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Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

C'était, il y a bien longtemps, Port-la-Nouvelle n'était qu'un tout petit hameau du bourg de Sigean, autour d'un port qui lui grandissait. Dès lors, pour empêcher que les petites gens de la Nouvelle, tous des pêcheurs et leurs familles, ne soient des suppôts du diable, l'église de Rome y installa une chapelle. Elle devait être prête pour le 24 décembre à minuit.

Le soleil avait rendez-vous avec la lune sur le port de la Nouvelle

Il y avait bien la grange du père Joseph. Mais elle était occupée par son bœuf et son âne. Il ne restait dans le hameau que la vieille poudrière désaffectée des gabelous. Elle sentait pourtant fort le salpêtre, la poudre et le renfermé, mais la chapelle y fut consacrée.

Et prodige de la nature ou des cieux, dès la tombée du jour en ce 24 décembre, les rossignols fignolèrent de merveilleuses mélopées, à faire bramer d'envie les vieilles filles, si tant soit peu qu'il y en ait eu, ce que la chronique ne dit pas.

La Méditerranée berça gentiment le golfe du Lion et la nuit venue, au-dessus du petit port de la Nouvelle, une myriade d’étoiles se réverbéra sur ce miroir fragile. Tout fut donc prospère pour les rêves, à mesure que minuit avançait.

Or, une jeune comète, retardée par quelque chose dans son logis au dernier moment, surgit en trombe. L’effrontée, sans façon ni pour l’heure ni pour ses voisines dans la voie lactée, fit plus qu’ébouriffer la chevelure céleste. Elle bouscula même de vieilles étoiles incrustées dans le firmament depuis le commencement du temps. Alors, chacune souhaita reprendre son rang et sa splendeur dans la constellation. Et de se secouer vivement pour ôter la brillance de ses voisines. Un tohu-bohu phénoménal s’ensuivit et mille particules, provenues des unes ou bien des autres, vinrent chatouiller les narines de la lune.

La première dame de la nuit en éternua et un souffle gigantesque balaya la galaxie jusqu’à son tréfonds. Dès lors, furent chassés des cieux toutes les étoiles et l’épais manteau de la nuit. Du coup, l’azur devint cristallin comme en plein jour. Alors, les rossignols se mirent au nid sur-le-champ et, tout aussitôt, les coqs du petit port de la Nouvelle embouchèrent le clairon du réveil.

Dans sa chapelle tout juste consacrée, le curé, qui allait faire sonner la messe de la Nativité, ne réfléchit point. Il lâcha à toute volée les cloches des matines. Les arbres s’éveillèrent en sursaut à ces sonnailles. Ils ne voulaient pas désobéir à cet appel chrétien retentissant dans l’espace. Ils ouvrirent grandes leurs ramures, afin de pousser dehors des gerbes d’oiseaux encore ensommeillés. Et voilà des nuées, piaillant ou jacassant, se cognant les unes aux autres. Ce qui réveilla le soleil, lequel délaissa sa couche et sa maîtresse, pour resplendir en tant que souverain incontesté des cieux.

Mais la lune tint à garder sa place et invectiva celui qui voulait la lui reprendre. Et puis, revinrent également toutes les étoiles qui avaient compris enfin leur sotte méprise. Un très grand remue-ménage et une phénoménale cacophonie s’incrustèrent alors dans les cieux entre tous ces oiseaux et tous ces astres.

Au plus haut des cieux, Celui qui était le maître incontesté des horloges du temps, de la terre et des hommes, s'en irrita profondément. Et il partit chez son cousin Belzébuth pour lui demander conseil.

Depuis, on le sait, le ciel et les choses sont revenus à plus de sagesse, et la messe de minuit sonne toujours à minuit ou presque pour annoncer Noël. Dès lors, le jour ne s’habille plus de soleil avant que la lune et les étoiles n’aient disparues du firmament.

Mais il se dit également que le Maître du ciel et de la terre a ramené de chez son cousin Satan quelques créatures assez sulfureuses. Allez savoir. L’éternité n’était-elle pas si interminable qu'on s'en lasserait à la fin  ?   

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