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Les enfants ont travaillé depuis l'Antiquité, principalement aux champs ou assujettis à des tâches domestiques. Au cours des siècles, dès qu'une rémunération leur sera accordée, elle est en général le tiers de celle d'un adulte pour le même travail accompli.

La toute première loi sociale en France date du 21 mars 1841. Elle est "relative au travail des enfants dans les manufactures, usines et ateliers" donnant un âge minimum de 8 ans et limitant le travail de nuit et le dimanche; encore faut-il savoir que cette loi ne s'applique uniquement dans les entreprises de plus de 20 ouvriers. C'est dire que dans les campagnes, aucune législation ne régit le labeur des enfants. Et il faut attendre la loi du 28 mars 1882 de Jules Ferry, rendant obligatoire l'enseignement primaire de 6 ans à 13 ans révolus (12 ans  pour le titulaire du certificat d'études), pour repousser l'âge du travail des enfants. Encore a-t-on besoin de toute la rigueur des instituteurs et institutrices pour la faire appliquer, les familles déshéritées s'insurgeant contre ce manque à gagner dans le revenu de leurs ménages.

La limitation de l'âge d'embauche est portée à 16 ans en 1959, mais l'ordonnance n'entre en vigueur pour tous qu'en 1967.

Sous l'Ancien régime

Les enfants travaillent dès qu'ils on la force de le faire et toujours en moyenne vers 7 ans. Dans le monde rural, c'est une nécessité vitale plus qu'une tradition. A cette époque, l'existence est suffisamment réduite pour qu'un enfant passe directement au stade de l'adulte.

 Dans les villes, les enfants ne sont pas plus épargnés et suivent le sort misérable de leurs père ouvriers. Les premières traces historiques du travail des enfants remontent à 1572 dans l'exploitation des mines en Saône-et-Loire. En 1785, le règlement d'une papeterie d'Annonay stipule que "parmi les ouvrages de fabrication, il y en a où les enfants en très bas âge peuvent être occupés; les pères et les mères auront soin d'y faire travailler leurs enfants". Il arrive que des enfants se noient dans les fosses où l'on lave la laine ou celles des tanneries. Dès le 17e siècle, les ramoneurs savoyards sont des enfants. En 1780, la manufacture de Saint-Gobain emploie 40 enfants de 7 à 12 ans pour transporter dans des paniers des copeaux, des tuiles ou de la terre.

Par contre, le statut de l'apprenti est codifié depuis 1208 dans le système des lois et règlements des corporations. Il est dévolu aux jeunes hommes d'environ 17 ans, par contrat signé devant notaire entre ses parents et le maître d'apprentissage. Les familles attendent cet âge dit "mûr" pour cette époque, parce qu'elles s'engagent à verser au patron une rente pour les 3 à 4 années d'apprentissage, somme qui revient au maître si l'apprenti le quitte avant le terme du contrat; elles doivent aussi vêtir et faire blanchir les habits de leurs fils. Pour toutes ces raisons, les apprentis proviennent de familles qui ont des revenus. Le fils d'un maître-épicier succédera à son père à sa mort s'il détient son brevet d'apprentissage; celui qui n'a aucune ascendance chez un boutiquier ou un artisan ne peut qu'acheter la charge d'un maître défunt sans héritier mâle ou rester "compagnon" toute sa vie. Au 17e siècle, la ville de Mantes compte 39 métiers distincts; cela va des chirurgiens au nombre de 6 au 53 hôteliers-cabaretiers, les plus nombreux, en passant par 2 cloutiers ou 2 teinturiers pour les corporations les moins importantes. Un maître d'apprentissage ne peut avoir qu'un seul apprenti, sans compter ses propres fils qui eux débutent dans le métier avant l'âge de 17 ans.

Sous la Révolution de 1789

Le travail des enfants reste à l'identique. Exemple, les filatures dans  la région de Tourcoing emploient 3 000 enfants sur 8 000 ouvriers et ouvrières. Si le système des corporations est abolie, l'apprentissage demeure; certes, après le brevet, on peut ouvrir une boutique ou un atelier; mais en général, les fils succèdent à leurs pères et les autres restent des compagnons.

Sous la "révolution industrielle"

 Il n'y a pas de révolution dans le domaine du travail des enfants, hormis les lois scolaires de Jules Ferry en 1881 et 1882.

Un recensement de 1868 dans les entreprises de plus de 10 salariés donne: 5 005 enfants entre 8 et 10 ans, 17 471 entre 10 et 12 ans, 77 000 entre 12 et 16 ans, chiffres auxquels s'ajoutent les 26 503 enfants travaillant dans les entreprises de moins de 10 salariés; soit un total de 125 715 enfants travailleurs pour 1,1 millions d'ouvriers. Le 19 mai 1874, la loi limite à 12 ans révolus l'embauche des enfants dans l'industrie et la durée de leur travail est portée à 10h en 1893.

