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Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

Paul Castel est un vieux monsieur de 92 ans qui habite un petit village, Vienne en Arthies, dans le Val-d'Oise. Qui, de ses voisins, sait qu'il fut un dirigeant de la résistance des cheminots en région parisienne durant l'Occupation, puis commandant des Francs Tireurs et Partisans Français pour la région R2 (Essonne actuelle, sud des Yvelines et plusieurs cantons de Seine-Saint-Denis et du Val-de-Marne)? Il finit sa carrière militaire le 18 novembre 1945, comme engagé volontaire dès le 23 septembre 1944, sous-lieutenant FFL et membre de l'état-major du bataillon 105/22.

 

A l'heure où le révisionnisme induit en erreur les mémoires, quand le gouvernement actuel veut mêler, en 2014, l'anniversaire du début de la Première Guerre mondiale et la Libération de la France, obscurcissant d'autant plus les esprits, cet épisode dans la vie de Paul Castel et de sa femme Andrée Belland, lors de leur mariage à Noisy-le-Sec,  le 24 août 1940:

 


Cette partie de la France est occupée par les Allemands. Mais le gouvernement de Pétain l'administre en fidèle allié d'Hitler. A Noisy-le-Sec, comme dans beaucoup de communes, les conseils municipaux issus du Front populaire ont été chassés des mairies. De ce fait, le maire de Noisy-le-Sec, communiste, a été déchu de son mandat comme l'ensemble du conseil municipal et remplacé par des hommes aux ordres de Vichy et de la collaboration.

Message du maréchal Pétain, le 17 juin 1940

 

Le 24 août 1940, le maire, désigné par "l'Etat français du maréchal Pétain", va célébrer son premier mariage, celui de Paul et de sa femme Andrée.

Or, les deux jeunes gens, 20 ans tous les deux, appartiennent au parti communiste qui se reconstitue dans la clandestinité depuis son interdiction en septembre 1939 par le dernier gouvernement de la IIIe République. Avant la guerre, Paul était le dirigeant de la région Paris-Est des Jeunesses communistes et sa future épouse l'une des dirigeantes de l'Union des jeunes filles de France pour cette même région.

Le président de la délégation spéciale administrant Noisy-le-Sec croit marier un simple ouvrier monteur électricien des ateliers SNCF de Noisy-le-Sec avec une petit institutrice. Or, depuis octobre 1939, Paul est l'un des responsables de la Résistance communiste dans les ateliers SNCF et le responsable de son comité populaire, la CGT clandestine. Andrée, elle, déploie une activité clandestine communiste à Noisy-le-Sec.

Et le PCF, avec l'accord absolu des nouveaux mariés, va organiser une action publique de résistance. Dans la nuit précédant le mariage, les Jeunesses communistes, malgré les risques de déroger au couvre-feu, badigeonnent la place et le perron de la mairie d'inscriptions patriotiques. Lors de la cérémonie, l'assistance, plusieurs dizaines de personnes, ne se lève pas à l'entrée de l'homme qui acceptait d'être le valet des Allemands.

 

Aujourd'hui, une telle action peut paraître anodine. Il faut pourtant la replacer dans le contexte de l'époque, sous l'Occupation allemande et la collaboration du gouvernement de Pétain, dans un pays où la Résistance ne fait que débuter et qui croit en un "maréchal sauveur de la France".

La police de Vichy va alors faire les basses besognes de la gestapo allemande. Au fil des jours, plusieurs jeunes communistes, femmes ou hommes, sont arrêtés, condamnés à la forteresse ou envoyés dans l'enfer des camps de la mort, dont peu reviendront.


 

Serment

Paul Castel va entrer dans la clandestinité comme dirigeant de la résistance communiste, sa femme Andrée sera agent de liaison des FTPF jusqu'à la Libération. En décembre 1940, Marc Chevalier, préfet pétainiste de Seine-et-Oise, dans un bulletin à la population, publiait le bilan des arrestations de communistes dans son département.

 

Certes, la résistance communiste subissait un sévère coup, mais l'Etat français de Pétain, par cette publication, confirmait également que le PCF, reconstitué clandestinement, débutait son combat pour la libération de la patrie. 


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