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Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

Des centaines et des centaines de morts ensanglantent l'Egypte. Cela montre que les forces politiques, l'armée et les Frères musulmans qui ont dominé le "Printemps arabe" dans ce pays, ne peuvent satisfaire les aspirations légitimes de la population.
 
L'ex-gouvernement islamiste de Mohamed Morsi, arrivé par les urnes le 24 juin 2012 avec 51% des suffrages et une faible participation électorale, a été une adhésion par défaut. Les Egyptiens eurent à choisir entre un représentant de l'ancienne dictature et les Frères musulmans prônant une politique de concorde et de justice sociale. Mais élus, les islamistes s'arrogèrent tous les pouvoirs, s'installèrent dans la corruption et plongèrent l'économie du pays dans une récession sans fin.
De ce fait, dans ce pays de 80 millions d'habitants, une pétition signée par 20 millions de citoyens demanda la démission de Mohamed Morsi. S'ensuivit une épreuve de force dans les rues avec plusieurs dizaines de millions de manifestants et la démission de plusieurs ministres du gouvernement.
Des heurts violents et mortels intervenant entre pro et anti-Morsi, l'armée ordonna au président de démissionner. Celui-ci refusa et par un coup d'état militaire, il fut renversé. A sa tête, le ministre de la Défense du président Morsi, le général Al-Sisi, chef suprême des armées.
 
L'armée fut le soutien inconditionnel de l'ancien dictateur Moubarak. Mais advint le "Printemps arabe" et le peuple qui manifesta dans toute l'Egypte, conduisant à la démission du dictateur, tandis que l'armée resta neutre, elle qui n'avait jamais hésité à réprimer tout mouvement populaire jusqu'à ce jour.
Pourquoi ce revirement? En fait, l'armée égyptienne représente une puissance répressive, mais aussi économique. Elle est aussi financée par les dollars des USA (1,3 milliard de dollar chaque année).

Elle possède un certain nombre d'entreprises et d'usines dans le pays. Le seul secteur de l'industrie militaire représente près de 10% de l'emploi. Si l'on y ajoute les activités civiles imputables à l'armée, c’est près d'un égyptien sur cinq qui travaille directement ou indirectement pour elle. Son chiffre d'affaires global s'élève à près de 5 milliards de dollars. L'armée pèse entre 30% et 40% du PIB égyptien, ce qui en fait la première puissance économique d'Egypte où plus de la moitié de la population survit avec moins de 1,50€ par jour.

Mais les affaires ne vont pas avec des troubles. Et lorsque ceux-ci emportent l'adhésion du peuple, l'armée devient neutre pour faciliter la chute du dictateur Moubarak, ou destitue le président islamiste Morsi. Ainsi, l'armée protège ses intérêts et uniquement les siens, aidée en cela par la bourgeoisie qui a adopté la même posture.

 

Pour l'heure en Egypte, le bain de sang se perpétue.

Si les Frères musulmans sont disqualifiés par l'électorat pour revenir au pouvoir, ils bénéficient toujours du soutien actif du Qatar et de la Turquie, lesquels voient d'un mauvais oeil qu'un régime islamiste soit chassé par le peuple. Et jusqu'à ce chaos sanglant, l'UE, la France en particulier, n'avait pas trop bronché à la dérive totalitaire du président Morsi. Oui, le business reste toujours le business et peu importe les droits de l'homme. Pareil pour les USA.

Aujourd'hui, l'Arabie saoudite et d'autres royautés arabes sont entrées en scène avec 9,5 milliards € à l'adresse des initiateurs du coup d'état. Et l'Arabie saoudite, qui arme ailleurs des bandes salafistes, se permet de traiter de "terroristes" les partisans des Frères musulmans. Le président des USA, prix nobel de la Paix, possède donc des alliés dans les deux camps. Comme pour avoir deux fers au chaud.

 

Il est évident que les aspirations légitimes du peuple égyptien à vouloir vivre mieux n'est pas dans la stratégie politique de la libre Amérique. Celle-ci souhaite avant tout conserver la main sur un pays majeur dans cette région, autant qu'économique (canal de Suez, ressources naturelles, plus grand pays arabe, etc).

Le peuple, lui, est tiré à hue et à dia dans le sang et les larmes. Comme le disait Jean Jaurès en 1895, "le capitalisme porte la guerre en lui, comme la nuée l'orage".

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