 A la fin du 19e siècle, la papeterie Braustein, à Gassicourt, emploie des garçons à cause de leur agilité pour aller sous les machines. Le docteur de la Motte, médecin des chemins de fer, sur la ligne de Mantes à Lisieux, dans son mémoire en 1863 sur la vie et la santé des poseurs de rail, décrit des garçons de 12 ans ruinés par les maladies, le tabagisme ou l'alcoolisme. Pourtant, des voix s'élèvent parmi des parlementaires ou des enquêteurs sociaux comme le docteur Villermé. Mais pour l'heure, on s'y oppose au nom de la liberté de l'industrie et du droit du père "à diriger l'éducation de ses enfants et de choisir leurs travaux".

En 1874, pourtant, le travail des enfants de moins de 16 ans est prohibé durant la période de "dix heurs du soir à cinq heures du matin".

Au début du 20e siècle

Par l'apport du syndicalisme et du mouvement ouvrier, des mesures efficaces concernent la protection des jeunes enfants au travail à partir de 1905. En 1919, les moins de 15 ans ne peuvent plus dépasser 48h de travail hebdomadaire. En 1926, est interdit l'emploi des enfants aux travaux dangereux, insalubres, où ils seraient exposés à des "émanations préjudiciables pour leur santé".

Cela n'empêche pas la filature Le Blan, à Mantes-la-Ville, de faire paraître des annonces dans la presse: "embauche de fillettes de 12 à 16 ans" . En effet, grâce à leur petite taille, elles peuvent s'introduire sous les métiers en marche et remettre en ordre les canettes de coton.

Le salaire des enfants manouvriers

Dans les champs, les mines ou les usines, les enfants ne sont pas mieux traités que les manoeuvres adultes. Avec la mécanisation, ils sont employés à des travaux qu'aucun engin ne peut exécuter. Le patronat encourage leur travail; leur habileté et leur petite taille sont utilisés pour certaines tâches, comme s'introduire dans des galeries ou pour nettoyer des tuyauteries. Pour cela, ils sont rémunérés moins qu'un adulte et leur présence au travail nivelle par le bas le salaire des adultes.

Pour la rémunération des enfants travaillant dans les campagnes, on peut se reporter à la page sur les travailleurs agricoles dans le Mantois.

Dans une usine, au 19e siècle, un enfant gagne 45 centimes s'il a moins de 12 ans, 75 centimes entre 13 et 16 ans, tandis qu'un homme perçoit 2 francs et une femme un franc. Mais c'est un salaire d'appoint non négligeable pour les familles ouvrières, ce qui peut expliquer l'attitude conciliante des parents.

Le salaire des apprentis

Sous la Révolution de 1789 et jusqu'au 20e siècle, ils sont rémunérés presque rien, alors qu'en fin d'apprentissage, les jeunes garçons exécutent le même labeur qu'un compagnon. D'où les réticences des familles ouvrières à mettre leurs fils en apprentissage. C'est ce que révèle une chronique de la lutherie Buffet-Crampon au tout début du 20e siècle:"Les ateliers sont intéressants non seulement par les instruments artistiques qui en sortent, mais aussi par l'ordre et l'activité de ces ouvriers d'élite qui sont maintenant en dynasties; on voit côte à côte, le grand-père, le fils et le petit-fils. Le métier demande un long apprentissage; il ne faut pas moins de quatre ans pour former un ouvrier, aussi beaucoup de parents hésitent-ils devant ce lourd sacrifice."

La loi du 25 juillet 1919 instaure le Certificat d'Aptitude Professionnelle et impose 150 heures de cours d'enseignement général et théorique pour tout apprenti. Elle s'ajoute à un article du Code du travail instaurant pour "l'apprenti de moins de 16 ans (qui) ne sait pas lire, écrire et compter, ou s'il n'a pas encore terminé sa première éducation religieuse... le temps et la liberté nécessaire pour son instruction"; ce temps est pris sur la journée de travail, sans excéder 2 heures par jour.

Mais le salaire de l'apprenti n'est pas réglementé et le contrat d'apprentissage peut être fait verbalement. Exemple, l'apprenti dans les chemins de fer n'est pas rémunéré durant ses six premiers mois dans les ateliers. Il perçoit ensuite quelques centimes de l'heure alloués en fonction de ses notes. En troisième et dernière année d'apprentissage, il travaille constamment dans les ateliers et perçoit 25 centimes de l'heure, quand l'ouvrier en gagne 35. De plus, même avec leur CAP il ne passe ouvrier qu'après le service militaire qui débute à 21 ans.

 

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 Livret individuel d'Adolphe Jaouen, né le 24 août 1913 et apprenti forgeron le 10 mai 1926 à Mantes, à moins de 13 ans car titulaire du certificat d'études. Les enfants qui n'ont pas ce diplôme, sont apprentis à partir de 13 ans et un jour.(Voir la page sur la filature Le Blan à Mantes-la-Ville).

 

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