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Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

Au lendemain de la Première Guerre mondiale, la CGT s'était scindée en deux: les "confédérés" autour du secrétaire général Léon Jouhaux, partisans de l'Union sacrée et du réformisme; les "unitaires", courant minoritaire révolutionnaire dans lequel les communistes vont prendre une part prépondérante. En 1936, malgré que la CGT se réunifie, ces clivages au sein de la confédération persistent. Une nouvelle tendance apparaît au cours des années suivantes: "Syndicats" avec René Belin, numéro 2  de la CGT, pacifiste et anticommuniste. En 1939, les ex-unitaires sont chassés de la confédération par les ex-confédérés et la tendance Belin, suite au pacte germano-soviétique.

 

La CGT de Jouhaux dans la tourmente et la trahison


 Les ex-unitaires exclus, la CGT dirigée par Léon Jouhaux va connaître le temps des épreuves et du déshonneur face au régime de Vichy.

René Belin démissionne du bureau confédéral le 9 mai 1940 et accepte, le 14 juillet, le ministère de la Production industrielle et du Travail de la part du Chef de l'Etat français. Vont le suivre les dirigeants de "Syndicats" qui représentait près d'un tiers des délégués au congrès confédéral de Nantes en 1938. Leur verbe anticapitaliste va servir d'alibi à un position ultra-collaborationniste, leur anticommunisme les mènera en droite ligne à la trahison.


Quelques uns qui vont adhérer à l'Etat Français de Pétain:

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ALBERTINI (Georges) : Secrétaire des Jeunesses Socialistes; membre de la SFIO et de la CGT. Membre de l’Institut Supérieur ouvrier, du Comité de Vigilance des Intellectuels antifascistes. Secrétaire général du RNP, parti collaborationniste de Marcel Déat. Directeur de la revue Est et Ouest. Il devient un des membres de l'entourage de Georges Pompidou. Il meurt en 1983.

BELIN (René) : Secrétaire général adjoint de la CGT
.  Ministre du Travail du maréchal Pétain. Un des signataires de la loi sur le statut des Juifs du 3 octobre 1940. Après la guerre, il fonde le "Front syndicaliste" puis "La Revue syndicaliste", proche de FO. Il est élu maire d'une commune de Seine-et-Marne de 1958 à 1965. Il meurt  en 1977.


BERNIER (Jean) : Collabore au journal Le Libertaire. Proche des surréalistes. Fondateur, au sein de la CGT du cercle syndicaliste Lutte des classes. Se rallie au maréchal Pétain. Est nommé en 1942 secrétaire de l'Organisation des Prisonniers de Guerre de la zone occupée. Collabore à des revues nationalistes françaises. Meurt en 1975.


BIDEGARAY (Marcel) : Secrétaire Général de la Fédération Nationale des Travailleurs des Chemins de Fer (CGT). Membre de la SFIO. Trésorier du COSI (Comité Ouvrier de Secours Immédiat), ouvertement collaborationniste. Exécuté par la résistance communiste au camp d'internement de Bidache (64) le 20 décembre 1944

CHEVENARD (née  VIOLET, Jeanne) : Déléguée à la propagande de la CGT parmi les femmes. Féministe. Adepte de la collaboration franco-allemande. Membre du bureau du journal Au Travail. Exécutée par la Résistance le 29 juin 1944.

COGNET (Paul) : Dirigeant de la Fédération CGT de l'habillement. Membre de la milice socialiste d'autodéfense antifasciste. Adhère en 1936 au Parti Communiste Internationaliste d'obédience trotskyste. Un des concepteurs de la Charte du Travail de René Belin.


CORDIER (Henri) : Dirigeant de la Fédération du bâtiment CGT. Membre de la SFIO. Gère l'immeuble confédéral CGT de la rue d'Amsterdam à Paris, de 1940 à 1944. Un des concepteurs de la Charte du Travail de René Belin.


COURRIÈRE (Émile) : Secrétaire de la Fédération postale de la CGT. Chef du secrétariat particulier de René Belin, ministre du Travail.


