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Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

Un pan de l'histoire méconnue du passé colonialiste de la France, celle des Công Binh, ces ouvriers-soldats Indochinois forcés de venir travailler en France. Le livre de Pierre Daum "Immigrés de force" et le film "Công Binh la longue nuit indochinoise", qui en a été tiré par Lam Lê, nous racontent un morceau du passé encore esclavagiste de la patrie des droits de l'Homme, un peu avant la Deuxième Guerre mondiale, pendant et après.

 

Colonne de Công Binh arrivant du Vietnam (ADR Productions)

A Paris, dans son bureau de ministre de la Colonie et de la Défense, Georges Mandel décide la réquisition de 80 000 Indochinois de sexe masculin pour aller remplacer dans les usines les ouvriers français appelés sous les drapeaux et bientôt mobilisés. Chaque famille vietnamienne de trois enfants doit donner un fils (six enfants, deux) de 18 à 45 ans. Certains sont très jeunes, d’autres déjà mariés. Peu importe, ils doivent servir la Mère Patrie sinon leur père sera mis en prison.

Ils partent. Ils ont 20 ans et se demandent s’ils reverront un jour leur famille, leur pays.

 

Mais cela n’est rien à côté de l’horreur de la traversée. Parqués dans des cales comme du bétail promis à l’abattoir, n’ayant quasiment rien à manger, ils nagent dans le vomi, l’odeur est épouvantable, se souviennent plus d’un demi-siècle plus tard ces vieillards très dignes en renversant la tête ou en plissant les yeux, étouffant un étrange rire, celui des survivants.

Arrivés à Marseille, ils sont dirigés vers la prison des Baumettes alors toute neuve, plus tard dans des baraquements initialement conçus pour des prisonniers allemands.

Puis, après le chaos de l’armistice les voici à Bourges, à Bordeaux, ailleurs, travaillant dans des usines, payés des clopinettes et considérés le plus souvent comme des sous-hommes.


Au sein du ministère du Travail du gouvernement de Vichy, ils dépendent de la M.O.I.1 (Main d’œuvre Indigène) qui les loue à des entreprises privées. Mais l’argent, ils n’en verront presque pas la couleur étant payé dix fois moins qu’un ouvrier français. Logés dans d’infâmes baraquements, plus que mal nourris, battus. Il y aura des grèves, un mouvement trotskyste essaiera d’organiser le mouvement, on arrête les fortes têtes.


Si certains ont pu repartir au début de la guerre, la plupart se sont retrouvés coincés. Quand Ho Chi Minh vient à Paris en 1946 pour négocier avec la puissance coloniale, il visite le camp de Mazargues à Marseille et parle avec les Công Binh, ils ont quelques espoirs. Mais leur sort n’est pas une priorité. Ce n’est qu’à partir de 1948 que commenceront les retours et ce jusqu’en 1952, deux ans avant Dien Bien Phu.

 

Beaucoup, au retour, seront mal vus : ils ont travaillé avec les Français, ce sont des traîtres. C’est en rejoignant les maquis que plus d’un se reconstituera une virginité. On peut comprendre, qu’ils aient envie de se battre contre les Français qui les ont si mal traités pour l’immense majorité d’entre eux.


En France,  c’est à grâce aux Công Binh que l’on mange aujourd’hui du riz camarguais.
Công Binh fichés (ADR Productions)

Source: Extraits de l'article de Rue89 "Film: le destin forcé des ouvriers-sodats indochinois en France" de J.P. Thibaudat  (01-02-2013).

Le film "Công Binh la longue nuit indochinoise" est sortie en salle le 30 janvier 2013.

     
       
 
           

 
 
 

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A
Merci Roger pour cet aspect inconnu et honteux de notre histoire Aline
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