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Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

Le journal en ligne ReSPUBLICA, de la Gauche Républicaine, publie un article de Zohra Ramdane sur la Constitution que le frère musulman Morsi, président de la République, escompte imposer par référendum à l'Egypte. Et Canaille le Rouge, sur over-blog.com, publie un dessin de Burki, sous le titre Egypte, le crayon de l'inquiétude.

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La première Constitution égyptienne a été adoptée en 1882 sous la férule de Tawfiq Pacha. Puis en 1923, avec la fin de l´ère du protectorat britannique en Égypte, une nouvelle Constitution d’influence européenne a été rédigée. Cette Constitution fut en vigueur jusqu´en 1953, date de la nouvelle constitution de la révolution nassérienne des officiers libres.


La constitution que les Frères musulmans veulent imposer en Égypte est aujourd’hui la plus obscurantiste de l’histoire. C’est la plus islamiste des constitutions égyptiennes. Pire que la Constitution de 1971 de Sadate lui-même.
Il faut comprendre que la politique du dictateur Sadate a été d’une part de faire la paix avec Israël, mais en même temps d’islamiser la constitution égyptienne. Si la première partie de l’article 2 de la constitution reprenait les termes de la Constitution de 1923: « l’islam est la religion d’État et l’arabe la langue officielle », la deuxième partie de l’article, selon laquelle « les principes de la charia islamique sont une source principale de la législation » était déjà un ajout islamiste fait par Sadate avant de le reformuler en disant que c’est  "la source principale ".
Sans rentrer dans le détail, l’arrivée du dictateur Moubarak a modifié l’interprétation de la charia islamique via l’université théologique d’Al-Azhar dans un sens défavorable aux islamistes.

Depuis la révolution du 25 janvier, la Constitution de 1971 est abolie. Puis, une ratification d’une déclaration constitutionnelle de la dictature militaire a été ratifiée en mars 2011 par référendum qui permet de diriger le pays par déclaration constitutionnelle. Le nouveau dictateur, le frère musulman Morsi, n’a fait qu’utiliser cette possibilité en révoquant la déclaration constitutionnelle de la dictature militaire prise à la veille de son élection en juin 2012, puis en promulguant une nouvelle déclaration constitutionnelle, le 22 novembre 2012, pour prendre les pleins pouvoirs au détriment de l’autorité judiciaire.
Il est intéressant de voir que la première assemblée constituante formée en mars 2012 a été dissoute fin avril 2012, car les islamistes étaient largement majoritaires. Une nouvelle assemblée constituante, nommé en juin 2012, comprend 33 représentants des partis égyptiens (huit partis au total) ; sept femmes ; sept représentants des mouvements de jeunesse et des familles des victimes de la révolution ; dix membres d´Al-Azhar et d’autres institutions de la charia ; huit Coptes, 28 experts juridiques représentant le système judiciaire et les universités ; dix écrivains, penseurs et universitaires ; sept représentants syndicaux ; quatre représentants des travailleurs et des agriculteurs ; et un représentant de la diaspora égyptienne.
Comme l´Assemblée constituante précédente, celle-ci aussi était en majorité islamique car, comme toujours, ceux que l’on présente comme émanant de la société civile étaient aussi des islamistes. c’est pourquoi la gauche et les libéraux ont démissionné de cette instance illégitime.

La Haute Cour constitutionnelle devait livrer son verdict le 2 décembre 2012. Mais le dictateur des fréres musulmans Morsi a dissous cette Haute cour par décret le 22 novembre 2012. C’est comme si en France un président de la république pouvait dissoudre par décret le Conseil constitutionnel, car il aurait une crainte que ce dernier censure ses projets avant le référendum du 15 décembre!


Pour que vous puissiez juger, voilà un florilège de la Constitution dictatoriale et cléricale des Frères musulmans:

  • L’article 1  définit maintenant le peuple égyptien comme « faisant partie de la nation islamique » et non de la nation arabe
  • L’article 2 définit l’islam comme « religion d’État » et « les principes de la charia islamique » comme « la source principale de la législation » reste intacte.
  • L’article 219, qui clarifie l’article 2, stipule que: « les principes de la charia islamique » fait référence aux méthodes générales de l’argumentation juridique, de règles juridiques fondamentales et les principes, ainsi que les sources reconnues par les écoles sunnites juridiques. Son rôle est d’empêcher une interprétation libérale de l’article 2 du type de celle utilisée par la Haute cour constitutionnelle. L’article 219 permet aussi la codification de la charia et permet la discrimination contre tous ceux qui ne sont pas musulmans sunnites, chiites, y compris.
  • L’article 3  définit «les principes canoniques de chrétiens égyptiens et juifs» comme «la source principale de la législation de leurs lois sur le statut personnel, de ses affaires religieuses et la sélection de leurs chefs spirituels. »
  • L’article 4 a été ajouté  dans le but de consolider le statut d’Al-Azhar en tant que autorité religieuse de l’État.
  • L’article 6 stipule que «le système politique est fondé sur les principes de la démocratie et de la choura (un principe islamique qui oblige le dirigeant de consulter des conseillers religieux)” et que, contrairement à la constitution précédente, on pourra présenter des partis basés sur la religion.
  • L’article 10 stipule: «La famille est le fondement de la société et est fondée sur la religion, la moralité et le patriotisme."
  • L’article 44 stipule que le délit de blasphème est organisé.

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