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Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

   Suite à mon article Les Roms et ainsi font, font font, mon pote Gilbert Dubant, rédacteur en chef de Mémoires Vives, journal de l'Institut CGT d'histoire sociale d'Île-de-france m'envoie, sous le titre " Faux Roms et vraies ignorances", des précisions utiles pour, peut-être, ne pas raconter n'importe quoi. Et pour un vrai débat autour de cette question en France et dans l'UE.

 

Je suis habitant d’Évry, préfecture de l’Essonne, et souvent en désaccord politique avec  Manuel Valls, longtemps député-maire avant de devenir ministre de l’Intérieur et « persécuteur des Roms », si l’on en croît la presse du moment.

Je suis en désaccord avec cette campagne, parce que je crois que cette agitation estivale a une double cause. La droite tente d’enfoncer un coin dans un gouvernement PS, qui ne manque pas de faiblesses internes. La gauche est pleine de bons sentiments, joints à une frappante ignorance des réalités géopolitiques.

 

Le terme « Roms » est un abus de langage. Il a été lancé par décision d’un « Congrès International des Roms », tenu à Londres en avril 1971, et qui revendique, admirons la précision, « de 6 à 20 millions de Roms dans le monde », répartis sur trois continents. En seraient sans distinction Gitans, Manouches, Yéniches, Sintis et autres Bohémiens. Le seul ennui est que ce peuple n’existe que dans l’imagination de ses auteurs, une sorte d’esperanto démographique fondé sur une lointaine et commune origine indienne. Je me revendique descendant de Néandertal, mais j’ai changé d’habitudes.

 

ICI BUCAREST, MORT AUX ÉTRANGERS !

 

Pour les bidonvilles démantelés dans les agglomérations lilloise et lyonnaise, après décision (inique ?) de la justice française, leurs habitants étaient des Tziganes roumains. Le mot « rom » n’existe d’ailleurs pas en roumain, où l’on parle de « Tsigani », avec une répulsion quasi-générale. L’opinion publique roumaine est majoritairement raciste, envers les Africains, les Juifs et les Tziganes. La xénophobie est naturellement la fidèle compagne du racisme et touche tous les voisins slaves.

Pourquoi ? La « démocratie occidentale » y est encore inconnue, comme en témoignent les récents démêlés du Premier Ministre Victor Ponta, membre de l’Internationale Socialiste, qui utilise pour se débarrasser du président « libéral » Traian Basescu, des méthodes inspirées par ses prédécesseurs, les rois Carol II et Michel 1er, le maréchal pro-nazi Ion Antonescu, le Génie des Carpathes Nicolae Ceausescu, les staliniens non-repentis Ion Iliescu ou Emil Constantinescu.

Pourquoi les Tziganes roumains, à la différence de leurs collègues bulgares, hongrois ou serbes, fuient-ils leur pays, où ils représentent, selon les estimations, entre 500 000 et 2 500 000 personnes, toutes sédentarisées depuis des siècles ? Le contentieux est lourd et ancien. Les Roumains « normaux », descendants auto-proclamés de la Dacie romaine, se considèrent comme une enclave latine dans un sous-continent slave mal éduqué, où l’Attila magyar, le Todor bulgare et l’Émir tzigane sont voués à leur perte culturelle. Le français est la première langue étrangère enseignée et la France représente l’Eldorado.

Les déclarations du parti extrémiste nommé « Romania Mare » (Grande Roumanie)  feraient passer Marine Le Pen pour une gauchiste. L’idée est de rendre à la Roumanie sa vraie place territoriale et culturelle, flinguée par la défaite hitlérienne et la mainmise stalinienne. Les Hongrois de Transylvanie ? Dehors ! La Moldavie ? C’est chez nous, d’ailleurs ils parlent roumain ! Les Tziganes ? Ils ont collaboré avec la Securitate, la police politique de Ceausescu. Dehors ! Ils sont sales comme des peignes, ils écorchent notre langue, ils sont ennemis de l’Église orthodoxe, mendiants, voleurs, criminels ! Tous dehors !

 

C’EST PAS MOI, C’EST L’AUTRE !

