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Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

Un petit coucou de mon Narbonne natale

En vacances, avec une partie de ma petite famille venue du Nord, précisément devant le 11, rue Viollet-le-Duc, dans la sous-préfecture de l'Aude. J'y suis né en 1950 au premier étage dans la chambre de mes parents. A cette époque, les femmes de la classe ouvrière accouchaient chez elles. La clinique privée était réservée aux bourgeoises et l'hôpital public considéré comme un mouroir pour les indigents et les vieillards au très grand âge.

Nous habitions un ancien hôtel de maîtres dont les propriétaires avaient découpé les quatre niveaux en logements ouvriers qu'ils louaient. Pas de chauffage central ni de salle de bains. Encore moins d'eau chaude sur la pierre grise de l'évier. Et pour tout l'immeuble, des toilettes à la turque au rez-de-chaussée. La typhoïde, mortelle à cette époque, j'en ai réchappé.

Pour accéder à notre chambre, un escalier commun avec nos voisins. Mes grands-parents maternels Eudaldo Casas et Sinta Faneca, immigrés de l'Espagne miséreuse, habitaient également le même immeuble. Mon grand-père était journalier viticole dans une grande propriété. Que des Catalans s'échinant dans ce vignoble, sous-rémunérés par le capital comme il va de soit pour le profit. Ma grand-mère se louait au noir bonne à tout faire chez des grands bourgeois du quartier. Catholiques assidus aux offices religieux de la cathédrale saint-Just et saint-Pasteur, ils l'avait débaptisée en "Cécile", plus français. Ils ne pouvaient pas décemment l'appeler Sinta, ce qui veut dire Vierge Marie en catalan.

Malgré son certificat de tonnelier en poche, mon père s'est retrouvé au chômage. La tonnellerie narbonnaise a viré tous ses ouvriers pour s'installer à Perpignan où le bénéfice était plus juteux pour le patron. Petits boulots, surtout parmi les plus dangereux, pour mon géniteur, puis enfin un cdi en 3x8 dans une usine chimique en 1961 à une trentaine de kilomètres de Narbonne.

Pour arrondir des fins de mois toujours difficiles, mon père pêchait dans le canal de la Robine et revendait au noir ses poissons à quelque restaurateur de haute volée dans Narbonne. Ma mère -mère au foyer disait-on-, sans être déclarée sinon pas de boulot, astiquait les parquets d'un notable narbonnais, mouchait sa progéniture et cousait pour sa famille. On peut être à l'aise dans la vie et rester avaricieux.

Ah, ces Trente années glorieuses bénies à l'infini par les économistes!

Je n'est jamais oublié tout cela. J'ai toujours la conviction de révolutionner notre mauvaise société. Surtout en ce jour de deuxième tour pour l'élection présidentielle 2022.

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