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Publié par le Mantois hier et aujourd'hui

     Ce jour-là, au Mont-Valérien, ils sont 70 otages, avec Henri Prou, à tomber sous les balles d'un peloton d'exécution allemand. 30 autres otages sont également fusillés en province par les Allemands. Leur nombre et l'identité de chacun d'entre eux ne relèvent pas d'un tragique tirage au sort échafaudé par des têtes dérangées.

 

     Leur mort ne doit rien au hasard:

     C'est la stricte application de l'ordonnance allemande du 2 septembre 1941, dite "code des otages". Pour chaque soldat allemand abattu par la Résistance, 100 otages seront exécutés sur une liste préétablie de 200 personnes, avec les priorités suivantes:

     1.Les anciens élus des organisations communistes ou anarchistes ainsi que les permanents.

     2.Les personnes qui se sont adonnées à la diffusion de l'idéologie communiste par la parole ou par les actes, par exemple la rédaction d'un tract.

     3. Les personnes qui ont montré par leur comportement qu'elles sont dangereuses.

     4.Les personnes arrêtées pour distribution de tracts.

     5.Les personnes récemment arrêtées à la suite d'actes de terreur ou de sabotage en raison de leur relation avec l'entourage supposé desdits actes.

     Suite à des attentats mortels contre l'Armée hitlérienne en France, le général Von Stuelpnagel annonce l'exécution de 100 otages "déjà internés", le 15 décembre 1941, sans en donner la liste nominative. L'administration du régime collaborationiste du maréchal Pétain va lui désigner lesdits otages à fusiller.

 

     L'administration française et sa police au service du Reich nazi:

     On a beaucoup écrit sur la parfaite collusion du patronat français aux idées fascistes du régime de Vichy et à sa collaboration sans faille à l'économie de guerre allemande. On oublie trop le rôle actif de l'administration française et de ses forces de l'ordre à seconder l'Allemagne de Hitler, quand elles ne précèdent pas ses ordres.

     Dès l'attaque allemande contre l'URSS, le 22 juin 1941 et donc dès avant la promulgation du "code des otages", Marcel Peyrouton, ministre de l'Intérieur de Pétain, somme ses préfets de prendre contact avec les Felkommandanturen de leurs départements.

     Pire, en Seine-et-Oise occupée, dès le 5 octobre 1940, un sanatorium est réquisitionné comme camp d'internement des éléments communistes de la région parisienne. Ainsi, Henri Prou, né le 9 août 1882 à Paris, maire communiste des Clayes-sous-Bois, déchu de son mandat par la IIIe république avant que le maréchal Pétain ne la renverse, est emprisonné, le 14 octobre 1940, derrière des barbelés et gardé par des gardes mobiles français. En effet, Marc Chevalier, le préfet, administre ce camp de A à Z sans l'aide des autorités occupantes, et le zélé commissaire de police Andrey, ancien des RG, en est le directeur.

     Dans sa lettre à la population de Seine-et-Oise, le 25 octobre 1940, le préfet est explicite sur ses intentions: internement des communistes si un tract de ce parti interdit est découvert dans une commune; mise en garde contre les sabotages polluant son département et qualifiés "d'actes criminels justement exposés aux sanctions les plus lourdes"; enfin, il dit collaborer "en toute loyauté avec les autorités occupantes".

     "En toute loyauté", écrit-il, Marc Chevalier va bien au delà. Pour mater la Résistance qui s'installe à Aincourt, il procède à plusieurs transferts de prisonniers communistes, en adressant, en allemand, le nom et la situation de l'interné à la Feldkommandantur de Saint-Cloud, sans que celle-ci ne l'ait ordonné. Et ce bien avant l'invasion de l'URSS par les nazis.

     Le 25 juin 1941, il a rencontré la Felkommandantur de Saint-Cloud. Le 26 juin, celle-ci lui dit de faire arrêter des espagnols ayant combattu dans l'armée républicaine espagnole, des ressortissants russes et des juifs russes, dont les identités ont été fournies par Vichy par le biais des RG. Le même courrier dit également de faire arrêter "différents communistes actifs que vous désignerez". Le camp d'Aincourt est tout trouvé pour cela.

     Le premier juillet 1941, le préfet de Seine-et-Oise rend compte à la Feldkommandantur: il a fait arrêter les Espagnols et tous les Russes désignés, ainsi qu'un "certain nombre de militants communistes actifs". Il les a mis à la "disposition de la Géheime Fedpolizei, Hôtel Matignon à Paris le 27 juin 1941". Un certain nombre correspond en fait à 88 internés communistes classés dangereux par le directeur du camp. Ils sont 88 otages désignés ainsi par l'administration française,  chacun avec leur dossier annoté.

     Parmi ces 88, 42 sont déportés au camp de concentration d''Auschwitz-Birkenau. 42 autres déportés comme esclaves pour l'économie de guerre allemande. 4 sont fusillés au Mont-Valérien le 15 décembre 1941.

Une exécution en concordance avec le "code des otages": En effet, ces 4-là sont des élus communistes de Seine-et-Oise (3 maires et 1conseiller municipal).

     La fiche concernant Henri Prou, remise aux Allemands, dit: "Entré le 14 octobre 1940 au centre de séjour surveillé d'Aincourt. Propagandiste acharné. Militant dangereux dont l'action est très étroitement surveillée. C'est l'un des éléments les plus dangereux et il possède un ascendant certains sur tous les communistes internés de la région de Saint-Cyr et des Clayes-sous-Bois. Son internement, loin de diminuer sa violence révolutionnaire, n'a fait que l'aggraver".

 

     Henri Prou est fusillé à l'âge de 59 ans. Marcel Peyrouton, ministre de l'Intérieur, arrêté le 23 septembre 1943 à Alger,est grâcié par la Haute-cour de Justice en décembre 1948. Le commissaire Andrey, passé à la Résistance? à la fin de la guerre, ne sera jamais inquiété. On ne connaît pas le sort réservé à Marc Chevalier, préfet collaborationniste de Seine-et-Oise et chevalier de la Légion d'honneur.

 

     Sources: Aincourt, le camp oublié,  écrit par moi-même et édité aux temps des Cerises.

                       Archives du camp d'Aincourt aux Archives départementales des Yvelines, cotes W.

                       Notes de synthèses des rapports des préfets en zone occupée à Vichy.

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le Mantois hier et aujourd'hui 15/12/2011 18:44

un article fort et solide qui montre la collusion du patronat avec vichy et les nazis
la relation de tels faits me font trembler de rage
bravo coco rouge coeur