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     D'abord chez les cheminots.

     Si la Confédération générale du travail naît en 1895, la défense des intérêts au travail du prolétariat débute en 1864 lorsque la grève cesse d'être un délit et en 1884 quand la loi reconnaît l'organisation syndicale. Or dans le Mantois, il faut que le chemin de fer s'implante et s'agrandisse, à faire de Mantes un noeud ferroviaire, pour que le syndicalisme voit le jour. D'ailleurs, les cheminots sont les premiers travailleurs de la région à s'organiser en Chambre syndicale, le 5 août 1890.

     Cette émergence provient d'abord de leur nombre; ils sont plusieurs centaines à travailler pour une même entité, la Compagnie des chemins de fer de l'ouest, sur une région où le salariat est dispersé car majoritairement rural. Ensuite, ils logent pour la plupart dans une cité ouvrière qui leur est entièrement dévolue et très excentrée du bourg de Gassicourt; de ce fait, quasiment en autarcie, leurs règles de vie ne se calquent que sur le chemin de fer et son labeur en continu. Enfin et surtout, s'ajoute l'uniformité de toute une corporation, car le travail d'un cheminot est le même dans tout le pays. Tout cela va cimenter et développer une identité commune et les solidarités qui en découlent, d'abord par le mutualisme, puis avec le syndicat.

     La Chambre syndicale nationale des travailleurs des chemins de fer se crée donc en août 1890; elle comptabilise en décembre 11 500 adhérents en 41 sections dont le groupe des cheminots de Mantes. C'est peu et beaucoup à la fois: peu, peut-être par le nombre de syndiqués, mais beaucoup par le rayonnement du syndicat sur la France entière, une première dans le mouvement ouvrier qui s'organise. Le groupe de Mantes n'a rien de révolutionnaire. Il s'inscrit parfaitement dans les objectifs de la Chambre nationale qui préconise l'action conciliatrice plutôt que la grève "en raison des répercussions inéluctables sur l'économie nationale". Et lorsque la Chambre se transforme en Syndicat national des travailleurs des chemins de fer de France et des colonies, celui-ci suit la même ligne de conduite. Il en est pareillement quand se fonde la CGT, en 1895, avec le soutien actif du syndicalt national des cheminots (le premier responsable national de la jeune Confédération en est un).

 

     Ensuite dans d'autres corporations.

     A cette époque, divers courants de pensée traversent le syndicalisme: anarchiste, révolutionnaire, socialisant ou réformiste. Dans le Mantois, au début du 20e siècle, la tendance réformiste l'emporte, peut-être parce que la région est  encore faiblement industrialisée et que les ouvriers sont des journaliers chassés des campagne par la mécanisation agraire; de la même façon, les premiers cheminots sont d'anciens ouvriers agricoles de la Mayenne ou de la Normandie. Vont donc se créer dans la région d'autres syndicats ou chambres syndicales: métallurgistes, papetiers, luthiers, ouvriers boulangers et porteurs de pain, peintres, menuisiers, maçons, chapeliers...

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     Ci-dessus, carte syndicale d'un luthier de Mantes en 1903.

     Certains syndicats sont affiliés à la CGT, d'autres non; la Chambre syndicale des ouvriers en instruments de musique a l'originalité de rassembler des syndiqués confédérés et d'autres qui ne le sont pas; ladite chambre ne se confédérera en totalité qu'en 1911.

     L'Union fraternelle des syndicats ouvriers de l'arrondissement de Mantes est pareillement organisée au début entre des syndicats confédérés et d'autres qui ne le sont pas. Mais elle est dirigée par Auguste Goust, cheminot et militant radical-socialiste de pensée réformiste. C'est pour cela que le syndicat des ouvriers boulangers et porteurs de pain, proche des anarcho-syndicalistes n'adhére pas à l'Union fraternelle pour un temps.

     C'est la raison aussi pour que le Journal de Mantes, dans son édition  du 5 août 1908, attaque violemment "les révolutionnaires" de la confédération, coupables selon lui des 7 morts intervenus à Villeneuve-Saint-Georges entre des manifestants et les forces de l'ordre. En effet, l'Union fraternelle ne réagit pas à cette virulence de la presse locale contre des terrassiers en grève syndiqués à la CGT.

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     Après la grève générale des cheminots en 1910, les choses vont évoluer dans le syndicalisme du Mantois. Même si l'Union fraternelle observe cette neutralité en adhérent au réformisme des radicaux-socialistes locaux, des syndicats suivent désormais la ligne revendicative définie par la Confédération, c'est à dire une position de classe partisan de la grève et regroupant anarchistes et socialistes. En témoigne cette carte postale des ouvriers chapeliers de Mantes. La pancarte brandie dit "tous unis, la victoire est à nous". Les journaux affichés par les grévistes sont l'Humanité de Jean Jaurès et la Voix du Peuple, organe central de la CGT.

 

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     Après la Première Guerre mondiale et la Révolution russe de 1917, les courants de pensée s'affrontent dans la CGT et dans le Mantois. Cela va conduire à une première scission en 1922 où deux instances (la CGT et la CGTU) vont coexister en France comme dans la région. La réunification interviendra en 1936, mais sera de courte durée, à partir de 1938 et avec l'exclusion définitive de la Confédération de ses éléments communistes en septembre 1939. Une seconde réunification syndicale se produit en 1943 sous le régime de Vichy et l'Occupation.

     Ci-dessous, le premier mai après la Victoire du 8 mai 1945 sur le nazisme et ses alliés, en 1946.

     Mais en 1947, un courant autour de Léon Jouhaux quitte définitivement la confédération pour former la Confédération générale du travail-Force Ouvrière, n'étant pas d'accord avec les grèves qui interviennent dans le pays. Notons qu'une confédération syndicale chrétienne apparaît en 1919 (la CFTC), mais elle est pratiquement inaudible dans le Mantois.

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