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Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

Contre cette gauche qui n'a jamais vraiment le choix

Un texte de Laurent Brun, secrétaire général des cheminots CGT, que je fais mien. Contre cette gauche qui n'avait pas le choix d'être le gérant loyal du capitalisme, selon les mots de Léon Blum, dirigeant national de la SFIO, l'ancêtre du PS, et chef de gouvernement sous le Front populaire.

Avant lui, en 1914, c'est "l'Union sacrée" des socialistes entrant au gouvernement pour mener la boucherie de la Première Guerre mondiale, avec le soutien actif de la CGT social-démocrate à cette époque. C'est en 1937, la "pause sociale" décrétée par Léon Blum qui tourne le dos au programme social du Front Populaire et la non-intervention à l'Espagne de Front Populaire attaquée par le nazisme et le fascisme international. C'est en 1956, le PCF votant les pleins pouvoirs au gouvernement socialiste de Guy Mollet, dans l'espoir d'un Front unique de la gauche. Mais c'est la terrible guerre d'Algérie qui s'amplifie avec l'envoi du contingent pour mater les combats d'indépendance de cette colonie.

C'est aussi en 1982, la politique de "rigueur" instaurée par le premier président socialiste de la France: François Mitterrand, un an après son élection soutenu au 2e tour par le PCF.

Le texte de Laurent Brun:

Pour redonner l'espoir à gauche, pour écarter les fascistes et leurs idées du pouvoir, pour reprendre le stylo qui fait la loi des mains des capitalistes, il ne suffira pas de s’attrouper ou de s’unir dans une liste ou derrière un.e candidat.e.
 
Il faut reconstruire une véritable idéologie de lPour redonner l’espoir à gauche, poa transformation sociale.
 
Il ne s’agit pas seulement de distribuer quelques subventions, de baisser le prix d’un service municipal ou d’instaurer une gratuité sur tel ou tel élément.
 
Il faut transformer la manière de gérer, mener des luttes pour changer les règles, s’approprier collectivement des outils jusque là privés pour investir de nouveaux champs d’intervention.
 
Sans cela, le pouvoir de gauche n’est qu’un simple gestionnaire. Et lorsque l’argent vient à manquer pour satisfaire l’ensemble des besoins, on reprend la vieille logique de la trahison « on n’a pas le choix ». Mitterand n’a pas eu le choix du tournant de la rigueur. Jospin n’a pas eu le choix de la privatisation d’Air France et de l’abandon des Lu. Hollande n’a pas eu le choix de la loi travail ou du cice pour la compétitivité... Mais aujourd’hui, la ville de Lyon n’a pas le choix (voir article), la région occitanie n’a pas le choix de reprendre en gestion directe des lignes de chemin de fer, le printemps marseillais n’a pas le choix de remettre en cause le droit de grève dans les cantine... et donc la classe ouvrière prendra le choix d’aller à la pêche les jours d’élection car au final, ça sert à quoi des élus qui n’ont pas le choix.
 
Il va nous falloir un grand moment d’autocritique et d’analyse sur nos pratiques de gestion si nous voulons sortir de la défiance généralisée.
 
Et les arguments du style « c’est mieux que la droite », ou encore « ils ont fait ça, mais ils ont aussi fait telle bonne mesure » n’ont strictement aucun poids. D’ailleurs ils nous conduisent d’échec en échec.
 
Non vraiment, il faut réfléchir à une véritable autre manière de faire. Sinon le pire est à venir.
 
Je sais très bien qu’on ne fait pas toujours ce que l’on veut, qu’on ne peut pas en un clin d’œil changer le système qui par bien des aspects contraint les choix, et que les rapports de forces ne nous sont pas toujours favorables. Mais je ne peux plus supporter les élus qui expliquent qu’ils ont mener une bataille simplement parce qu’ils ont eu une discussion soutenue avec un préfet, un employeur ou un ministre. Une discussion, ça n’est pas une bataille ! Sauf peut être pour la CFDT. Une bataille c’est un ensemble d’actions qui visent à mobiliser la population ou une fraction de celle ci, à appuyer sur les contradictions de l’adversaire (y compris quand on est dans un exécutif ou il est majoritaire), à le forcer à se dévoiler publiquement pour être soumis au jugement collectif... Quand on mène une vraie bataille et qu’on est battu, on peut dire qu’on a pas le choix. Mais quand on a juste mené des discussions, on peut dire qu’on a fait le choix. De se ranger du côté du système.
 
Bref. Le syndrome de la gauche plurielle est encore bien présent.
 
Certain considèreront que je suis un gauchiste. Pourtant, je continue d’être discipliné et d’aller voter « pour le moins pire ». Mais j’en ai marre. Et surtout, des milliers de nos concitoyens ne nous bousculent pas avec des coups de gueule comme je peux le faire, ils se contentent de nous ignorer et de ne plus voter du tout, de ne plus se battre. C’est peut être plus agréable pour l’esprit de certain qui peuvent tranquillement affirmer que le peuple n’a rien compris ou qu’il faut « faire de la politique autrement » tout en continuant à tout faire pareil. Mais c’est tout aussi dramatique. Et il faudra bien un jour qu’on en tire des leçons.
 
Si nous voulons reconstruire une organisation de masse et un rapport de force plus conséquent, il faut reconstruire une véritable idéologie de la transformation sociale. Et vite.

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