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  paris-rouen001   L'agriculture ne compte pas pour rien dans la région jusqu'à la venue du chemin de fer en 1843. D'ailleurs, les 168 électeurs du Tiers-état, dans le bailliage de Mantes, votent pour le sieur Germiot, un riche propriétaire terrien des environs, pour être l'un de leurs deux députés pour les États-Généraux convoqués à Versailles par Louis XVI, pour le 5 mai 1789.

     Et d'une seule fonderie sur Mantes depuis 1822 à une cinquantaine d'ouvriers cordiers dans Gassicourt, effectivement une infime minorité ouvrière d'usines ou de fabriques est recensée au milieu du 19e siècle, dont on se méfie car "la misère pousse à la maraude, voire au banditisme". Mais le 3 mai 1843, date d'inauguration du chemin de fer de Paris à Rouen, le Mantois coutumier, rural et artisanal va s'en trouver complètement transformé.

     Le rail relie Paris à Rouen en quatre heures et dix minutes, contre plus de douze en diligence et autant en bateau à vapeur depuis Maisons-Laffitte. Le chemin de fer entraîne donc une réduction des coûts de transport pour l'industrie et un élargissement des marchés existants; en multipliant par 10 la vitesse et par 100 la capacité de transport, il suscite également l'implantation de nouvelles entreprises industrielles ou artisanales.

     Cette partie de la Seine s'industrialise donc, pour devenir "la vallée des usines". Et toutes les entreprises qui se créent, depuis Bonnières-sur-Seine à Flins-sur-Seine, s'embranchent à la voie ferrée ou font transporter leurs matériaux par le train. La première d'entre elles est la Tuilerie des Cordeliers de Limay en 1896.

     De ce fait, le prolétariat industriel s'accroît. Une nouvelle corporation apparaît également, celle des cheminots même si elle ne se dénomme pas encore ainsi.; avec ses horaires de travail en continu, c'est aussi une première dans le monde du travail. Elle fonde en 1856 une cité ouvrière à Gassicourt, la première de ce genre en Île-de-France et l'une des premières aussi en France.

     La révolution industrielle, qui s'ensuit, va bouleverser toutes les structures économiques et sociales du Mantois. Certes, à la fin du 19e siècle, le chemin de fer ne transporte principalement que le produit des cultures maraîchères et des vignobles du Mantois vers Paris. Mais dès le début du siècle suivant, toutes les grandes entreprises, qui s'y implantent, s'embranchent au rail: la Cellophane et la CIMT sur Mantes-la-Ville, les cimenteries de Guerville, Limay et Gargenville, les aciéries Créloi et l'usine Singer à Bonnières-sur-Seine, la Céramique à Gargenville, plus tard les raffineries de Gargenville, la centrale thermique de Porcheville, ou l'usine Renault à Flins.

     Les communes du Mantois sont desservies par des trains de banlieue. De ce fait, avec la proximité de Paris et ces facilités de circulation qui s'en déduisent, cela va en être fini de la prédominance des établissements à caractère artisanal et familial dans le Mantois. Et partout aussi dans la région, se construisent des logements ouvriers. Après la cité Buddicom des employés du chemin de fer sur Gassicourt, apparaît en 1892, celle de la papeterie Braunstein, puis les logements ouvriers de la cimentreie de Guerville ou celle de Dennemont, ensuite la cité de la Filature Le blan à Mantes-la-Ville, de la cCellophane ou de la CIMT toujours dans cette ville. Le contexte autrefois rural du Mantois s'en trouve complètement bouleversé.

     En 1970, rien que le secteur industriel recense 45 000 salariés. A cette même époque, 10 370 wagons transportent 206 358 tonnes de marchandises du Mantois vers l'extérieur; en retour, 41 135 wagons pour 1 389 076 tonnes y sont reçus. Ce qui fait dire à Jacques Luciani, en avril 1971, pour la société d'études historiques "Les Amis du Mantois""Cette région n'a pas encore atteint son développement maximum."

     Optimisme hélas battu en brêche bientôt. Mais Jacques Luciani ne le sous-entendait-il pas déjà en déclarant aussi que "les licenciements d'effectifs dus à des méthodes nouvelles plus rationnelles, l'augmentation des cadences, comme la diminution des heures de travail causent des inquiétudes dans les milieux ouvriers."