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Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

 

 

 

 Un peu d’histoire 

En juillet 1889, à Paris, se tient le premier congrès de la IIeinternationale pour fédérer la mouvance socialiste située à l’extrême gauche à cette époque.

La 1ère Internationale, l’Association Internationale des Travailleurs (AIT), constituée à Londres en 1864, s’était efforcée d’agglomérer l’ensemble des organisations, associations, syndicats et partis ouvriers. Elle avait échouée et fut dissoute en 1876. Karl Marx avait poussé à cette création. Il est favorable à cette IIe internationale prônant la lutte des classes et la nécessité de socialiser les moyens de production.

 

Curieusement, après l’échec de la 1ère Internationale, le Congrès ouvrier de Lyon, en 1878, d’inspiration proudhonienne et donc opposé aux idées marxistes, formule un nouveau projet international. En 1883 et 1886, dans des conférences ouvrières internationales, les syndicats français en soutiennent l’idée. En 1888, à Londres, se réunit une conférence syndicale internationale, regroupant marxistes, anarchistes, trade-unions britanniques et tous les autres ; elle projette une manifestation à date fixe dans tous les pays et grandes villes du monde pour défendre la journée de travail à huit heures.

Mais c’est finalement le congrès fondateur de la IIe Internationale, à Paris qui décide de l’organiser. La journaliste Clara Zetkin (1857-1933) participe à ce congrès dans les rangs du parti social-démocrate allemand.


 Clara Zetking

    

Le 1er mai ou le 8 mars 

Dès 1900, les femmes du parti social-démocrate allemand se réunissent en amont du congrès national. En 1907, à Stuttgart, la Conférence féminine de la IIe Internationale élit Clara Zetkin secrétaire du Bureau Féminin International et fait de son journal Die Geichheit (L’Égalité) -premier journal féminin en Europe avec plus de 120 000 abonnés en Allemagne- l’organe international des femmes socialistes. Le rôle de la journaliste est capital, à l’aube du XXe siècle, dans les progrès du mouvement d’émancipation des femmes. Elle a écrit Question des travailleuses et question féminine de notre époque, brochure dans laquelle elle développe que la femme soit reconnue comme un travailleur à part intérieure et sans protection pour sa nature qui puisse lui interdire un métier. Dans son journal, elle expose des idées contestées, par la société et les hommes, sur le rôle de la femme, sur le couple, sur l’éducation des enfants par les parents ou sur l’école.

 

En 1910, Le congrès de la IIe Internationale se tient à Copenhague, au Danemark du 23 août au 3 septembre. La Conférence féminine, qui le précède, (une centaine de déléguées représentant 17 pays), à l’instar de Clara Zetkin, vote un texte engageant les femmes à lutter pour la paix. Une autre résolution, toujours sur sa proposition, formule l’idée d’une journée « où serait propagée la nécessité d’une lutte commune des travailleurs, manuels et intellectuels, et où les revendications particulières des femmes dans le domaine politique, social et économique seraient plus particulièrement défendues. » Finalement, le congrès adopte la résolution suivante : « En accord avec les organisations politiques et syndicales du prolétariat dans leurs pays respectifs, les femmes socialistes de tous les pays organiseront chaque année une journée des femmes qui, en premier lieu, servira à la propagande en faveur du vote des femmes […], cette journée des femmes doit avoir un caractère international et être soigneusement préparée. » Aucune date n’est précisée, sinon que Clara Zetkin avait proposé de la fixer au moment des « fêtes de mai ».

 

Peut-on voir-là une relation avec la célébration du 1er mai en souvenir du 1er mai 1867, date à laquelle une importante manifestation ouvrière eut lieu à Chicago, aux USA, et que le syndicat AFL (American Federation of Labor) reprit le 1er mai 1890 ? Mais lors du congrès de l’Internationale socialiste, à Paris du 14 au 21 juillet 1889, la délégation américaine n’en fait pas la proposition, même si les congressistes adoptent la date du 1er mai (notes de G. Deville, délégué français et membre du bureau du congrès). Le premier mai est repris par un certain nombre d’organisations dans le monde, notamment la Fédération des syndicats et groupes ouvriers de France qui tient son congrès du 14 au 19 octobre 1890.

