Overblog Suivre ce blog
Editer la page Administration Créer mon blog

Eugène Bougeâtre (1869-1944) nous délivre les conditions d'existence dans les campagnes du Mantois à cette époque. Ses Notes et souvenirs sur la vie rurale au XIXe siècle décrivent le rude quotidien des ouvriers agricoles. Les éditions Valhermeuil, sous la plume de Marcel Lachiver, ont réactualisé son étude en 1971.

 

Trois groupes composent l'ensemble du salariat agricole: les tâcherons, les journaliers et le personnel des fermes.

Les tâcherons sont engagés pour les grands travaux saisonniers (moissons, binage et buttage des pommes de terre ou de la betterave, liage des vignes par exemple). Ils sont rémunérés à l'hectare ou au quintal de grains battus. Ce sont des journaliers du cru ou provenant de Bretagne et du nord de la France.

Les journaliers, groupe le plus précaire et le plus nombreux, sont rétribués à la journée. Ceux qui logent dans les alentours réservent le mois d'août pour prendre le travail à la tâche.

Rubrique à brac - Les moissons autrefois -

Le personnel de ferme (bergers, charretiers, valets de charrue ou domestiques), logé sur place, est gagé à l'année. Il est assujetti à l'exploitant agricole par un contrat de louage "qui s'exécute de bonne foi et peut se rompre d'un commun accord sans risque d'indemnité entre les parties; les domestiques de ferme sont toutefois soumis à un préavis de huit jours". Mais qui fait appel au Juge de paix, à moins de se voir interdire toute embauche dans le canton?

Pour un même travail fourni, les salaires sont différenciés en fonction du sexe ou de la saison. Exemple avec le tarif d'un journalier nourri par le fermier: homme (2F,50 l'hiver et 1F,50 l'été), femme (1F,50 l'hiver et 1Fl'été), enfant-moins de 16 ans- (0F,75 l'hiver et 0F,50 l'été); 1Fsupplémentaire si le journalier (homme ou femme n'est pas nourri) et 0F,50 pour l'enfant.

 

Il existe aussi une basse classe méprisée par tous et chassée par les propriétaires. Eugène Bougeâtre la décrit ainsi: "Dans la plaine brûlée par le soleil, sur les chaumes rugueux qui griffent les mains, les diziaux et les moyettes sont à peine enlevés que déjà les glaneurs se répandent pour ramasser les épis oubliés par les oûterons (les tâcherons du mois d'août). Pauvres gens que ces glaneurs, des femmes, des vieillards surtout. Parmi les enfants, nombre sont ceux que l'Assistance publique confie moyennant rétribution à des parents nourriciers qui vivent -ou à peu près- de cette modeste mensualité."

 

Dans sa Chanson des Gueux, Jean Richepin, du village d'Auffreville, a dépeint ces glaneurs. Dernier couplet de ses rimes:

     En passant auprès des buriots

     Volez un peu les proprios.

     Faut du pain à ceux qu'a pas d'beurre.

                 C'est le tour des glaneurs

                             A cette heure

                  C'est le tour des glaneurs.

 

Une activité est liée à la moisson, la meunerie avec 37 moulins à eau dans l'arrondissement, dont 3 sur Guerville, 7 à Mantes et 12 pour Mantes-la-Ville. Certains ne tournent pas toujours, contraints à l'arrêt lors des crues ou des fortes sécheresse. Autant de jours chômés pour les garçons meuniers. 

 

VIEUX_PONT_ET_MOULIN_LIMAY3

 

Le petit monde des campagnes est un peuple de taiseux écrasés par les habitudes et la religion. Il va décroître considérablement sous le double effet de la mécanisation rurale et de l'industrialisation du Mantois avec l'arrivée du chemin de fer. Le prolétariat des campagnes va devenir celui des usines. Mais ceux qui s'accrocheront aux champs ou à la ferme se méfieront toujours de ces prolétaires urbains.

Chemins de fer 001

 

Toutefois, la Chanson des Paysans (paroles et musique de Pierre Dupont en 1849) que l'on chantait quelquefois dans le vieux Mantois:

     La terre va briser ses chaînes,

     La misère a fini son bail;

     Les monts, les vallons et les plaines

     Vont engendrer par le travail.

 

     Affamés, venez tous en foule

     Comme les mouches sur le thym;

     Les blés sont mûrs, le pressoir coule:

     Voilà du pain, voilà du vin.

 

     Oh! quand viendra la belle?

     Voilà des mille et des cents

     Que Jean Guêtré t'appelle,

     République des paysans!

     République des paysans.