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Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

Notre camarade Fernand Devaux n'est plus

Il avait été l'un des plus jeunes internés du camp d'Aincourt, ce sanatorium réquisitionné par le préfet pétainiste de Seine-et-Oise pour y emprisonner, à partir du 5 octobre 1940, les militants communistes et les dirigeants de la CGT membres de ce parti dissous avant-guerre par la IIIe République. J'avais rencontré plusieurs fois Fernand Devaux pour écrire mon livre Aincourt, un camp oublié et dans ses activités comme président de l'association Mémoire d'Aincourt. J'avais découvert un homme chaleureux et combattif.

Malgré son âge, il était né en 1922, il ne cessait de faire connaître aux jeunes générations la barbarie nazie et la collaboration française à l'Allemagne hitlérienne. Il avait connu les barbelés et les gendarmes français l'emprisonnant à Aincourt, le 9 novembre 1940, pour distribution de tracts communistes. Auparavant, il avait subi l'incarcération à la prison de la Santé à Paris, il avait 18 ans. N'en déplaise à la pensée unique, la même qui se taisait ou fricotait avec l'ennemi sous l'Occupation, la Résistance communiste n'a pas débuté avec l'invasion de l'URSS par les soldats d'Hitler, le 22 juin 1941.

Notre camarade Fernand Devaux n'est plus

Dans un établissement de santé prévu pour 200 malades, transformé en clos de détention, Aincourt interne déjà 524 prisonniers en décembre 1940. Mais la Résistance y est active, des grèves et des manifestations bouleversent l'ordre pétainiste. Le gouvernement collaborationniste décide de transférer ailleurs les éléments les plus dangereux. Aincourt, tenu, par l'administration française, va devenir l'antichambre de la déportation et de la mort. 

Quatre élus communistes sont fusillés au Mont-Valérien, le 15 décembre 1941. Un interné communiste est à son tour fusillé le 16 décembre 1941. Le préfet de police de Paris, à qui ont été remis d'autres internés, désigne deux otages pour être fusillés aussi le 13 avril 1942 au Mont-Valérien. Parmi les otages fusillés par les nazis à Châteaubriant, le 22 octobre 1941, nombre provinrent du camp d'Aincourt. A Rouillé, où ils ont été transférés, d'autres otages subissent le peloton d'exécution le 7 mars et le 30 avril 1942.

Fernand Devaux a été transféré à Rouillé avec eux, le 6 septembre 1941.

Notre camarade Fernand Devaux n'est plus

Rouillé: Fernand Devaux assis, le 3e à partir de la gauche

 

Fernand Devaux est à son tour désigné comme otage. Encadré par les forces de l'ordre au service de l'Etat français pétainiste, il est adressé à la prison allemande de Compiègne.

C'est alors un train pour l'enfer le 6 juillet 1942, à 20 ans, dans le convoi dit des 45 000 pour Auschwitz. Ce convoi est appelé ainsi à cause du matricule marquant les déportés. Le numéro 45 472 est tatoué à vie sur le bras de Fernand Devaux. Sur 1 172 déportés, seulement 119 en reviennent en 1945. Fernand Devaux était le dernier encore en vie des survivants de l'enfer nazi.

Il faut savoir également que l'Armée rouge approchant d'Auschwitz, Himmler, chef de la SS, ordonne l'évacuation de ce camp. Fernand Devaux est de cette marche forcée du 8 au 24 avril 1945. Plus de la moitié des déportés y succombent. Il parvient à Dachau, autre camp nazi, libéré par l'armée américain le 29 avril.

Lors de cette marche forcée, il fallait se maintenir en tête, m'avait précisé Fernand Devaux. "Pour éviter le sort de ceux qui n’arrivaient pas à soutenir le rythme imposé par les SS. Lors d’une pause, nous avons retenu un camarade prêt à découper un cadavre pour se nourrir. "

Revenu en France, il reprend son métier d'ouvrier métallurgiste et ses activités communistes. "Aujourd’hui, la nuit et le brouillard se sont estompés pour lui, mais la lumière n’a pas effacé les ombres du passé", écrivait le quotidien normand Liberté lors d'un interview, le 10 mai 2013.

10 ans après la Libération, en 1955, la France l'homologue comme déporté politique. Comme si distribuer un tract interdit par Vichy et les Allemands n'était pas un acte de résistance. Mais à cette époque et pour longtemps, dans les conseils d'administration du patronat ou sous les ors de la République, des hommes de l'ex-Etat pétainiste ne sont pas inquiétés.

Il faut attendre la loi de 1986 pour que Fernand Devaux soit reconnu comme déporté résistant.

Salut à toi, Fernand Devaux, notre camarade!

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