 

Le 1er mai 1891, à Fourmies, dans le Nord, la manifestation tourne au drame. La troupe tire sur une foule pacifique. On relève 10 morts, dont 8 âgés de moins de 21 ans, et de nombreux blessés. Dès lors, l’Internationale socialiste, dont le congrès se tient à Bruxelles, en août de cette année, adopte définitivement la date du 1er mai comme jour international de manifestations. Et le congrès de Copenhague, en 1910, vote donc une autre date (à fixer) en faveur des femmes, du moins pour leur droit à voter aux élections politiques.

 

En France, la CGT, en pointe pour cette journée des droits des femmes, est persuadée, jusque dans les années 1970, que le 8 mars commémore la grève des ouvrières du textile de New York, réprimée sauvagement par la police ;  son journal féminin, Antoinette, écrit en mars 1973, que les ouvrières new-yorkaises firent le serment de se « retrouver chaque année » à cette date. Or, ces évènements ne sont relatés ni dans la presse ni dans les Archives des USA. Et d’ailleurs, les dirigeantes du mouvement féminin international n’en font jamais mention dans leurs travaux.

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Meeting CGT  8 mars 1973

 

Le Parti Social-démocrate allemand fixe cette journée des droits de la femme au 19 mars 1911, pour célébrer la Révolution de Berlin en 1848 et la Commune de Paris en 1871. Avant cette date, le journal de Clara Zetkin appelait les femmes, chaque année, à commémorer ces deux évènements. En 1911, Ce jour obtient un franc succès en Allemagne (42 rassemblements organisés dans la capitale) et en Autriche (30 000 femmes manifestant à Vienne). En France, avant 1914, le mouvement féminin socialiste n’est jamais assez fort pour reprendre cette initiative.

 

Le 8 mars 1917 (23 février du calendrier orthodoxe), débute en Russie la Révolution d’Octobre : des ouvrières du textile manifestent à Petrograd avec les métallurgistes. Ensuite, intervient la scission du mouvement ouvrier international entre socialistes et communistes : le mouvement féminin socialiste se divise aussi malgré que Clara Zetkin tente une réunification en 1919. Mis en minorité dans le Parti social-démocrate allemand, elle est chassée de son journal qu’elle a dirigé durant 22 ans. Elle va adhérer au Parti communiste allemand dont elle sera députée de 1922 à 1933. Elle est présente à Tours, lors du congrès fondateur du PCF en 1921.

 

Le 8 mars 

Après cette scission, la CGTU et le PCF choisissent le 8 mars comme journée internationale des droits de la femme. En 1921, Wladimir Ilitch Lénine (1870-1924), président du Conseil des Commissaires du Peuple de Russie, avait décrété le 8 mars, « journée internationale des femmes ». Et  lors de son 3ème congrès, l’Internationale communiste vote une résolution sur des méthodes et des formes d’organisation du travail envers les femmes, dans les syndicats, entreprises et quartiers. Forte de ceci, la CGTU organise des commissions féminines départementales, dont le recrutement sera fait exclusivement par des femmes.

 

Mais cette idée est combattue par des militantes, notamment Suzanne Gallois, responsable de la commission départementale de l’Aube. Elle prend la parole au congrès du PCF en 1930 contre cette conception séparatiste : « Il nous a semblé, et c’était juste d’ailleurs, que ce n’était pas le travail des femmes du Parti d’aller chercher des femmes, que c’était le travail de tous les membres du Parti. […] Je ne comprends pas qu’on fasse faire aux femmes un travail spécifique vers la main d’œuvre féminine ». Au sein de la CGTU, elle tient un même discours. Dans l’Aube ouvrière, elle écrit notamment : « On ne peut pas envisager sérieusement la victoire du mouvement revendicatif, si nous n’avons pas les femmes avec nous ».

 

Après 1945, un nouveau départ 

 L’histoire retient que le 8 mars 1945 est célébré dans le camp de concentration nazi de Ravensbrück par les femmes déportées.

 

A la Libération, l’abattement de 10% sur les salaires des femmes est aboli en France. Sous l’impulsion de Marie Couette, secrétaire confédérale, la CGT tient sa première conférence de la main d’œuvre féminine ; le Bulletin des travailleuses est créé, il va devenir La revue des travailleuses. Auparavant, Marie Couette fut la représentante de la CGT à l’assemblée Constituante qui va promouvoir la 4ème république : peu de femmes dans cette assemblée d’hommes. Mais elle y défend leurs droits, la réforme du Code civil afin de rééquilibrer les droits des épouses considérées comme mineures de leurs conjoints. La Déclaration des droits de l’Homme précise désormais : "Les Hommes et les Femmes naissent libres et égaux en droits ».

