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Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

 

Jean Présent, à l'initiative de la plaque en mémoire des Conflanais internés à Aincourt et morts pour la France, avec Fernand Devault, interné à Aincourt, désigné comme otage par l'administration française et rescapé d'Auswitch

 

 

Dévoilement d’une plaque en mémoire des Conflanais déportés à Aincourt

Ce 11 novembre 2012, le sénateur-maire de Conflans-Sainte-Honorine a dévoilé une plaque à la mémoire des 4 communistes conflanais déportés au camp d’Aincourt en 1941 et qui n’en revinrent pas.

 

Une cérémonie poignante au cour de laquelle Fernand DEVAUX, militant communiste interné à Aincourt, a pris la parole pour le discours retranscrit ci-après:

« Je voudrais, au nom de l’Amicale du camp d’Aincourt, d’abord remercier monsieur le maire, les élus, la Fédération Nationale des Déportés et Internés Résistants et Patriotes et tous ceux qui ont participé à cette intitiative.

Hommage à nos camarades de Conflans : Eugène LE CORRE fusillé, Louis DESVIGNES, Désiré CLEMENT et Henri SPYSSCHAERT. Déportés. Dans la même période 8 camarades de la RP sont fusillés. 8 anciens d’Aincourt sont fusillés à Chateaubriant, 8 autres à Rouillé. 175 sont déportés le 6 juillet 1942 c’est le premier convoi de Résistants à quitter la France. 10 % reviendront, combien périront dans les autres camps ? Aincourt est le premier du système de répression mis en place par Vichy et les Nazis.

Les textes qui permettent l’enfermement datent des décrets DALADIER de 1939 et de PETAIN de fin septembre 1940. Suite aux démarches de Vichy avec le chef de la Gestapo de Paris, celui-ci envoie le télégramme suivant à son supérieur à Berlin proposant que « tous les communistes actifs connus susceptibles de rédiger et distribuer des tracts ou d’agir de toutes autres façons doivent être arrêtés et transférés dans un camp. »

Le chef de la Gestapo de Berlin répond : « Après entretien avec Hitler nous donnons notre accord à condition qu’on épargne nos indicateurs, que les listes des arrêtées nous soient connues et que tout ceci reste discret. »

La porte est ouverte à la volonté de PETAIN de frapper massivement ceux qu’ils jugent susceptibles de mettre en cause sa politique de collaboration et de participer au développement de la Résistance.

Il faut trouver un lieu pouvant accueillir des centaines d’internés. Le sanatorium d’Aincourt, évacué en avril 1940, est libre. C’est donc un lieu aménagé, prêt à recevoir un grand nombre d’internés. Il va naître sans statut juridique. Sa naissance se décide par relation téléphonique entre le préfet de Seine et Oise et le représentant en zone occupée du ministre de l’intérieur de Vichy. Il n’aura jamais de statut juridique.

Le préfet de Seine et Oise écrit en septembre 1941 : « La création d’Aincourt a été surtout une opération de fait, les circonstances en octobre 1940 commandaient l’urgence et l’opportunisme. »

Quelle était cette urgence ? si non le développement des actions du PCF. Le préfet du département de la Seine écrit le 30 septembre 1940 : « Depuis le 15 juin –les troupes allemandes entrent à Paris le 14 juin- 298 communistes ont été arrêtés en flagrant délit, la mise en place de l’internement préventif associé à la répression énergique doit aboutir à une très large régression de la propagande clandestine. »

Ce fut le contraire : ni les camps d’internement, les fusillades et les déportations n’empêcheront le développement de la Résistance.

Aincourt ouvre le 5 octobre 1940 avec l’arrivée de 180 militants communistes (députés, élus départementaux, locaux, dirigeants syndicaux, jeunes communistes). Ils sont installés dans le bâtiment Bonnefois de Cibour. Prévu pour 150 malades, il seront 670 en décembre. Les conditions d’hygiène et de vie sont déplorables, le règlement intérieur établi par le préfet de Seine et Oise et le commissaire du camp sera le plus sévère (visites des familles interdites, de même que la presse, les colis limités, la promenade autour du bâtiment est réglée par le commissaire).

Le préfet de Seine et Oise s’inquiète de l’importance de ce rassemblement de militants. Le 26 novembre 1940 il écrit : « Le rassemblement aux portes de Paris des éléments les plus puissants et les plus déterminés du parti communiste constitue une menace permanente pour la sécurité et l’ordre. » Il demande le transfert en Algérie. Il n’y aura pas de départ en Algérie mais le 2 décembre 1940 cent internés quittent Aincourt pour Frontrevaud Clairvaux et arrivent à Chateaubriant en février 1941.