DAUPHIN-MEUNIER (Achille) : Economiste. Appartient au bureau d'études de la CGT en 1938-1939. Collaborateur du quotidien Aujourd'hui. Crée la faculté Libre de Droit et Sciences Economiques (FACO) à la fin des années 1960.

DOOGHE (Charles) : Cadre du Syndicat des employés (CGT). Cadre du RNP - DEAT.


DUMOULIN  (Georges)
 :  SFIO. Secrétaire général Ud du Nord CGT. Franc-maçon. Un des dirigeants du RNP, dirigeant de sa filiale ouvrière, le Centre Syndicaliste de Propagande (CSP).

FROIDEVAL (Raymond) : Secrétaire du syndicat CGT des serruriers de la Seine. Spécialiste de l'enseignement professionnel. Membre du cabinet de René Belin, ministre du Travail, en 1944-1942 Fondateur du journal Le Front Syndicaliste.


GITTON Marcel (GIROUX, dit) Secrétaire confédéral de la CGT Secrétaire du parti Communiste, député communiste de la Seine. Fondateur du Bloc Ouvrier et Paysan, puis en 1941, collabore au Cri du Peuple, organe du PPF Exécuté par la Résistance communiste.


HAMARD (Fernand) : Dirigeant des Jeunesses communistes. Rédacteur à L'Humanité. Secrétaire de la Fédération CGT des Techniciens. Membre du Front Social du Travail. Rédacteur à L'Atelier et à La France Socialiste.


LEFEVRE (Robert)
 : Secrétaire de l'Union Départementale CGT de la Seine En 1944, président national des amis du journal Au Travail. Exclu du mouvement syndical.


LORRIOT (Gabriel) : Secrétaire général CGT des Ports et Docks Comité de direction du journal L'Atelier.

MASBATIN (Armand) : Secrétaire de l'Union CGT des syndicats de la Haute-Vienne. Membre du Conseil National du gouvernement de Vichy. Collabore au journal Au Travail. Exclus à vie de toute organisation syndicale.

MESNARD (René) : Socialiste dès 1916, syndicaliste CGT. Membre du RNP. Dirige le journal L'Atelier. Créateur du Centre Syndicaliste de Propagande, puis du Front Social du Travail. Président du COSI. Se réfugie en Allemagne. Est tué par un avion allié. 


MILLION (Francis) : Directeur du quotidien cégétiste Le Peuple jusqu'en 1936. Secrétaire général à la Main d'Oeuvre et aux Assurances sociales du Maréchal Pétain.


SILLY (Roland) : Secrétaire de la section CGT des techniciens. Membre du parti Socialiste SFIO. Un des dirigeants du RNP. Chef des Jeunesses Nationales Populaires.

 

VIGNE (Pierre) : Secrétaire de Fédération CGT des mineurs. Collabore au journal La France au Travail et à L'Atelier.


Journal La France au Travail

 

Léon Jouhaux et les siens ne s'engagent pas en de tels chemins. Ils pérégrinent dans les flots de l'exode de Paris à Toulouse. Le 20 juillet 1940, ils tiennent dans cette ville un Conseil confédéral national. Mais ce parlement de la CGT ne rassemble que 20 fédérations et 29 Unions départementales. Leur souci majeur est de préserver le syndicalisme dans les rouages du régime de Vichy. Pour cela, ils abrogent l'article 1 des statuts confédéraux prônant la lutte des classes et instituent une "Communauté française du travail"  réformiste et adepte de la collaboration avec le patronat. Compromission bien inutile, Pétain, le 16 août 1940, promulgue la loi supprimant les structures interprofessionnelles ouvrières et patronales, prélude à la dissolution de la CGT.


Le 26 de ce même mois, à Sète, La CGT abandonne son idée de Communauté française du travail, mais essaye toujours de réfomer l'Etat français. "Malgré les contraintes actuelles, le mouvement syndicaliste ne peut pas mourir" affirme-t-elle et nomme Louis Saillant comme représentant de la CGT à Paris, en zone occupée.