     Le 8 mars 1947, le socialiste Léon Blum (1872-1950), président du Conseil, salue la place importante des femmes dans la Résistance. Mais c’est le début de la Guerre froide entre l’Est communiste et l’Ouest libéral : les USA se réapproprient cette date. Le 8 mars 1977, l’ONU vote une résolution sur « une journée des Nations Unies pour les droits de la femme et la paix internationale ».

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 En 1948, à la CGT, sous l’impulsion de Marie Couette, un Conseil national des femmes est formé avec les responsables à l’activité féminine des unions départementales et des fédérations. Son objectif : « l’égalité réelle, économique et sociale de la femme avec l’homme en tant qu’être humain et pour hâter la libération de la classe ouvrière, par l’émancipation des femmes ». Dès le 8 mars 1948, la CGT appelle les femmes à déposer des « cahiers revendicatifs auprès des patrons et des pouvoirs publics ».

 

 En juin 1955, Madeleine Colin devient secrétaire confédérale de la CGT. Chargée des droits des femmes au travail et dans la société, elle fonde un magasine féminin Antoinette, unique en son genre au sein des organisations syndicales françaises ; elle en est directrice de 1955 à 1975. Sous son égide, la CGT entreprend une campagne de longue durée : « gagner du temps et les moyens de vivre ». Il s’agit de faire admettre le rapport de la femme entre son travail et son temps domestique, sans sacrifier son droit à travailler, de gagner l’égalité salariale et, à partir de là, de faire bouger les rapports entre époux et l’image globale des femmes dans la société. Le journal Antoinette est porte-parole de cette politique revendicative. Mais cela devance aussi une évolution plus lente de la confédération en la matière. Et pourquoi le mouvement ouvrier a-t-il tant de difficultés à se revendiquer du féminisme ? Madeleine Colin va défendre l’idée que l’émancipation des femmes participe aussi à la transformation de la société. Elle mène cette même lutte dans le PCF. Elle raconte dans ses mémoires : « La  journée internationale des femmes du 8 mars était organisée en France sous l’égide de l’Union des Femmes Françaises. Cette organisation féminine, née de la Résistance, groupait un grand nombre de femmes, essentiellement des ménagères et quelques intellectuelles ; elle était dirigée par des communistes. La CGT n’était conviée à la célébration de cette journée que pour soutenir les mots d’ordre déjà établis et pour faire participer des travailleuses aux manifestations décidées. Ces mots d’ordre, pour respectables et justes qu’ils fussent, ne me paraissaient pas recouvrir toutes les aspirations des femmes. Ils concernaient la famille, les allocations familiales, la vie chère, la paix ; par contre, les revendications tendant vers l’indépendance des femmes et leur égalité, le droit au travail, des salaires égaux pour un travail égal, ne figuraient qu’au second plan ou pas du tout. J’ai mené bataille  pour que la CGT s’affranchisse de cette prédominance de l’UFF et du Parti, pour qu’elle ait ses propres mots d’ordre et ses propres formes d’action ».

 

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Le 8 mars 1982, le gouvernement socialiste de François Mitterrand (1916-1996) donne un statut officiel à cette journée en France. Mais cette institutionnalisation modifie son caractère de « luttes ». Elle devient simplement « journée de la femme », voire « journée de la fête de la femme ». Mais c’est aussi, chaque année, l’occasion de faire le point sur la faiblesse des politiques menées en faveur des femmes.

 

L’histoire de la journée internationale de lutte pour l’émancipation et les droits des femmes reste à faire, en France comme au niveau international. Maryse Dumas, secrétaire confédérale de la CGT écrit, en 2010, sous le titre «Cent ans de luttes féminines» dans un numéro de Mémoires Vives, journal de l’Institut CGT d’histoire sociale d’Île-de-France : « La spécificité de la démarche de la CGT mérite d’être connue pour son courage et sa constance même si elle n’est pas dénuée d’insuffisances ou d’erreurs. Il y a plusieurs féminismes, comme et parce qu’il y a plusieurs visions des enjeux de la société et des perspectives de transformation sociale. Loin d’être l’exclusivité des femmes, le débat concerne tous ceux qui veulent changer la société. […] La CGT a aujourd’hui la légitimité pour affirmer son « féminisme syndical » qui lutte pour « une société démocratique libérée de l’exploitation capitaliste et des autres formes d’exploitation et de domination […] et agit pour l’égalité entre les hommes et les femmes » comme le stipulent les statuts ».