La collaboration répressive anticommuniste de Vichy avec les Nazis n’aura de cesse. Le 25 juin 1941, le préfet délégué du ministre de l’intérieur de Vichy s’adresse aux préfets de la zone occupée : « Je vous prie de me faire connaître immédiatement les mesures qu’ont prises à votre connaissance les autorités allemandes de votre département en raison des récents événements internationaux contre les communistes. Dans le cas où ces mesures vous paraîtraient insuffisantes, vous voudrez bien m’indiquer le nombre de communistes dont l’internement est désirable et que faute de moyens vous avez du jusqu’à présent laisser en liberté. »

Le 22 octobre 1941, c’est PUCHEU ministre de PETAIN qui établit la liste des 27 fusillés de Chateaubriant, dont 8 viennent d’Aincourt.

Résister dans les camps ? Une organisation du parti communiste est créée à l’intérieur du camps. Elle se perpétuera malgré les transferts vers d’autres camps et la déportation. Son rôle est de maintenir les contacts intérieurs et extérieurs, d’informer, de discuter, de veiller au moral de chacun, faire face aux pressions du commissaire et obtenir le droit aux visites.

En 1941 le parti communiste dirigé par Auguste DELAUNE organise un mouvement de grève de ceux astreints à des travaux. La fureur du commissaire, le déploiement de gendarmes ne changent rien a la détermination des internés. 50 camarades sont arrêtés et transférés à la prison de Poissy puis Chateaubriant.

En juin nous avons droit aux visites, les plus anciens auront attendu 8 mois pour enfin voir leurs familles.

Les transferts vers Compiègne, Rouillé, Voves vont s’accentuer.

En avril 1942, Aincourt ferme ses portes mais pas pour longtemps : le 12 mai arrivent 60 femmes résistantes communistes venant de Chateaubriant.

Elles avaient pour la plupart vécu les terribles fusillades de 27 de leurs camarades choisis par PUCHEU, souvenir inoubliable et volonté accrue de vaincre la bête immonde.

Le 27 mai arrivent 150 femmes venant de la caserne des Tourelles dont un petit groupe de femmes juives et quelques enfants. Odette NILES raconte : « Nous avons été accueillies par un contingent de gardiennes venant de la prison de Rennes, véritables gardes chiourmes, se ventant de nous mater en faisant respecter un régime draconien. Pour nous il faut s’organiser, s’occuper. Nous voulons montrer que rien ne peut atteindre notre moral, ne pas laisser les mois les années nous abattre. »

Que sont devenus ses enfants ? Nous avons reçu en septembre 2004 une lettre de l’un de ces enfants, Madame Suzanne COHEN qui vit aux États-Unis. Elle écrit : « Il y avait effectivement 4 enfants à Aincourt dont moi, 12 ans, et mon jeune frère 7 ans. Je revois encore clairement dans mon esprit les femmes détenues. Certaines me semblaient âgées, mais il y avait aussi de nombreuses femmes très jeunes. Je me souvient d’une femme blonde, elle était médecin. Je revois également Odette et Jackie, jeunes enthousiastes et toujours de bonne humeur. C’est ce groupe de jeune qui par sa gaieté et son attitude contribuait à faire régner une ambiance décontractée et optimiste, une ambiance de camaraderie. »

Elle poursuit : « J’ai quitté Aincourt le 7 septembre 1942 à l’arrière d’une camionnette, en compagnie d’un petit groupe de femme juives, dont ma mère et mon petit frère. Mon frère et moi avons été déposés à la Croix Rouge de Paris. Ce fut un adieu déchirant. Les femmes rejoignirent le camp de Drancy. Mon père et ma mère sont morts à Auschwitz. »

Le 15 septembre 1942 les femmes sont à leur tour évacuées en direction de Gaillon, Mérignac, Poitiers. Deux ans déjà que des dizaines de milliers de juifs, de Résistants, sont déportés. Peu reverront la France.

1943 : les revers de l’armée nazie sur le front de l’Est et en Afrique font prendre conscience de la possibilité de vaincre. En 1941 s’était créé le Front National de Libération fondé par le parti communiste avec la participation de gaullistes. La nécessité de l’union de toutes les forces de la Résistance pour vaincre est au centre des préoccupations de Jean MOULIN. Le Conseil National de la Résistance rassemblera toutes les composantes de la Résistance.

Libérer la France ? mais quelle France ? L’État vichyste réaménagé ou la troisième République ? Le CNR fait le choix d’une autre République qui réinstaure et améliore les conquêtes de 1936, les libertés syndicales, la création des comités d’entreprises, la sécurité sociale, la retraite pour tous, la nationalisation des grands moyens de production qui limite le pouvoir du capital. De Gaulle le fera sien. Tout ce qui fut une avancée sociale et démocratique fut progressivement remis en cause au profit des grandes sociétés capitalistes et mondialistes qui s’approprient tout, ou cassent selon ce qu’elles appellent la loi du marché, qui en définitive est la loi du profit.

La France a besoin d’une société débarrassée du racisme, de l’exclusion, du chômage, de la pauvreté, une société propriétaire de son avenir. »


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