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Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

Joseph Gabrielli, berger Corse fusillé pour l'exemple

Des lecteurs me sollicitent pour que je reprenne cet ancien article. C'est bien volontiers que je le délivre à nouveau en le réactualisant:

Joseph Gabrielli (1895-1915) est un berger corse. Il n'a jamais quitté son village natal près de Corte. Dès la déclaration de guerre, il quitte la Corse pour être mobilisé dans le 140e régiment d’infanterie.

Bien qu’il soit illettré et arriéré mental, le service médical militaire l'a déclaré apte pour défendre la patrie.

Le 8 juin 1915, au cours d’une attaque, il est légèrement blessé. Son chef de section l’envoie se faire panser au poste de secours. En revenant, il s’égare et ne retrouve plus sa compagnie.

On le retrouve cinq jours plus tard, terré au fond d’une cave à Colincamps (Pas de Calais) près du front.

Interrogé par les gendarmes, il parle très mal le français. Il tente d'expliquer que, dans la nuit du 12 juin, lors d'une attaque, il a perdu sa compagnie dès la fin des combats. Il est revenu à sa tranchée. Ne trouvant plus personne de son régiment, il a erré pour atterrir à Colincamps. Il est descendu deux jours dans une cave où les gendarmes l'ont retrouvé.

Le rapport de la prévôté militaire dit autre chose :"Le soldat Gabrielli a disparu de sa compagnie le 8 juin au matin et a été signalé par son caporal d’escouade comme manquant à l’appel. Dans la même journée, des soldats de la compagnie faisant le service de ravitaillement ont attesté avoir vu Gabrielli au poste de secours du bataillon. "

Mais d’après l’enquête faite auprès de ses chefs et de ses camarades, Joseph Gabrielli est considéré comme un débile profond, élevé à l’état sauvage et surtout employé à creuser des latrines ou des tranchées.

Il est néanmoins traduit devant le conseil de guerre spécial du 140e RI et un interprète corse traduit les questions des juges et les réponses de Joseph Gabrielli.

Malgré les témoignages de ses compagnons et de son commandant de compagnie confirmant l’irresponsabilité de l’accusé, le conseil de guerre, le déclarant coupable d’abandon de poste devant l’ennemi, le condamne à mort à 20h. Il est fusillé une heure plus tard.

L'avocat Louis Dupommier, qui a défendu Joseph Gabrielli devant le conseil de guerre, témoigne:"Au cours de ces quatre années de guerre, j’ai vu de terribles choses. Je ne crois pas avoir assisté à un plus triste spectacle que cette exécution. Gabrielli, affolé, courrait devant les fusils en criant : "Maman, maman, je ne veux pas mourir…" Il se cramponnait convulsivement, tantôt à l’aumônier, tantôt à moi ; il a fallut planter un poteau sur la tranchée de deuxième ligne pour l’y ligoter. Cela a duré une demi-heure. Les hommes du peloton d’exécution étaient terriblement émus. Un seul être demeurait impassible : c’était le commandant Poussel (tué quelques mois plus tard en Champagne). Après le coup de grâce, cet officier m’a dit :"Voila une mort qui épargnera bien des vies humaines. J’ai répondu: "Vous avez mon commandant, une étrange conception de la justice et vous venez d’assumer une bien effroyable responsabilité devant Dieu".

Le 4 novembre 1933, la cour spéciale militaire annule le jugement du conseil de guerre et réhabilite Joseph Gabrielli, suite à une révision demandée par sa famille.

Après la défaite de Charleroi et l’échec de la Bataille des frontières, pour maintenir la discipline, deux décrets du 2 août et du 6 septembre 1914 furent promulgués pour instituer des Conseils de guerre spéciaux. Ils s’exercèrent jusqu’à leur suppression en 1917. A cela, il faut ajouter les exécutions sommaires telle celle d'octobre 1916: un jeune chasseur de la classe 1915, paniqué, fuit le front pendant un bombardement. Le commandant le convoque : « monte sur le parapet », l'officier le suit et le tue d’une balle dans la tête.

