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Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

Espérance de vie en baisse : pourquoi les Français mourront plus tôt

En 2012, l’espérance de vie des Français baissait.  Les « grands » médias ont préféré s’abstenir d’informer sur ce phénomène historique. Il ne fait pourtant que commencer et nous affectera, à des degrés divers. Les décisions prises aujourd’hui, loin de l’enrayer, vont aggraver sérieusement le recul de la longévité française.

Et pourtant, la pensée unique capitaliste nous ordonne de retarder toujours plus l'âge de départ à la retraite, rogne sur les droits conquis par la classe ouvrière pour mieux vivre, fait exploser notre système de santé publique ainsi que la Sécurité sociale.

Un article de Benoit Delrue, en lien pour le lire en totalité:

L'espérance de  « a marqué le pas en 2012 ». Jamais à court d’euphémismes pour réduire la portée des faits qui ne rentrent pas dans ses cases préétablies, l’Insee présente ainsi la baisse historique de l’espérance de vie française. Et encore, la figure de style ne peut être lue que dans son commentaire des résultats de l’année 2013, qui voit un léger mieux. L’institut national de la statistique et des études économiques s’était bien gardé de commenter publiquement ces chiffres quand ils ont été découverts un an plus tôt ; notre gouvernement et nos « grands » médias, de relayer l’information.

Après une hausse continue depuis qu’elle est mesurée, l’espérance de vie des hommes de 60 ans est passée cette année de 22,7 à 22,6 ans. Celle des femmes du même âge, de 27,4 à 27,2 ans. A la naissance, on leur pronostiquait 84,8 ans à vivre, contre 85 années en 2011. La différence n’est pas grande, elle peut même paraître négligeable pour le profane ; en réalité, elle marque une évolution sensible, qui tranche avec tout ce qui avait été constaté jusqu’alors.(...)

Conquêtes ouvrières et santé publique

Le travail des enfants, omniprésent, ne prend fin qu’après la loi du 2 novembre 1892 et l’interdiction stricte d’employer des garçons et des filles de moins de douze ans. Jusqu’à 18 ans, le temps de travail hebdomadaire est limité à 60 heures par le même texte législatif, qui sera appliqué sporadiquement dans ses premières années. C’est néanmoins une première victoire d’envergure pour des syndicats naissants, qui se rassemblent en 1895 sous la bannière de la Confédération générale du travail (CGT). Dès lors, les ouvriers se battent pour la journée de 8 heures, à une époque où la plupart d’entre eux effectuent douze heures de travail journalier à un rythme éreintant. De nombreuses grèves, mobilisations générales et interruptions de la production sont nécessaires pour que le grand patronat – et ses délégués politiques – accepte de céder à cette revendication, synonyme de manque à gagner important. Il faut attendre 1946 pour que la semaine de 40 heures rentre définitivement dans la loi française ; néanmoins les besoins de main d’œuvre dans la reconstruction du pays et les repères culturels font que les employés travaillent bien au-delà, avec une majoration pour leurs heures supplémentaires. Ce n’est qu’en 1963 que le temps de travail hebdomadaire décline réellement. Le temps de travail annuel, lui, avait déjà bien baissé. Revendiqués à partir de 1926 par la CGT, les congés payés sont institués par le Front populaire à l’été 1936, suite à la grève générale qui a vu les premières occupations d’usine. Deux semaines par an, les employés peuvent se reposer tout en gardant leur paye ; c’est une évolution nette pour la capacité à recouvrer ses forces, pour la santé des Français.

A la Libération, le Parti communiste français est la première force politique tandis que la CGT revendique 5 millions et demi d’adhérents, soit un salarié sur deux. Les nationalisations massives, permises par l’expropriation des grands capitalistes qui ont collaboré activement avec l’envahisseur hitlérien, permettent d’instaurer dans les grandes entreprises contrôlées publiquement un rythme de travail moins pénible, et des règles plus protectrices pour les travailleurs. Les fonctionnaires et agents publics sont embauchés massivement, réduisant de facto la charge de travail pesant sur chaque salarié.

C’est à la même époque, au sortir de la seconde guerre mondiale, que la santé publique moderne est instaurée en France. Le gouvernement provisoire, constitué en partie de communistes, va substituer au système d’assurances sociales éclatées, un régime de sécurité sociale universel. L’assurance maladie permet à tous les salariés d’arrêter le travail, en touchant des indemnités pour absence sur le poste en cas de santé défaillante, ce qui réduit sensiblement les risques d’infection dans les entreprises. L’assurance vieillesse donne aux vieux une retraite, assurée directement par les salariés actifs, ce qui donne droit à des jours heureux à l’âge mûr – au lieu de l’épuisement fatal dû au maintien acharné en activité. Les accidents du travail sont reconnus et le patronat est tenu de les prendre en charge ; pour s’éviter ces dépenses supplémentaires, il est contraint d’améliorer la sécurité en entreprise. La consultation des médecins, même spécialistes, et l’achat de médicaments prescrits deviennent remboursés. Cette structure nouvelle, fonctionnant par la solidarité nationale, va remarquablement réduire les maladies en nombre et en gravité, et donc allonger formidablement l’espérance de vie.

Le temps de travail repart à la hausse

(...) Néanmoins, ce long processus de progrès social réalisé aux 19ème et 20ème siècles s’est fragilisé, jusqu’à devenir inopérant.

Ce reflux s’explique par des raisons structurelles : la conscience de classe s’est perdue chez les Français avec la tertiarisation, la division syndicale a rendu les luttes morcelées et peu combatives, le chômage très élevé achève les velléités de lutte salariale au sein des entreprises. Organisées par et pour la haute bourgeoisie, classe sociale des grands propriétaires de capitaux, ces conditions nouvelles lui permettent de revenir sur ce qu’elle avait cédé à la classe ouvrière sans jamais le digérer. La réduction du temps de travail, en heures dans la semaine, en semaines dans l’année ou en années dans la vie, représente un manque à gagner inacceptable pour le grand patronat. La santé publique, parce qu’elle prive un secteur économique entier de la soumission aux règles du marché et de la génération de profits, n’est pas non plus envisagée dans l’idéal de « libertés » pour lequel militent les multimilliardaires. (...)

A contre-courant des considérations abstraites, l’espérance de vie est un phénomène socio-économique résultant de facteurs spécifiques. Ce n’est donc pas une surprise si elle a baissé en 2012, stagne depuis, et risque de connaître bientôt une diminution continue. L’augmentation du temps de travail et le renoncement aux soins vont finir par atrophier sérieusement la santé des Français, précisément ceux qui appartiennent à la classe ouvrière contemporaine – celle qui subit des pressions au travail dans les magasins, les centres d’appel, les administrations ou qui se trouve privée d’emploi. C’est le prix à payer de notre époque, dont l’idéologie dominante ne rencontre pas de résistance dans la population. Pour imposer un idéal profitable exclusivement aux plus riches, nos dirigeants sacrifient notre longévité. Avec le consentement général.

Source: le blog de Michel el diablo, deuxième lien

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