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Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

Dans la nuit de samedi à dimanche, un jeu de rôle grandeur nature était organisé autour de l'ancien hôpital d'Aincourt, dans le Vexin, dit Le Parisien. Une quarantaine d'adultes y ont participé. On y affronte pour de faux des arachnnides géants, déguisés en soldats, avec talkie-walkie, fusils et pistolets à billes. Il a fallu "près d'un an de préparation" et "trois jours pour installer les décors, gérer la logistique, baliser les lieux."

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"C'est un loisir ultra-sain. Un voyage dans le temps et dans l'espace. Et humainement, c'est très enrichissant", assure l'organisatrice dans Le Parisien.

Que l'on s'amuse pour échapper à la cruauté du temps, donc acte. Encore faut-il ne pas oublier complètement la dureté de la vie réelle, après avoir singé un univers complètement imaginaire.

 

Ce qui m'insurge dans cette affaire c'est la passivité de la direction de l'Hôpital d'Aincourt. 3 jours pleins pour installer un décor et la logistique du jeu, une quarantaine de participants et la presse conviée pour immortaliser l'évènement n'ont pas pu passer inaperçu sur un terrain appartenant à l'Hôpital et à quelques centaines de mètres d'une plaque commémorative dressée face à la direction de l'Hôpital.


Oui, une plaque commémorative en souvenir de 1056 hommes, femmes et enfants qui furent emprisonnés par le régime de Pétain dans le sanatorium d'Aincourt réquisitionné en camp d'internement par le préfet de Seine-et-Oise dès le 5 octobre 1940. 1056 êtres humains enfermés derrière des fils de fer barbelés, sous la surveillance exclusive de gendarmes français juchés sur des miradors ou patrouillant à pied pour que nul ne s'en évade.

 

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Chaque année, le premier samedi d'octobre, jour anniversaire de l'ouverture du camp, se déroule une cérémonie patriotique devant la stèle commémorative de ce tragique évènement, à l'hôpital public d'Aincourt.


La mémoire contre l'oubli, voilà ce qui devrait entourer le camp d'internement d'Aincourt, le bâtiment désaffecté qui en reste et ses abords.


Toutes les mères juives, séparées de leurs enfants, seront envoyés à Drancy pour périr par la suite dans des camps d'exterminations nazis. 7 hommes, choisis comme otages par l'administration française collaborationniste, seront fusillés par les Allemands au Mont-Valérien. D'autres se dénombreront parmi les fusillés de Châteaubriant ou d'ailleurs, toujours choisis comme otages par la France de Vichy. Des femmes et des hommes d'Aincourt seront aussi déportés dans l'univers concentrationnaire nazi, toujours comme otages. Peu en sont revenus.

 

"C'est comme revenir d'un voyage très lointain: il faut quelques jours pour atterrir", résume une participante au jeu de rôle dans Le Parisien.

Mais quand le jeu gomme le présent et l'histoire, faut-il s'étonner que la bête immonde soit toujours féconde?

 

Allez, vous mes amis qui n'oubliez pas, Nuit et Brouillard de Jean Ferrat:

 

 

Lire aussi ma page d'histoire sur ce blog, consacrée au camp d'Aincourt.

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