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Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

 

  Les 16 et 17 juillet 1942, 9000 policiers et gendarmes opèrent la rafle de 13 152 juifs dont 4 115 enfants, dans Paris et sa banlieue. C'est l'arrestation la plus massive intervenue durant la Seconde Guerre Mondiale. Les forces de l'ordre de Pétain veulent démontrer au IIIe Reich que la collaboration de l'Etat français avec le régime nazi est effective, diligente et dévouée.

  Sous la 3e République, dès 1938, le gouvernement Daladier a établi un premier fichier recensant les communistes dont le parti est le seul en France à s'être opposé au traité de Munich. Cette même année, on recense également les étrangers établis en France, dont beaucoup ont fui l'Allemagne nazie, l'Italie de Mussolini ou l'Espagne de Franco bientôt vainqueur sur la république espagnole. Sont fichés notamment les juifs allemands qui se croient en sécurité dans la patrie des droits de l'homme et du citoyen.

  Le 12 juillet 1940, le maréchal Pétain, par un coup d'Etat, renverse la 3e République et se proclame "Chef" de l'Etat français. On dit Führer en Allemagne, Duce en Italie et Caudillo en Espagne. Dès cette date, les deux fichiers précédents vont être réactualisés par la police française.

  André Tulard, sous-directeur au "Service des étrangers" à la préfecture de police de Paris, qui avait fiché les communistes sous le gouvernement Daladier, devient sous Vichy responsable du "Service des étrangers et des affaires juives". Sous ses ordres, près de 150 000 juifs sont recensés. Son fichier fort de 600 000 personnes est précis: ordre alphabétique, nationalité, adresse et profession. Les nazis n'auront que le choix pour y puiser leurs otages pour être fusillés en France, décapiter pour les femmes, et ceux qu'ils enverront dans leurs camps de la mort.

  La collaboration des autorités de Vichy et de leurs forces de l'ordre est parfaite avec les nazis. Après l'ordonnance allemande du 21 septembre 1940 obligeant les juifs de la zone occupée à se déclarer comme tels dans les commissariats, Pétain promulgue le premier "statut des juifs" et André Tulard en est sa cheville ouvrière côté police.

   Le 2 juin 1941, Vichy organise un deuxième recensement tant en zone occupée ou ses services collabore avec la police nazie, que dans la partie dite "libre" de la France qu'il administre.

                                                                                                                
carte d'identité d'une enfant juive imposée par le régime de Vichy

  A Berlin, le 20 janvier 1942, 15 hauts dignitaires nazis décident de mettre en oeuvre la Solution finale voulue par Hitler en personne.

  En mars 1942, la SS convoque en France une réunion des responsables nazis aux questions juives.

  Le 26 juin, le Conseil des ministres, présidé par Philippe Pétain et qui a pour chef du gouvernement  Pierre Laval, entérine de livrer à l'Allemagne hitlérienne 10 000 juifs de la zone sud et d'en arrêter 22 000 autres de la Seine et de Seine-et-Oise, dont au moins 40% de Français. Pétain estime que la mesure est "juste" et qu'elle serait "comprise par l'opinion."

  Les modalités pratiques sont fixés dans le bureau du SS Dannecker à Paris, en présence notamment de Louis Darquier de Pellepoix commissaire aux questions juives et de René Tulard.

  En juillet, René Bousquet, chef de la police française, propose aux nazis de déporter les enfants avec leurs parents, alors que les Allemands n'en avaient pas fait la demande.

  Le 13 juillet est signée la circulaire n°173-42 de la préfecture de Paris. Elle ordonne l'arrestation de 27 391 juifs étrangers. Des centaines d'autocars de la STCRP (ce qui sera la RATP) sont réquisitionnés. Les 9000 fonctionnaires de police français "n'ont pas à discuter les différents observations qui peuvent être formulées" par ceux qu'ils arrêtent. "Ils n'ont pas à discuter non plus sur leur état de santé... les opérations doivent être effectuées avec le maximum de rapidité, sans paroles inutiles et sans aucun commentaire".