 

Les Tziganes ne sont évidemment pas imperméables à l’opinion publique. Ils savent tous que l’école roumaine n’aime pas leurs enfants, pas plus que les parents n’aiment d’ailleurs l’éducation des « gadjés », que la police française ressemble à Sœur Emmanuelle à côté des flics roumains, que les Champs-Élysées sont plus riches que Bucarest, et que les Français donnent de l’argent avant de les remettre dans l’avion.

L’exclusion réciproque des deux populations en Roumanie repose sur des réalités et des fantasmes. Les Tziganes sont réputés vivre uniquement de la mendicité par des enfants estropiés (ou déguisés), de vols en tout genre et de la prostitution, dans une crasse extrême. Ils refusent l’école, saccagent les logements qu’on leur propose, et sont à l’origine des trafics qui ruinent les populations laborieuses. Tout au plus leur reconnaît-on un vrai talent musical, qui leur procure quelques ressources. C’est un des rares points communs, avec la « tsuica », l’eau-de-vie de prune (excellente) qui alcoolise sévèrement l’ensemble des âges et des origines.

Dans les préjugés, il y a à prendre et à laisser. Sur la collaboration avec la Securitate, il est vrai qu’elle a employé quelques nervis tziganes, mais la majorité des Roumains a fait du renseignement volens nolens. Il est exact que les villages tziganes se signalent par une exceptionnelle malpropreté, dans un pays où l’hygiène et l’environnement ne sont pourtant pas des obsessions. Il est vrai que la scolarité n’est pas une priorité pour les Tziganes et qu’ils en sont rejetés par les autres. Les mariages mixtes sont rares, car mal vus des deux côtés. Quant à l’accusation de trafics, c’est une plaisanterie dans un pays où la corruption est aussi générale que le marché noir.

S’il fallait une seule preuve, où sont passés les millions d’euros que la généreuse Commission de Bruxelles a déversés sur la Roumanie et ses voisins pour « intégrer les Roms », et dont les Tziganes, sauf quelques dirigeants, n’ont jamais vu le premier « leu » ? Au premier rang des responsables, l’Allemagne, qui a profité de sa vieille implantation en Roumanie pour phagocyter des 1990 l’industrie et la main-d’œuvre, en ruines mais quasi-gratuites, et diriger de manière coloniale l’économie du pays, avec quelques guignols pseudo-démocrates à sa solde.

 

LES VERTUS DU CHANTAGE

 

En vérité, les  allers-retours des Tziganes entre France et Roumanie ne sont pas comparables aux déportations et aux tueries dont furent victimes Gitans et Manouches sous l’Occupation. Avec une carte d’identité roumaine, une famille de quinze personnes peut prendre un bus d’Eurolines, à Bucarest ou Cluj-Napoca, vers la France, puis s’installer dans un bidonville de Lyon et de Lille dans des conditions matérielles désastreuses, mais pas pires qu’en Roumanie, où la CMU n’existe pas. Il existe alors deux possibilités. Ou bien les autorités se désintéressent de la famille en question, et la nourriture viendra par quelques associations. Pour le reste, les enfants et les femmes iront se promener dans les centres-villes et rapporteront de la monnaie. Sauf pour l’hygiène publique, ce n’est pas très grave.

Si police et justice françaises s’en mêlent, ce n’est pas non plus un drame. Les enfants mineurs et les femmes ne risquent rien, ou si peu, et c’est tant mieux. Il faudrait trouver pire que le FN pour embastiller ou torturer des vagabonds, européens ou autres. En revanche, les équipes de maquereaux roumains et moldaves, qui gèrent avec sauvagerie leurs compatriotes prostituées mineures, mériteraient plus d’attention de Najat Vallaud-Belkacem, de Manuel Valls et de Christiane Taubira.

Si tout va mal, on sera expulsé avec 300 euros par adulte, et 100 par enfant. Pour la famille, ça fera une pièce de 2500 euros. De quoi vivre au moins une année en Roumanie. Ensuite, on reviendra. À moins que l’Europe, si prompte à dévorer du Grec et du Portugais, se décide à dire aux escrocs du gouvernement roumain : « Ou bien vous intégrez vos Tziganes, ou bien vos subventions s’arrêtent… ». Les politiciens roumains sont comme les Tziganes : ils reviennent toujours sur les lieux de leurs primes.

 

Gilbert Dubant


 

 

 

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