Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Publié par le-blog-de-roger-colombier.over-blog.com

     JUSTICE DES PAUVRES OU PAUVRE JUSTICE? Elle avait été installée pour juger des litiges de moins de 4 000 euros, afin de désengorger les tribunaux d'Instance dépourvus de magistrats et de greffiers suite à la suppression continu des fonctionnaires en France. La justice de proximité est rendue par un magistrat non professionnel, économie budgétaire oblige aussi.

 

     Dernièrement, j'ai accompagné un copain devant la justice de proximité de Mantes-la-Jolie. Il a des soucis avec son assurance qui ne veut pas dédommager (quelque 400 euros) le sinistre causé à son automobile, malgré le contrat conclu. Mon copain est en invalidité et ne peut pas s'offrir l'assistance d'un avocat. Mais comme la Loi est bonne, il peut toutefois se défendre tout seul, ou par quelqu'un de sa famille, tandis qu'en face se tiendra un avocat expérimenté du barreau. Pourquoi, puisque chacun naît égal devant la loi, ne peut-on pas se faire assister par un bénévole devant la justice de proximité?

     Sur mes conseils, le dossier complet fut adressé au juge de proximité de Mantes-la-Jolie au mois de juillet, ainsi qu'à la partie adverse. Mais mon copain et l'assureur ne sont convoqués qu'en octobre. A cette date, l'avocat de ce dernier prétend n'avoir pas eu le temps de défendre son client. L'affaire est donc renvoyée au mois de décembre.

 

     L'audience de la justice de proximité à Mantes-la-Jolie: un vieux tribunal construit au tout début du 20e siècle, en haut de marches et donc sans accès moderne aux personnes handicapées. C'est aussi une unique salle d'audience que se partagent le tribunal d'Instance, celui de Police, la justice de Proximité et le Conseil de prud'hommes. De ce fait, une seule audience par mois du juge de proximité et donc des dossiers qui s'entassent, à l'instar de toutes les autres juridictions de Mantes-la-Jolie. Une salle d'audience obsolète, à l'éclairage infime, qu'on croit pénétrer dans des catacombes. Sans micro non plus, alors que les débats sont publics selon la loi, mais qu'on n'entendra pas. 38 affaires prévues ce jour-là et donc un appel des parties interminable. Et de petits justiciables qui ne comprennent pas les mots du juge comme le respect du contradictoire, la mise en l'état de l'affaire ou le renvoi de leur dossier à une autre audience où ils vont subir les mêmes affres.

     Il y avait eu un budget accordé pour la rénovation du tribunal de Mantes. Depuis, les coups de rabot de Jacques Chirac et de Nicolas Sarkozy (dont on connaît  par ailleurs les amours pour la justice) dans les budgets justement du ministère de ladite justice ont repoussé à la Saint Glinglin travaux et moyens humains nécessaires. Pire, le garde des Sceaux veut supprimer un greffier et un agent administratif au Conseil de prud'hommes.

 

     Hélas peu de gens s'intéressent au fonctionnement de la Justice. Qui suit les audiences des tribunaux dont les débats sont publics et qui jugent au nom du Peuple français depuis la Révolution? Par contre, l'audimat explose devant des affaires judiciaires livrées en spectacle et sans retenue par les médias comme au temps des jeux du cirque. Dans ce contexte ou les nantis se permettent tout, vient d'être instaurée une taxe de 35 euros pour les petits devant le juge de proximité, pour les petits devant le tribunal de police, pour les petits devant le conseil de prud'hommes. Une taxe à l'image du forfait hospitalier et qui augmentera sous des prétextes toujours fallacieux. Je ne vous parle là pas du règne de Louis XIV ou selon que vous étiez puissant ou misérable. Je vous parle d'aujourd'hui.

 

     Il est grand temps que la Justice joue un autre rôle en France, avec les moyens humains et financiers qui s'imposent. Sinon, pauvre ou démuni sous sa balance, écrasé par la violence de la crise, on est sûr de finir à la trappe. Pire d'être dégoûté de tout et de soutenir alors un pouvoir autoritaire et tous ceux qui s'en réclament, qu'ils soient réactionnaires ou de la droite extrême.

Commenter cet article