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  Les célibataires et les couples sans enfants arrêtés partent de Drancy en plusieurs convois pour le camp de la mort d'Auschwitz.

  Les parents avec leurs enfants, les vieillards et les malades, dont certains sont tirés de leurs lits d'hôpital et vont décéder, sont rassemblés au vélodrome d'hiver, dans le 15e arrondissement de Paris, sans nourriture, avec un seul point d'eau et dans les plus atroces conditions d'internement. Ils sont envoyés dans le Loiret, dans les camps de Pithiviers et de Beaune-la-Rolande, pour être déportés à leur tour vers Auschwitz. Dans le Loiret, les enfants sont séparés de leurs parents et sont aussi déportés.

 

  Près du quart des 42 000 juifs déportés de France ont été arrêtés les 15 et 16 juillet 1942. Pour la rafle du Vel' d'Hiv, la préfecture de police de Paris a recensé 13 152 juifs, dont 3135 hommes, 5902 femmes et 4115 enfants. Seulement 811 des juifs raflés sont revenus des camps d'extermination nazis.

 

  Condamnés à mort, Laval sera fusillé et Pétain gracié par le général de Gaulle. Interné à l'île d'yeu, il y moura en 1951. François Miterrand fera fleurir sa tombe. Darquier de Pellepoix est mort en Espagne franquiste en 1980 où il s'était réfugié. Bousquet occupera divers postes à haute responsabilités après la Libération. Mis en examen en 1986, il sera finalement assassiné en 1993 sans avoir été jugé pour ses crimes. Tulard, lui, décédera dans son lit en 1967. N'ayant fait l'objet d'aucune poursuite après guerre, il a conservé son grade de chevalier de la Légion d'honneur.

 

  70 ans après, le travail de mémoire ne doit pas s'éteindre mais se renforcer.

 

Commenter cet article

C
Dans l'article, il est écrit "Près du quart des 42 000 juifs déportés de France ont été arrêtés les 15 et 16 juillet 1942". Je pense qu'il y a une erreur et qu'il faudrait lire "les 16 et 17
juillet 1942". De plus, ce sont près de 76.000 Juifs qui furent déportés de France.

Cette rafle appelée et connue sous la dénomination de "Rafle du Vel' d'Hiv" l'est peut être improprement car les personnes "arrêtées" ces 2 jours là furent internées tant au Vel' d'Hiv qu'à Drancy
et je crois qu'elle fut appelée ainsi depuis l'ouvrage de C. Lévy et P. Tillard paru aux Editions Robert Laffont dans la Collection "Ce jour-là" en mai 1967 sous le titre "La Grande Rafle du
Vel'd'Hiv".
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L


En effet, la rafle intervient bien les 16 et 17 juillet 1942. La circulaire n° 173-42 de la préfecture de police de Paris (voir mon article la rafle du Vel-d'Hiv suite)
précise ces deux dates et que les forces de l'ordre sont exemptes de permissions et de service normal du 15 au 17 juillet.


D'autre part, la même circulaire précise que les juifs célibataires et les familles sans enfants seront envoyés au camp de Drancy, les "autres" au Vélodrome d'Hiver de Paris.


Enfin, concernant ma phrase "près du quart des 42 000 juifs déportés de France", concernés par cette tragédie, il s'agit de juifs étrangers qui pensaient avoir trouvé refuge dans la patrie des
Droits de l'Homme. Je suis bien d'accord que l'ensemble des juifs déportés (français et étrangers) est de près de 76 000 personnes. Chiffre horrible que l'on doit remettre constamment dans notre
mémoire collective. Et c'est à cela que je me suis efforcé de contribuer.



S
un bon rappel pour nos mémoires défaillantes
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C
Bonjour Roger,

Merci pour cette piqûre de rappel, heureusement que tu es là !!
J'ai trouvé un article intéressant sur le parisien, je ferais le lien vers ton article également.

Bonne journée

caroleone
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