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Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

     nuage-d-orage-sur-les-champs-de-montana

     Ce matin, deux infos: Sur BFMTV, un chroniqueur politique assure que le dérapage verbal de notre chef de la police n'en était pas un et que cela coïncidait avec la parution du sondage du JDD sur l'absence du Fn au premier tour, sondage (toujours selon BFMTV) vieux de plusieurs jours et que l'Elysée tenait en réserve. Bref, une cabale médiatique (et médiatisée) pour ratisser l'électorat frontiste. Et puis sur Orange, hormis le Front de gauche, "aucune autre formation politique ne cogne" contre le parti du consortium des Le Pen. On peut penser ce qu'on veut du Front de gauche, mais ce combat ardent qu'il mène contre l'extrême-droite, l'emporte sur quelque désaccord que je peux lui tenir.

 

     Voici un pan de mon histoire personnelle.

     j'ai eu deux grands-pères, l'un français de souche gauloise, l'autre né dans la misère profonde de l'Espagne au début du XXe siècle. Il a franchi les Pyrénées quand le Français partait, la fleur au fusil, pour la 1ère Guerre Mondiale. Les mines de Carmaux, dans le Tarn, leur chair à charbon devenue chair à canon au front, embauchaient l'immigration espagnole pour la remplacer et poursuivre leurs profits. Andal Casas n'avait que 14 ans. mais le capitalisme n'est jamais regardant sur l'âge ni sur la force physique d'un enfant, encore moins sur son origine et s'il avait des papiers, pour exploiter le genre humain dans le fond d'une mine.

     1918, la Victoire, mais pas pour les immigrés espagnols qui sont chassés des puits, sans aucune autre formalité. Andal Casas vient survivre dans les plaines viticoles de Narbonne, l'Espagne natale étant toujours sillonnée par la misère: une autre exploitation débutait pour lui, le journalier agricole.

     Lorsque Pétain ravit le pouvoir à la République, mon grand-père français remit son fusil de chasse à la gendarmerie: il avait grande confiance en ce vieux maréchal faisant don de sa personne à la France. Andal Casas, l'Espagnol, enterra le sien sous plusieurs pieds dans sa cave. Il avait combattu contre le fascisme dans la guerre civile d'Espagne, il aurait à s'en servir en France. C'est ce qu'il fit dans la Résistance. Nul ne sut rien de son activité clandestine. mais dans Narbonne, des gens bien pensants traitaient sa femme et leurs quatre petites filles de sales espagnoles.

     A la Libération, il ne demanda rien. Mais beaucoup de ceux qui avaient pactisé avec la bête immonde, parfois sous l'uniforme de la sinistre Milice, recouvrèrent leurs chais et leurs existences de riches. Andal Casas, lui l'ouvrier agricole, retrouva leurs océans de vignes, il fallait toujours survivre dans une maison d'immigrés espagnols.

     En mai 1968, jeune lycéen, je manifestais dans Narbonne. Mon grand-père y était aussi. Il était syndiqué à la CGT et je ne le savais pas. Il allait partir à la retraite, à plus de 65 années à trimer sur la terre des Français.

     A cette époque, la colonie espagnole était parquée dans ces anciens hôtels particuliers que les propriétaires découpaient en cages à lapin insalubres pour les familles ouvrières.

     Mes grands-parents espagnols sont enterrés à Narbonne. Ils n'auront jamais revu l'Espagne de leur naissance. La mine, une tuilerie, le vignoble français avaient besoin de leur sang et de leurs larmes. ils ont eu raison de leurs rêves pour ne revoir jamais, un jour, la mère-patrie.

     Les petits-enfants de Sinta et d'Andal Casas sont tous citoyens français aujourd'hui. Et moi, je n'ai pas oublié d'où je viens, ni quel combat il me faut toujours mener: contre le capital et sa béquille située à l'extrême-droite.

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