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Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

     Après nos chers amis, Abdallah roi d'Arabie saoudite et Mohammed VI celui du Maroc, deux démocrates confirmés, voici notre cher ami l'émir du Qatar, oui le même qui a acheté les footeux du PSG et d'autres biens en France, comme quelqu'un venant faire son marché à son gré.

     Rappelez-vous, la presse de la pensée unique (vous avez du lire, écouter ou entendre leurs alléluia -je ne sais pas dire pareil en qatari-) encenser ce monarque étranger qui venait investir plus de 50 millions d'euros dans un plan pour les banlieues françaises. C'était en décembre dernier et si je mens j'irai en enfer, avait dit l'ambassadeur de cet état très charitable envers ses frères de Gaule. Bon, le fric allait à des entrepreneurs, des jeunes que la France rejette malgré leur carte d'identité française. Mais l'annonce avait fait grand bruit et suscité beaucoup d'espoirs dans les cités du chômage et de la misère humaine.

     Les dossiers ont donc afflué en nombre. Une conférence de presse devait se tenir mi-février. Cela aurait été un feu d'artifice pour louer son altesse Hamar bin Khalifa al-Thani. Et puis, plouf, si j'ose dire, parce que dans le désert du qatar, il n'y a pas trop de flotte pour noyer quoi que ce soit...

L'émir du Qatar, Hamad bin Khalifa al-Thani, et Nicolas Sarkozy à Doha, le 14 janvier 2008 (Philippe Wojazer/Reuters)

 

      Majid El Jarroudi, directeur de l'Agence pour la diversité entrepreneuriale (un truc bien de chez nous) en est tout marri et confesse regretter cet immobilisme :

« Depuis décembre, nous avons reçu beaucoup de propositions. Mais, concrètement, rien ne bouge. L'annonce du Qatar est restée à l'état de déclaration d'intention. »

 

   

Alors, Rue 89, par deux de ses journalistes, Augustin Saclbert et Floriane Louison, a mené l'enquête.

A l'ambassade du Qatar, on justifie ce retard par de simples raisons d'organisation :

« On reçoit des dossiers tous les jours. On ne les a pas comptés mais cela se chiffre entre 100 et 400. On les range en attendant la constitution d'une commission d'experts chargée d'évaluer les projets. »

      Mais cette équipe de professionnels devrait pourtant être installée depuis trois mois...

    En communiquant très peu après une annonce aussi fracassante, l'ambassade laisse les autres interpréter le ralentissement, voire le gel, de son projet.

 

     Le projet est polémique

      Mathieu Cornieti, président de BAC, un fonds qui investit dans les banlieues françaises, explique :

« Ce projet prend du retard car c'est un projet polémique, donc compliqué à mettre en place. »

      Il est vrai que tout le monde n'a pas accueilli l'annonce qatarie avec autant d'enthousiasme que Claude Guéant. Le ministre de l'Intérieur a tenu des propos très positifs, en janvier, lors d'une visite dans le quartier du Val-Fourré, à Mantes-la-Jolie (Yvelines) :

« Je trouve que l'effort du Qatar, qui est un pays riche, de participer à la résolution de problèmes que rencontrent les communes de banlieue est un effort salutaire dès lors qu'il n'y pas d'exigence particulière de toute nature.

   Tous les crédits sont à prendre dès lors qu'ils ne s'accompagnent pas d'exigences particulières. »,

     Le Qatar craindrait une victoire de Hollande

    Selon Nabil Ennasri, spécialiste de la géopolitique du Qatar, la monarchie gazière a été refroidie en constatant un manque d'enthousiasme chez les élus de gauche en banlieue. Idem au niveau national :

« L'ambassade se couvre, car si Hollande passe, le Qatar n'aura sans doute pas les mêmes relations avec la France. »

      Ancien maire de Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), le sénateur PS, Claude Dilain, voit en effet une grosse limite à l'offre qatarie :

« Cela fait des dizaines d'années que je dis que ces territoires ont été abandonnés par la République française. C'est donc à la République française de les réinvestir.

Si ce n'était pas le Qatar mais le Mexique ou le Liechtenstein, je dirais la même chose : cette initiative aggrave cette idée d'abandon par la République. »

      Adjoint au maire socialiste de Clichy, Mehdi Bigaderne pense que le Qatar a été « surpris » par l'ampleur du retour médiatique et des réactions politiques – « ça les a un peu ralentis ».

      Sinon, il pense comme son ancien maire :

« Ce qui m'attriste, c'est qu'on doive attendre que des pays étrangers viennent s'occuper de nos projets. »

     Le gouvernement entre soutien et gêne

     Le ministre de la Ville, Maurice Leroy, n'apprécie pas du tout cet argument :

« La proposition du Qatar ne répond pas à un supposé désengagement de l'Etat dans ces zones urbaines sensibles. Au contraire, rien qu'au ministère de la Ville, le seul plan de rénovation urbaine représente 43 milliards d'euros.

   Les modalités de mise en œuvre de ce plan ne sont pas encore tout à fait arrêtées et nous sommes en train d'étudier les moyens les plus efficaces pour mettre le mieux à profit cette proposition généreuse.

   En cette période de crise mondiale, les initiatives de soutien ou d'appui à nos quartiers défavorisés ou à notre jeunesse en difficulté d'insertion sont à étudier. L'initiative du Qatar est une bonne chose, d'autant qu'elle ne s'accompagne d'aucune contrepartie ou conditionnalité. Il s'agit tout simplement d'une forme constructive et opérative de mécénat. »

      Chez Guéant comme chez Leroy, un élément de langage revient : des financements sans contrepartie.

      Dans l'émission « Parole de candidat », lundi 12 mars, Nicolas Sarkozy a répondu à une question d'un habitant de Villiers-le-Bel sur le Qatar en banlieue. Il disait la même chose au Président : le Qatar et les Etats-Unis investiraient plus que la France dans les quartiers.

      Réponse de Sarkozy :

« C'est bien beau de mettre en avant le Qatar et les Etats-Unis, mais c'est faux. [...] Le plan de l'Anru, c'est 45 milliards d'euros. »

      Entre le chef de l'Etat et son ministre, on n'est pas à deux milliards d'euros près.

 

Note de ma pomme: Oui, le président-candidat n'est pas à deux milliards près, surtout qu'ils ne sont pas crédités et que d'ici le premier tour de l'élection présidentielle, ils ne le seront jamais. Du côté du Qatar, on ne joue que sur des canassons gagnants, en spécialiste hippique qu'est son émir, et comme la cote du locataire actuel de l'Elysée n'est pas bonne... De ce fait, la monarchie pétrolière ne veut pas investir à fonds perdus pour un pays dirigé demain par François Hollande. Oui, du côté des monarchies absolues arabo-pétrolières, on confond toujours sociaux-démocrates et révolutionnaires.

     En tous les cas, du côté du gouvernement des riches, comme du bord de l'émir qatari, l'affaire est pliée. Point de de fric pour les banlieues.

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