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Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

Edouard Vaillant, les socialistes et la Première Guerre mondiale

Mars 1909. Edouard Vaillant devant le Mur des Fédérés à Paris, au cimetière du Père Lachaise

Edouard Vaillant (1840-1915) est un vieux révolutionnaire français, ancien dirigeant de la Commune de Paris, compagnon de Blanqui et de Jaurès, reconnu par Lénine et Trosqui. Or, après l'assassinat de Jean Jaurès, le 31 juillet 1914, il se rallie à l'Union sacrée et soutient l'entrée des socialistes au gouvernement, en août 1914.

A cette époque, député socialiste de Paris, il est aussi responsable des questions internationales au sein du Parti socialiste, défenseur de la grève générale et internationale contre le danger de guerre.

Or, dès la mort de Jean Jaurès, dans l'Humanité, dans le groupe des députés socialistes ou dans son parti, il n'a de cesse d'appeler à la résistance contre l'agression du Kaiser. Certes, il ne se rallie nullement aux nationalistes qui veulent une revanche contre la Prusse de 1870 et rejette des annexions non consenties en cas de victoire de la France. Mais il faut se battre contre "l'impérialisme sauvage" de l'Allemagne et rêve d'une révolution dans ce pays qui chasserait son empereur.

L'heure est donc à la patrie en danger, puisque les Allemands ont envahi la France et 3 socialistes deviennent ministres du gouvernement de droite.

Dans l'Humanité, Edouard Vaillant s'en prend à cette minorité, surtout au sein de la CGT, qui réfute cette Union sacrée, la traitant de "doctrinaire" dans un article du 9 octobre 1914. Si le journal ouvre ses colonnes à ces mêmes minoritaires, regroupés autour de la Vie ouvrière de Jean Monatte, c'est pour mieux les combattre.

A partir du printemps 1915, le député socialiste Jean Longuet, petit-fils de Karl Marx, forme enfin une minorité contre la guerre dans le Parti. Elle se dote d'un hebdomadaire, le Populaire, qui deviendra le journal de la SFIO quand l'Humanité sera celui du PCF lorsque celui-ci est créé à Tours, le 30 décembre 1920.

L'historien Gilles Candar, président de la Société d'études jaurésiennes, écrit: "Vaillant ne verra ni la fin de la guerre, ni celle du débat entre majoritaires et minoritaires. Il meurt le 18 décembre 1915, tué selon ses dires mêmes par la guerre et ses tourments, convaincu qu'elle devrait "enfanter une autre humanité" ".

Concernant l'Humanité,  le journal reste fidèle à l'effort de guerre jusqu'au 11 novembre 1918. Il condamne fermement la participation des minoritaires français à la conférence internationale contre la guerre, tenue à Zimmerwald, en Suisse, en 1916. Il condamne avec la même vigueur la Révolution russe en 1917.

Jean Jaurès écrivait en 1911: "La guerre rendrait impossible la régulière évolution sociale. Les hommes qui poussent la volonté de paix sont les serviteurs du progrès social". Durant la Grande Guerre, le journal socialiste a complètement oublié les écrits de son fondateur.

De nos jours, cette pensée de Jean Jaurès reste d'actualité. Mais comme hier, elle n'est pas portée par le Parti socialiste.

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