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Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

     Après le scandale du Médiator autour des laboratoires Servier, voici celui des implants mammaires défectueux et cancérigènes fabriqués par la société PIP. Mais "l'escroquerie est une démarche capitaliste", a assumé pleinement Me Yves Haddad, l'avocat de PIP, hier sur les antennes de France Info. Et l'avocat de plaider froidement: "Le problème est un problème de prix de revient et de coût, donc de bénéfice. (...) Le reste, c'est de la philosophie. Ce n'est pas bien (...) mais c'est comme ça". Effectivement, le silicone incriminé coûtait 10 fois moins cher, ce qui entraînait une économie de 1 million d'euros par an pour PIP. Business is business.

 

     Les implants mammaires existent depuis 50 ans. Aujourd'hui, entre 5 et 10 millions de femmes en sont porteuses dans le monde, dont environ un quart aux USA. Les prothèses en silicone sont privilégiées par les patientes en raison de leur ressemblance visuelle et sensorielle avec de vrais seins.

     Pour autant, les doutes à leur égard ne datent pas de l'affaire PIP. En 1992, l'Agence américaine du médicament (FDA) avait demandé le retrait des implants en silicone tant que leur non-dangerosité ne serait pas complètement prouvée. La Société britannique d'information sur les implants signalait que les prothèses ne dureraient pas toute une vie sans risque: "entre 10 et 15 ans pour celles implantées dans les années 1960 et 1970, 20 à 25 ans pour les autres". Cette année, la FDA a averti que la plupart des porteuses d'implants au silicone devaient se faire opérer dans les 10 ans après leur opération, suite à une fuite ou une rupture de la prothèse. En 2000, la même FDA avait adressé une mise en garde à la société française PIP sur la mauvaise qualité de ses implants fabriqués à l'aide de sérum physiologique. Ce que l'avocat de PIP a assumé en public, hier, sur France Info.

 

     L'agence française Afssaps vient de déclarer, ce mardi, n'avoir trouvé aucune trace d'un quelconque avertissement de la part de la FDA; elle rajoute, imperturbable, "qu'elle n'avait pas à être obligatoirement mise au courant pour des problèmes qui n'étaient pas de type sanitaire à cette époque". Comme si une opération chirurgicale et des prothèses employées au cours de celle-ci ne concernaient pas la santé publique! Silence et bouche cousue donc du côté de l'Afssaps. En effet, bien avant 2010 et le dépôt d'une plainte, dixit toujours l'avocat de PIP, la société monnaye le silence de "femmes mécontentes": 1 500 euros et une opération chirurgicale gratuite pour la pose d'une nouvelle prothèse.

     Et les chirurgiens dans ce triste marché? Et la société allemande Tüv qui a certifié la qualité des prothèses fabriquées par PIP?  La Cour d'appel d'Aix-en-Provence, en 2008, avait déjà ciblé la responsabilité d'un chirurgien à ce sujet. Mais silence et bouche cousue, toujours et encore.

     Aujourd'hui, la société PIP est accusée d'avoir commercialisé des implants défectueux (avec de forts soupçons de cancérogénicité) portées par des centaines de milliers de femmes dans le monde, dont 30 000 en France. La société PIP est mise en liquidation judiciaire en 2010. Jean-Claude Mas, son pdg, a été entendu plusieurs fois par la police. Son dernier interrogatoire date du 13 octobre 2011. Mais il a été libéré sans contrôle judiciaire et sans être mis en examen, alors que le parquet de Marseille avait ouvert une enquête préliminaire pour "tromperie sur les qualités substantielles du produit, publicité mensongère et mise en danger de la vie d'autrui". Depuis, à cette heure, il est introuvable. Surprenant, non?

     Non, l'escroquerie fait partie intégrante du capitalisme, a dit haut et clair son avocat, Me Yves Haddad. 

 

 

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