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Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

L'usine était inerte, sans plus aucun bruit:

Sarcophage éteint comme si advint la nuit.

Il semblait que Dieu la créa de sa puissance

Et qu'elle gronderait en toutes circonstances;

Dans son ventre rugiraient le feu et le sang

Pour que s'écoulent les sillons incandescents.

Vulcain pour parrain, la Tour Eiffel sa marraine,

Point ne s'assècherait  l'éclat de sa fontaine.

Même les jours sombres et courts, l'horizon amer,

Son coeur palpiterait aujourd'hui comme hier.

Elle était en ce lieu souveraine maîtresse,

Certains lui témoignaient comme de la tendresse.

Elle avait pourtant croqué des vies sans remords,

Animé le courroux sous son ciel retors.

Combien de combats pour atteindre ses entrailles,

Presque à vouloir renverser ses hautes murailles?

Mais, si dans sa chair, on enfonça le couteau,

C'était pour qu'elle fut grande, pas un bourreau.

Pourtant, comme on souffle le crêt d'une chandelle,

Fut tarie l'âme de sa saison éternelle.

Désormais, elle gît comme un cruel tombeau,

Ses seigneurs l'ont scellée, sur son toit des corbeaux.

Parfois, un petit cri dans ce vain paysage,

Mais la rouille poursuit son impérieux ravage.

Dans les alentours, les abeilles se  sont tues

Et ce silence dans les âtres dévêtus.

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H
Bonjour Roger

Ce très beau poème me fait penser à la vallée du Gier, entre Saint Etienne et Givors. Des sites à l'abandon, hantés par l'âme de la sueur des ouvriers. Comme de nombreux sites en France ...
Merci pour ces mots.

Amitiés

Serge
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S
poème puissant qui me rappelle mon usine , ma vie, ma jeunesse, mon usine ma tendresse et tu en parles comme je l'ai vécu, croqueuse de santé mais comme un drogue après l'arrêt elle est encore là
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C
Bonjour Roger,

Un exercice pas facile du tout que de rendre le vécu des usines, lieux de souffrance mais en même temps lieux de vie . Mon père qui était ouvrier en métallurgie (vallourec, ex cidelor) prenait à cœur son travail si ingrat et si dur et nombre d'ouvriers ont cette merveilleuse conscience professionnelle qui fait le beurre des patrons: mais comment faire autrement pour gagner sa vie ?
Et pour tout remerciement quand l'ouvrier n'était plus assez productif ou commençait à présenter des problèmes de santé, on le mutait au "train"(sorte d'enfer dont parlait mon père et qui n'est pas concret pour moi, il évita jusqu'à la retraite d'y aller): les gars n'y tenaient pas plus de 6 mois puis c'était le trou et adieu la retraite.
Oui, c'est bien triste qu'il faille de l'industrie, des usines et d'autres choses comme les centrales avec des hommes pour les faire tourner contre un salaire de misère : car tout cela fabrique malgré tout la misère humaine.

Bravo encore Roger, j'aime tes écrits

caro
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