 

En septembre 1940, la CGT se réunit en zone libre et, pressentant sa dissolution, décide de la maintenir au grand jour sous la forme d'un Groupe d'études et d'informations syndicales.

 

Le 9 novembre, Vichy dissout la CGT, la CFTC (qui avait adhéré aux accords dits du Majestic) et les organisations patronales. Pour ces dernières, ce n'est qu'un leurre, elles réapparaissent immédiatement sous l'étiquette "Comités d'Organisation" et s'engagent dans la collaboration avec l'Etat français et l'éconoimie de guerre nazie.

 

Le 15 novembre, se constitue en zone occupée le Groupes d'études et d'informations syndicales (CEES). Il publie un manifeste paraphé par 9 militants de la CGT et 3 de la CFTC. Il s'oppose frontalement à l'idéologie de Vichy: "Le syndicalisme français ne peut admettre entre les personnes de distinctions fondées sur la Race, la Religion, la Naissance, les Opinions ou l'argent." Il prône l'indépendance du syndicalisme, mais tout en acceptant une sorte de cohabitation avec le corporatisme érigé par Vichy: "Il n'y a pas à choisir entre le syndicalisme et le corporatisme, les deux sont également nécessaires." Et dans leurs différents écrits, n'apparaîtront jamais les mots: action, lutte, oppression ou résistance. En décembre 1942, ils ne pensent pas "faire meilleure oeuvre que d'entretenir l'idée syndicale traditionnelle".

 

Cependant, certains militants confédérés, comme Louis Saillant, Charles Pineau et Albert Gazier, participent à la fondation du mouvement de résistance "Libération-Nord" en zone occupée.

La France sous l'occupation

 

Léon Jouhaux  est placé en résidence surveillée à Cahors par Vichy, puis arrêté le 26 novembre 1942, lors de l'occupation de la zone dite libre par les Allemands. Le 1er mars 1943, il est déporté à Buchenwald dans un baraquement chauffé en périphérie du camp de concentration, avec Léon Blum, Edouard Daladier et le général Gamelin. Le 1er mai 1943, il est transféré au château d'Itter, dans le Tyrol autrichien, dépendant du camp de concentration de Dachau et aux conditions de détention sans commune mesure avec celui-ci. Il obtient d'ailleurs que sa secrétaire et future compagne le rejoigne le 18 juin 1940. Ils sont libérés le 5 mai 1945 par des éléments de la 103e division américaine.

 

Le 11 octobre 1941, paraît dans le Journal Officiel de l'Etat français, la Charte du Travail. Elle a pour ambition de regrouper dans une structure unique les travailleurs et le patronat, depuis l'entreprise jusqu'au plan national. Basée sur la collaboration de classes, elle institue un syndicalisme unique, interdit les grèves et réduit les organisations ouvrières, que le régime de Vichy conserve dans un rôle de chambre d'enregistrement des directives patronales.

 

Auparavant, à Paris, le 17 mai 1941, à l'initiative de Benoît Frachon dans la clandestinité depuis 1939, une rencontre a lieu entre d'anciens unitaires et d'anciens confédérés. Les premiers souhaitent que la CGT se réunifie pour lutter contre l'occupant et le régime de Vichy. En août 1942, Raymond Sémat, ex-dirigeant unitaire, informe Louis Saillant que Benoît Frachon souhaite une réunion avec Léon Jouhaux à Cahors où il se trouve en résidence surveillée. Cette rencontre a lieu en septembre 1942. Le 11 novembre 1942, la zone dite libre est occupée par l'armée allemande et le régime de Vichy reste en place. Léon Jouhaux est arrêté par la police française quelques jours plus tard, puis déporté en mars 1943.

 

Les accords du Perreux, le 17 avril 1943, en banlieue parisienne, scellent la réunification de la CGT dans la Résistance. Y sont présents, Louis Saillant et Robert Bothereau pour les ex-confédérés, Henri Raynaud et André Tollet pour les ex-unitaires.

 

A suivre: Les bases de la résistance ouvrière et le Conseil National de la Résistance.

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