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Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

 

« Nous avons dû nous battre contre un ennemi extérieur aux Falklands. Maintenant, il s’agit de porter la guerre contre l’ennemi intérieur, beaucoup plus difficile à combattre, et plus dangereux pour la liberté. »

 

L’auteur de ces paroles : Margaret Thatcher. La date : été 1984. L’ennemi intérieur : le NUM, le syndicat britannique des mineurs, dirigé par Arthur Scargill et en grève depuis quatre mois contre les plans de fermeture des puits, concoctés par le gouvernement.


 

 

La grève des mineurs en Grande Bretagne de 1984 à 1985


Les lois anti-grèves, créées à l'occasion de cette grève, sont toujours en vigueur. L'émergence d'une conception pour le "réalisme" du syndicalisme britannique adepte de la "cogestion du capitalisme", noyauté par la social-démocratie, fut aussi l'une des causes de la défaite des mineurs.

 

Mais la grève des mineurs imprègne toujours les mémoires: 160.000 mineurs ont fait grève pendant un an; les heurts ont été violents avec la police; les piquets de grèves et les barricades en flammes ont marqué cette action. La répression fut féroce: 13 000 mineurs arrêtés et 200 emprisonnés, certains pendant plusieurs années dont deux à perpétuité; 20 000 mineurs et sympathisants furent blessés et 10 personnes ont perdu la vie; plus de 1 000 mineurs furent licenciés et les biens du syndicat (NUM) saisis.

La direction de la lutte a été assumée par Arthur Scargill du syndicat des mineurs NUM. La mobilisation de 10.000 femmes dans les régions minières et leur manifestation au coeur de Londres ont marqué les esprits.

 

Arthur Scargill a été le dirigeant syndical le plus déterminé dans l'histoire du mouvement ouvrier britannique. Quand les médias de gauche ou de droite le harcelaient en évoquant les grévistes "violents", il prit leur défense en déclarant: "Je ne condamnerai jamais des jeunes mineurs courageux qui luttent pour défendre leur emploi".

 

Mais cette grève fut menacée dès le début par son isolement dans le mouvement syndical britannique. La plupart de ses dirigeants adoptaient une évolution droitière depuis 1979 et le concept de "nouveau réalisme" gagnait de plus en plus de terrain. Ainsi, les grèves furent considérées comme une mauvaise option, car elles réduisaient les chances du Labour Party (le PS pour la France) à remporter les élections.

 

 

Au début de la lutte, il y eut de nombreuses opportunités pour d'autres syndicats de se joindre à la grève. Mais le gouvernement Thacher conclut des compromis avec eux, notamment avec un bastion de l'époque: le syndicats des chemins de fer. Certains dirigeants syndicaux ont même déclaré que faire la grève en solidarité avec les mineurs était une tactique nuisible.

 

La défaite finale du mouvement ouvrier britannique fut très lourde de conséquences et a déterminé la situation politique et industrielle du pays pour les années suivantes. Le Parti Travailliste, l'équivalent du PS français, sous la direction de Neil Kinnock, a condamné la grève des mineurs entre autres "raisons" parce que "les travailleurs n'avaient pas formellement voté en faveur de la grève".


Les Conservateurs de Thatcher ont immédiatement compris que la défaite des mineurs ouvrait la voie à d'autres lois anti-grève. Celles-ci ont vu le jour sans que la direction de la TUC (les syndicats britanniques) ne lève le petit doigt. Ces lois anti-grèves sont parmi les plus réactionnaires de tous les Etats membres de l'Union européenne.


Cette défaite des mineurs a par contre été la base de la percée du "New Labour" blairiste au milieu des années 90 et la pratique du "partenariat social" dans le syndicalisme britannique.

 

http://i.huffpost.com/gen/1075212/thumbs/o-MARGARET-THATCHER-570.jpg?5

 Tony Blair, alors premier ministre travailliste, avec son épouse, entre Margaret Thatcher (à gauche) et la reine d'Angleterre.

 

Quant au miracle économique produit par la politique menée par Margareth Thatcher de 1979 à 1990, il n'est que pure illusion et objet de propagande de la part des économistes libéraux. La liberté totale du contrôle des changes, les privatisations massives, l'augmentation de la TVA de 8 à 15%, les coupes sombres dans les dépenses publiques entraîneront un presque doublement du chômage, l'enrichissement des plus riches tandis que la proportion de familles sous le seuil de pauvreté passera de 8 à 22%.


La société britannique est toujours en crise depuis cette lame de fond libérale. Les gouvernements sociaux-démocrates, qui alternent au pouvoir avec la droite, poursuivent cette profonde déchirure du tissu social. Ce qui conduit à des violences extrêmes à tous les échelons de la société.

 

"The bitch is dead", se réjouissent ces Britanniques. Traduction: la garce, la chienne (ou pire encore) est morte. Elle est enterrée aujourd'hui.


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