des médias. En cet été 1936, le gouvernement français reçoit à Paris le docteur Schacht, ministre des Finances de l'Allemagne hitlérienne. Maurice Thorez, secrétaire général du PCF, écrit son indignation à Léon Blum. (Ci-dessous, la Une de l'Humanité du 27 août 1936).

Lorsque le PCF appelle donc à la lecture de Mein Kampf et à son analyse, ce n'est pas pour diffuser ses idées, mais bien pour les combattre. Il n'a pas été entendu. Ce qui permit au patronat français de préférer "plutôt Hitler que le Front populaire". Et de reculade en trahison, les gouvernements français, de 1937 à 1940, se sont retrouvés dans le précipice de l'infamie.

Aujourd'hui, certains à droite évoquent la race blance française et le Fn, adulé par les médias, déverse ses mensonges et sa haine.

Mais l'étude du passé éclaire le présent, si s'y ajoute une analyse scientifique et critique de l'histoire ou d'un texte, Mein Kampf soit-il. A cela doit s'adjoindre l'action politique au quotidien pour changer la vie, action progressiste, claire et déterminée, loin des calculs politiciens. En effet, de simples slogans ou des interdictions, comme des attitudes intellectuelles entre gens du sérail ne s'intéressant jamais ou si peu au plus grand nombre, ne suffiront pas pour que la bête immonde n'engendre plus.

Mais le débat reste ouvert et se rappeler que le Fürher avait autorisé les éditions Fayard à faire paraître sa prose en 1938. Et pourquoi les éditions Fayard ne lèvent pas le voile sur le groupe d'historiens chargés des "2 000 pages de notes et de travail scientifique" qui seront rédigées?

Le PCF et Mein Kampf à l'été 1936

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