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Le 8 mai 1945, la France figure parmi les nations victorieuses. Mais de réelles difficultés s'opposent à sa renaissance matérielle et morale. La guerre et le pillage des occupants ont porté des coups importants à l'économie. Le Mantois a été dévasté par la cinquantaine de bombardements alliés intervenus du 20 avril au 22 août 1944 avec plus de 550 victimes civiles. Mantes-la-jolie recense 350 immeubles rasés et 1 500 endommagés, Mantes-la-Ville 410 dont 20 totalement; quant à Limay, 468 maisons sont sinistrées dont 44 rasées.

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Des usines sont aussi détruites, comme la papeterie Zigzag sur Gassicourt ou la CIMT sur Mantes-la-Ville. D'autres ont été fortement endommagées par les bombardements, comme les cimenteries du Mantois, la Cellophane à Mantes-la-Ville et le dépôt SNCF est lui complètement anéanti.


L'union locale CGT, dissoute par le dernier gouvernement de la 3ème République, est  rétablie dans la Bourse du travail. Elle va appliquer le mot d'ordre confédéral:"Travail et Union, il faut produire, il faut reconstruire!"

Les tracts syndicaux de cette époque montrent cette détermination. Celui du 15 octobre 1945 à la Cellophane: "Personnel à l'usine 580, syndiqués à la CGT 540 (ouvriers, employés et maîtrise). Usine sinistrée à 50% dont la production en pellicules cellulosiques a été totalement arrêtée du premier mai 1944 au premier mai 1945. Reprise d'une production de 50 tonnes au 15 mai; aujourd'hui 120 tonnes. Actuellement, la production est poussée activement; il a fallu reconstruire un baraquement provisoire pour abriter les deux machines construites avec des pièces de récupération prises dans les décombres... Les conditions de travail sont précaires quoique suivies de près par  l'organisation syndicale... Cependant, il ne faut pas compter avoir une usine moderne avant deux ans. Toutefois, il est d'intérêt général que notre usine se développe et donne du travail à un millier d'ouvriers de la région..." La CIMT en 1946:"Le personnel conscient de ses devoirs met tout en oeuvre pour rétablir les pertes de temps qui résultent de l'immobilisation des wagons dans les ateliers. Ce faisant, il travaille utilement au redressement du pays, rejoignant dans l'effort producteur ses camarades cheminots dont il facilite le travail et accroît le rendement..."

Mais d'autres tracts signalent la mauvaise volonté des employeurs. Le syndicat CGT d'Aviac signale que la direction veut fermer l'entreprise, alors qu'il n'y a "que des carreaux cassés... Pourquoi ne pas produire, comme sous l'occupation, des vis roulées, des cadres de bicyclettes et des remorques à vélos? De gros fûts d'huile disparus ne nous permettent pas de tourner normalement." Ce qui fait dire à Louis Racaud, responsable de la CGT et dirigeant le la résistance communiste: "les industriels, tout en évitant tout choc frontal avec la CGT, ne goûtaient pas du tout les mesures progressistes sorties du programme  du Conseil National de la résistance. Par contre, nous de la classe ouvrière faisions tout notre possible pour relever le pays."

Autre expression de l'Union locale à cette époque, son intervention à la fédération CGT de l'Agriculture qui lui répond ainsi le 4 juillet 1945: "il ne faut pas tolérer que les prisonniers allemands puissent remplacer les travailleurs français. Il faut intervenir énergiquement pour que la réglementation concernant les prisonniers boches soit appliquée, à savoir: qu'ils ne doivent être employés  qu'a près avis favorables des organisations ouvrières, patronales et du maire, s'il n'y a pas évidemment d'ouvriers français au chômage... Dans le cas... de difficultés, ... nous faire un rapport précis afin que nous puissions intervenir utilement."


Élan patriotique de la CGT, défense des travailleurs, mais aussi intervention dans l'intérêt général des populations. 

Exemple, réponse du ministère des Transports: "Par lettre du 18 décembre 1945,  vous m'avez signalé que votre Union locale des syndicats ouvriers demande le prolongement jusqu'à Mantes-Gassicourt du train 695 circulant entre Paris et les Mureaux. J'ai l'honneur de vous aviser que la SNCF vous donnera satisfaction en janvier prochain."


Plus  surprenante est la demande de l'Union locale auprès du ministère de la Production industrielle au sujet d'une machine à écrire afin "d'assurer le bon fonctionnement de la Bourse du travail." C'est Marcel Paul, ministre en exercice qui répond personnellement le 15 octobre 1946: "Votre demande a retenu toute mon attention et j'ai donné des instructions à mes services pour que cette attribution soit faite le plus rapidement possible."

     Sans doute, peut-on se plaire à rêver de ce temps-là, quand des ministres se souciaient de l'intérêt public et des syndicats. 

     Une réunion des syndicats à la Bourse du travail liste les défauts enregistrés dans la reconstruction du Mantois. Extraits du compte-rendu du 16 juin 1945:"Demande d'une meilleure répartition des pneumatiques, 28 camions ne roulent pas faute de pneus... La réfection des routes et chemins donnerait une amélioration en ce qui concerne le ravitaillement...Cellophane et CIMT sont en sous production faute de matière première... Manque de charbon aux Ciments français et de courant à la filature... Les sablières ne tournent pas alors qu'elles pourraient fournir en sable toute la région... Demande stock de charbon en vue de l'hiver et pour les vieux travailleurs... Difficultés générales dans le bâtiment, manque de ciment, de sable et de plâtre..."

 

Oui, la France et le Mantois sont endeuillés, ruinés, dévastés. Or,  c'est dans ce pays-là que va naître, à cette époque, la Sécurité sociale issue du programme du Conseil National de la Résistance.