     D’autre part, l’historienne Jocelyne George, dans son ouvrage Les féministes de la CGT, pense qu’il est nécessaire de restituer la place et le rôle du syndicalisme et des luttes ouvrières dans l’histoire du féminisme, nombre des historiennes actuelles ne mentionnant rien ou presque entre 1945 et 1970. Or, durant cette période, des milliers de femmes sont syndiquées à la CGT et ont lutté pour leur émancipation (réduction du temps de travail, indemnisation du congé maternité, formation professionnelle). Jocelyne George dit également que la confédération a veillé à une répartition des tâches et responsabilités au sein des syndicats, même si les « préjugés bourgeois sur l’inégalité et l’infériorité des femmes ne sont pas sans effet sur les militants ».

 

 Aujourd’hui, malgré des avancées notables dans l’émancipation des femmes, des reculs dans ce combat surviennent et sans que cela n’émeuve trop.

Le Code du Travail est « réécrit » sous le gouvernement de Nicolas Sarkozy. Un exemple avec l’article R 234-6, il limitait à 25kg le port d’une charge supportée par du personnel féminin. Désormais, l’article L 4541-1 sur « la manutention des charges » est vide au nom de l’égalité professionnelle entre les hommes et les femmes, sans pour autant qu’un texte législatif condamne l’inégalité salariale entre un homme et une femme.

D'autre part, l'accord scélérat MEDEF-CFDT-CFTC-CGC du 11 janvier 2013 fait la part belle au temps de travail partiel et aux contrats courts dont sont victmes les femmes dans leur très grande majorité.

 

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sorcière and co 06/03/2013 20:17

la journée du 8 mars a été récupérée par la bourgeoisie parce que effectivement dans sa partie revendicative elle montrait bien ce qui manquait aux femmes,aussi comme pour le 1 er mai qui devient
la fête du travail , le 8 mars devient la fête de la femme, qu'on encense ( une fois par an, ça n'engage pas trop)et qu'on cajole, beaucoup de femmes s'y laissent prendre, pendant ce temps, on ne
parle pas de la double journée, des conditions de travail inhumaines, des salaires misérables,de cette main d'oeuvre féminine servant de régulation , d'ajustement suivant les commandes du
moment;Pour moi le 8 mars reste la journée la plus importante c'est la naissance de mon fils, mais en même temps elle reste une source un peu amère quand les camarades masculins ne la prennent pas
en compte comme possibilité de l'émancipation de la totalité du peuple

caroleone 06/03/2013 16:56

J'aime bien quand tu nous explique les choses. C'est très intéressant comme d'habitude, j'avais mis une année Clara à l'honneur pour la journée des femmes, cette année, j'en réédite une autre, ma
façon de montrer que les femmes ont joué leur rôle dans les luttes, pour leurs droits mais aussi pour les droits du travail et des hommes en général.
Pour ce qui est de l'égalité salariale , les femmes ont un combat à mener, elles doivent à mon avis avoir conscience qu'à l'heure actuelle c'est ce niveau qu'il faut privilégier car si l'égalité et
la reconnaissance étaient réelles dans le milieu du travail, tout le reste coulerait de source, respect des collègues, respect du conjoint et de la société. C'est mon avis, peut-être ai-je tort
mais ce que j'en ai conclus pour ma part.
Porter des charges de 25 kg quand on est une femme c'est terrible, nous déchargions des tonnes à mon boulot, sans s'en faire la remarque, si ce n'est que pour ma part j'avais les poignets en vrac,
c'est une personne à adecco qui m'en a fait la révélation quand elle a su mon job. Elle avait participé à une formation à ce sujet, les charges portées en magasin (économat), c'est terrible, d'un
coup, tu sais pourquoi tu te sens mal. Mon mari a réalisé ce jour là que je ne disais pas n'importe quoi et que mon état de santé n'étais pas étranger à cela. Quand tu penses que pour ce genre de
travail inhumain, on ne recherche que des femmes, c'est encore un truc incompréhensible. Mais c'est un poste "maison" bien entendu, tu ne vois pas ça partout.

Amitiés, merci encore

caroleone