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Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

A partir du 21 février 1916, durant 300 jours et 300 nuits, sans discontinuer, va se dérouler l'une des boucheries qui vont ensanglanter la Première Guerre mondiale: 306 000 tués et disparus dont 163 000 Français et 143 000 Allemands; 406 000 blessés dont 216 000 Français et 190 000 Allemands. Mais cette bataille, qui devient une victoire française et symbolise à elle seule la ténacité des armées de la France, que doit-elle au futur maréchal Philippe Pétain?

Le 21 février 1916, les Allemands attaquent, précédés par un bombardement soutenu des positions françaises. Un million de bombes est projeté sur un front de quelques kilomètres, entre 7 heures et 16 heures. L'infanterie de Guillazume II croit dès lors trouver le terrain dégagé. Mais elle se heurte à des tirs nourris des soldats français, rescapés au milieu d'un paysage dévasté.

Cela va être ensuite une série d'offensives et de contre-offensives de part et d'autre, toutes aussi meurtrières les unes que les autres. Dans son livre, le tonnelier Louis Barthas, natif de l'Aude, décrit ce dont Paul Valéry écrira: "la guerre est un massacre de gens qui ne se connaissent pas, au profit de gens qui se connaissent mais qui ne se massacrent pas". Louis Barthas donc décrit les combats autour de la cote 304: "Elle était disputée comme si elle contenait en ses flancs des mines de diamant. Hélas, elle ne contenait que des milliers de cadavres déchiquetés et pulvérisés".

Osuaire de douaumont perpétuant la bataille de Verdun

Osuaire de douaumont perpétuant la bataille de Verdun

Et le général Pétain dans tout cela, à qui le généralissime Joffre a confié le commandement de cette partie du front? Même la déchéance et la condamnation du chef de l'Etat Français en 1945, pour intelligence avec l'Allemagne nazie et haute trahison, n'ont pas réussi à ébranler qu'il fut le "vainqueur de Verdun".

Ce qu'écrit le magazine Historia de ce mois de février, dans son dossier Pétain, l'imposteur de Verdun:

A 60 ans passés, il prend son commandement le 25 février 1916 à minuit et son état-major s'installe à Bar-le-Duc, bien au sud de Verdun.

Et si le 26 février, l'offensive allemande est enfin enrayée, cela est dû à l'action du général de Castelnau, adjoint au généralissime Joffre, qui s'est rendu sur place. Pétain, lui, était reçu au Grand quartier général par Joffre, convoqué la veille à 8 heures pour être nommé commandant de cette zone par ce dernier.

De ce fait, en ce 25 février, le futur maréchal est bloqué par les neiges et prend ses quartiers à Souilly où il attrappe froid, ce qui le cloue momentanément au lit. On est loin de la légende du sauveur qui, par sa seule présence sur le front, redonne confiance à la troupe.

Lorsqu'il prend enfin son commandement, les soldats se battent et meurent depuis le 21 février. Ce sont ces derniers qui sont les véritables vainqueurs de la bataiile de Verdun, eux qui n'ont jamais ménagé leurs peines et leur sang.

Certes, ensuite, le général Pétain organise une rotation rapide des unités combattantes, en les faisant monter au front et en les retirant lorsqu'elles sont trop éprouvées, tout en assurant le ravitaillement par une noria de véhicules. Mais Pétain envisage le pire : dès le 3 mars, il conçoit un plan d'évacuation.

Finalement, le généralissime Joffre lui retire son commandement pour le confier au général Nivelle, dès le 1er mai 1916 et jusqu'à la victoire en décembre 1916. Deux mois de commandement pour Pétain et 7 mois et demi pour Nivelle, lequel relance l'offensive française dès le mois de juillet.

Nivelle, par la suite, se déconsidère totalement aux yeux de Joffre et du gouvernement, lors de ses offensives assassines au Chemin des Dames en avril 1917. Ce qui conduit à d'inombrables mutineries sur le front et d'être remplacé par Pétain le 15 mai 1917.

Nivelle déchu, il faut des lauriers célébrant un général providentiel, en occultant pour les besoins de la cause que celui-ci n'a pourtant commandé que 2 mois et jamais mené ses soldats à la victoire. C'est aussi l'heure de resserrer les rangs, de remettre au pas les régiments mutinés.

Quand le gouvernement remet à Pétain la grand-croix de la Légion d'honneur, le 29 août 1917, pour des questions politiques, on ne va pas clamer qu'il a stoppé les mutineries. C'est donc officiellement le "vainqueur de Verdun" qu'on célèbre. Cette qualité figure en toutes lettres dans la citation qui accompagne cette décoration.

Sitôt la guerre finie, Verdun occupe dans la mémoire des combattants et dans la mémoire nationale et son "vainqueur" une place privilégiée.

Les années plus tard, des spécialistes d'histoire militaire tentent bien de dire la vérité sur le personnage. Or, deux millions d'anciens combattants et la France toute entière, ou presque,  se sentent reliés à Pétain. La nation en fait un général en chef des armées, puis un ministre de la Guerre. Il est devenu à la fois un militaire et un homme politique d'importance.

Lorsque Pétain renverse la République le 11 juillet 1940, s'octroyant tous les pouvoirs et le titre de Chef de l'Etat français, il est toujours adulé comme le vainqueur de Verdun qui fait "don de sa personne à la France".

On connait la suite.

21 février 1916: la bataille de Verdun et Pétain l'imposteur

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