2 400 soldats furent condamnés à mort et 600 fusillés pour l’exemple, les autres voyant leur peine commuée en travaux forcés.

Joseph Gabrielli a lui été réhabilité. Mais, en ce centenaire de la Grande Guerre, aucun président de la République française n'a eu le courage politique de réhabiliter tous les autres, fusillés pour l'exemple ou condamnés aux travaux forcés.

En mai 2016, sous François Hollande, l'Assemblée nationale à majorité socialiste, avec les voix de la droite, refuse la réhabilitation collective des fusillés pour l'exemple. Ce projet de loi, présentée par le député Pcf Jean-Jacques Candelier, excluait bien sûr les soldats condamnés pour crimes. Mais ce projet de loi avait pour but de « de porter une exigence de justice à l’égard de tous ces civils déracinés dont parlait Henri Barbusse, sous l’uniforme desquels on reconnaissait le laboureur et l’ouvrier, et qui furent condamnés à mort, le plus souvent de manière expéditive par des conseils de guerre spéciaux ou parfois de simples officiers, pour refus d'obéissance, abandon de poste ou désertion à l'ennemi. » 

File:Royère-de-Vassivière Stèle sur la tombe de Félix Baudy.JPG

Tombe de Félix Baudy à Royère-de-Vassivière fusillé pour l'exemple

En ce 11 novembre 2017, des familles de ces fusillés pour l'exemple, des associations d'anciens combattants, la Ligue des droits de l'Homme ou la Libre pensée, militent toujours pour cette reconnaissance. Avant cette commémoration de l'Armistice de 1918, la secrétaire d'Etat de droite auprès de l'ex-socialiste Florence Parly ministre des Armées d'Emmanuel Macron a repoussé cette demande de réhabilitation sollicitée par les députés Pcf et Fi.

Et je vous mets en ligne l'histoire d'Ange Dreneuc, breton de naissance et devenue ouvrier dans une cimenterie de la région de Mantes-la-Jolie, telle que la raconte sa petite-fille. Source: Franceinter.fr du 10 novembre 2017.

Joseph Gabrielli, berger Corse fusillé pour l'exemple

Solange Hervé Branki ne comprend pas : elle défend chaque année la mémoire de son grand père, un poilu sommairement "abattu pour l'exemple’’. Avant de partir à la guerre, Ange Dreneuc était ouvrier dans une cimenterie de Guerville près de Mantes-la-Ville, où son nom est encore inscrit, aujourd'hui, sur un monument aux Morts. Ange Dreneuc est officiellement tombé le 11 mai 1915 en pleine bataille de l'Artois, près de Roclaincours. D'abord porté disparu, puis officiellement déclaré mort le 9 avril 1921. Mais Solange Hervé Banki sait que la vérité n'est pas si lisse : ce que la famille pressentait, sa maman en a eu confirmation il y a une quarantaine d'années, avec une tante qui lui affirme avoir appris que Ange avait été fusillé. 

Pour Solange Hervé Branki, Ange Dreneuc a donc été sommairement abattu au milieu du carnage, parce qu'il a confié ses états d'âme quelques semaines plus tôt. Dans le petite tas de lettres échangées presque chaque jour avec son épouse, l'une, datée de la fin avril 1915, lui apprend le décès de sa petite fille, victime d'une méningite : c'est le probable élément déclencheur de son insoumission.

Page d'archives du "Journal de marche du 71e régiment d’infanterie" dont Ange Dreneuc faisait partie
Page d'archives du "Journal de marche du 71e régiment d’infanterie" dont Ange Dreneuc faisait partie / Mémoire des Hommes
Autre document de "Mémoire des Hommes", nouvelle page d'archives du "Journal de marche du 71e régiment d’infanterie" dont Ange Dreneuc faisait partie
Autre document de "Mémoire des Hommes", nouvelle page d'archives du "Journal de marche du 71e régiment d’infanterie" dont Ange Dreneuc faisait partie / "Mémoire des Hommes"
 

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