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Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

Noël 1914 pour un soldat du 254e régiment d'infanterie, facteur à Mantes-sur-Seine

François Gorças et son épouse Catherine Chaput sont originaires de la Haute-Vienne, lui en 1887 et elle en 1889. Ils se marient à Mantes-sur-Seine le 4 avril 1914 et loge au 25 rue Porte-aux-Saints. Comment pourraient-ils s’imaginer combien vont être bouleversées leur vie et la société ?

François Gorças a effectué ses 2 ans de service militaire comme appelé de la classe 1907. Titulaire de son certificat d’études et en raison de ses bons états de service à l’armée, il passe le concours de facteur des Postes qu'il réussit. Il est nommé à Mantes, en Seine-et-Oise, à compter du 1er mars 1913. Sa future administration lui a adressé un billet gratuit  de chemin de fer pour aller à Mantes-sur-Seine.

La distribution du courrier s’effectue 4 fois par jour à partir de 6 heures du matin (7h en hiver), 10h, 15h 15 et 19h 15. Afin d’assurer son service, François Gorças est lesté d’une caisse en bois et d’une sacoche en bandoulière.

François Gorças ne va pas distribuer longtemps lettres et colis. Le 1er août 1914, l’ordre de mobilisation générale est affiché à la mairie de Mantes-sur-Seine. La Première Guerre mondiale débute le 3 août 1914. Le facteur est mobilisé le 1er septembre 1914. Il doit rejoindre le 254e régiment d’infanterie.

Mais l’euphorie d’une victoire rapide sur les « Boches » a fait long feu. Le 10 août 1914, s’arrêtent en gare de Mantes les premiers trains de blessés dont les plus graves sont transportés à l’Hôpital. Le 16 août, des ordres de réquisition concernent le riz, la paille, l’avoine, l’orge, le maïs, le son, le blé et la farine. Le 23 août, arrivent en gare les premiers réfugiés Belges, bientôt rejoint par les populations françaises fuyant l’occupation allemande du Nord et du Pas-de-Calais. Une centaine de locomotives des chemins de fer belges engorgent les voies du triage. Dès les premiers jours de septembre, l’agglomération perçoit la canonnade ininterrompue des violents combats de l’Ourcq et de la Marne.

De ce fait, le 254e régiment d’infanterie se retrouve sur la Marne, après avoir été engagé dans une « offensive violente et soudaine » dans les Ardennes dès le 20 août. Cela fut un échec sanglant et il a battu en retraite, pied à pied, jusqu’à la stabilisation du front sur cette rivière et la contre-offensive française victorieuse dite « Bataille de la Marne ». Le 254e régiment d'infanterie vient de perdre 129 tués au combat, 798 disparus et 768 blessés. (Historique du 254e régiment d’infanterie. 1920).

Dès le 8 novembre, le 254e RI creuse des tranchées dans la plaine des Chassenay en Champagne.

Sur un petit carnet, le caporal Gorças va noter sa guerre au jour le jour. Il en reviendra vivant « rendu dans ses foyers » à Mantes le 11 juillet 1919. Depuis le départ de son époux, Catherine Chaput inscrit dans un cahier, au jour le jour, ses dépenses et ses recettes, comme les différents colis qu'elle adresse à son époux.

Un extrait du journal de campagne de François Gorças sous le 254e RI, le 25 décembre 1914:

"Le jour de Noël, les boches chantent et nous ont engagés de chanter et de ne pas tirer. Ce que nous avons fait. Un officier boche est venu à mi-chemin de nos tranchées et un adjudant de chez nous a fait autant. Jusqu'au 11 janvier, tout s'est déroulé ainsi sans aucun incident." François Gorças avait préalablement noté « boche » lorsque l’officier allemand sollicite une trêve. Il rectifie son annotation au crayon par « Allemand ». Ce sera l'unique trêve tout au long de cette grande boucherie mondiale où l'on croyait mourir pour la patrie alors que c'était pour des industriels selon la phrase d'Anatole France.

François Gorças est démobilisé le 11 juillet 1919. Comme d'autres poilus, sans doute avait-il espéré qu’après le 11 novembre 1918, il retrouverait son foyer à Mantes. Or, l’armée française progresse et occupe l’Allemagne jusqu'au  28 juin 1919.

François Gorças est décoré de 2 croix de guerre et cité 4 fois à l’ordre du régiment. Malgré cela, il n'obtient sa médaille militaire du combattant que dans les années trente et l’État lui verse 100F par semestre. La chair à canon n'est pas cher payée et en retard pour ses sacrifices par ceux qui sont aux affaires de la France, au sens propre comme au sens figuré.

 

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