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Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

25 août 1944, la Résistance parisienne et la 2e DB libèrent la capitale de la France. Talic Charles Mittelchtein est engagé volontaire dans la 2e DB.

 Auparavant, les Mittelchtein sont un couple de commerçants français. Ils tiennent un commerce de confections 6, place Saint-Maclou à Mantes-Gassicourt, ville où est né leur deuxième enfant, Marcel, en 1937. Lui, Talic Mittelchtein, est originaire de Jassy en Roumanie et son épouse, Alta Offman, de Radomsko en Pologne. Tous les deux proviennent de l'émigration juive, chassée de leur pays respectifs par les persécutions antisémites. Ils se sont mariés à Paris le 9 février 1935 et s'installent à Mantes comme commerçants. Ils sont Français par naturalisation. Ils sont venus se réfugiés en France, enfants avec leurs parents.

 

A l'été 1940, les Allemands occupent Mantes-Gassicourt, Mantes-la-Jolie aujourd'hui. A 84 ans, Philippe Pétain a fait "don de sa personne" au pays et s’est octroyé les pleins pouvoirs comme "Chef de l’État français". Il se fait appeler "monsieur le Maréchal" avec un M majuscule.

 

Mais ce renversement de la République indispose très peu la population de Mantes-Gassicourt. Marchés et commerces reprennent leurs activités malgré l'Occupation, 450 prisonniers de guerre, les retours difficiles de l'exode et l’apparition des cartes de rationnement. Mais qui dans la ville ne croit pas en cet ordre nouveau, la "Révolution nationale" dirigée par "le Maréchal" ?

 

La population juive de la ville déchante rapidement. Dès le 27 septembre 1940, la première ordonnance allemande antisémite est appliquée en France occupée : le recensement des Juifs, qu’ils soient de nationalité française ou étrangers. Par circulaire du préfet de Seine-et-Oise, en décembre 1940, Talic Mittelchtein est recensé comme juifs français, avec lui 150 000 autres juifs de la région parisienne et 20 000 dans le reste de la zone occupée. La Feldkommandantur de Versailles a exigé des listes répertoriant les Juifs, les communistes et les étrangers. En obéissant à l’Allemagne nazie, le régime de Vichy est de plain-pied dans la collaboration décidée entre Hitler et le Chef de l’État français, en octobre 1940 à Montoire.

 

Dans le Journal officiel de l’État français, le secrétaire d’État à la Production industrielle, par arrêté du 17 avril 1941, nomme Gabriel Montagne, agent général d’assurances, habitant 28 rue Nationale à Mantes-Gassicourt, administrateur provisoire des biens spoliés de la famille Mittelchtein. L’aryanisation de la boutique est entreprise.

 

Mais le couple et leurs deux enfants ont déjà quitté Mantes pour se réfugier à Saint-Girons, dans l'Ariège, ville dans laquelle naît leur troisième enfant, Nicole en 1942.

 

Le 11 novembre 1942, Hitler déclenche l'opération « Attila ». En réponse au débarquement anglo-américain en Afrique du Nord, l'armée allemande franchit la ligne de démarcation séparant la France occupée de la France dite "libre" depuis l'armistice de juin 1940. Hitler a personnellement avisé Pétain de son intention guerrière. Le général Bridoux, ministre de la Guerre, a intimé aux unités françaises de la zone libre de rester casernées. Dans sa lettre, Hitler affirme n’avoir aucun grief contre le Chef de l’État français : "D'ailleurs, vous pourrez, monsieur le Maréchal, vous et votre gouvernement, vous déplacer désormais librement dans toute la France". Les Italiens occupent la Corse, les Alpes-Maritimes, les Basses-Alpes, les Hautes-Alpes, le Var, la Drôme, l’Isère, la Savoie, la Haute-Savoie, plus une grande partie des Bouches-du-Rhône, du Vaucluse et de l’Ain.

 

Depuis Saint-Girons, Talic Mittelchtein a l’intention de gagner les Forces françaises libres du général de Gaulle. Un site sur la 2e DB signale son engagement à Londres en décembre 1942. A-t-il conseillé à son épouse de se rendre à Nice en zone occupée par l’Italie ? Il se dit que les Italiens n’appliquent pas radicalement la politique raciale malgré leur législation antisémite promulguée en 1938.

 

La Deuxième Division blindée

Sous les ordres du colonel Philippe Leclerc, son origine remonte à la colonne des Forces françaises libres qui prend l'oasis de Koufra, le 1er mars 1941, durant la guerre du désert. Le lendemain, est prononcé le serment de Koufra : « Jurez de ne déposer les armes que lorsque nos couleurs, nos belles couleurs, flotteront sur la cathédrale de Strasbourg. » Le 15 mai 1943, cette force devient la 2e Division française libre et Leclerc général le 25 mai. Dénommée 2e Division blindée le 24 août 1943, elle rejoint le camp de Tamara au Maroc pour s’entrainer et compléter ses effectifs jusqu’en avril 1944. Le 10 avril 1944, la 2e DB embarque pour l'Angleterre où elle est affectée à la 3e armée américaine du général Patton.

 

La 2e DB débarque le 1er août 1944 dans le département de la Manche, sur la plage de Saint-Martin-de-Varreville. Puis c’est l’avancée vers Paris et la libération de la capitale aux côtés des résistants du colonel Rol-Tanguy. Le général Leclerc et celui-ci reçoivent la reddition du général allemand Von Choltitz, le 25 août 1944. Strasbourg est libéré le 23 novembre 1944, puis c’est la campagne militaire en Allemagne jusqu’à la capitulation sans condition du Reich nazi le 8 mai 1945.

 

Talic Mittelchtei appartient au 22e Groupe colonial de force terrestre antiaérienne de la 2e DB. Il finit son engagement militaire comme maréchal des logis-chef. Blessé au combat, il est fait plus tard chevalier, puis officier de la Légion d'honneur.

 

Par décision n° 649 du 19 avril 1945, le général de Gaulle a cité à l'ordre de l'Armée le 22e Groupe colonial de force terrestre antiaérienne pour avoir "assuré, au cours des batailles de Normandie, Lorraine, Vosges et d'Alsace, avec son matériel de 40 Bofors automoteur non blindé, la protection aérienne au plus près des Troupes et des mouvements de la Division. Totalisant 13 avions abattus et 5 avions endommagés. A participé de ses feux à terre et de l'action de ses Groupes Francs aux combats de la Division, capturant plus de 500 prisonniers, un armement et un matériel important. A montré en toutes circonstances, malgré les pertes subies sous le feu ennemi, par la décision, le sang-froid et l'allant de ses cadres, l'ardeur, le courage et l'abnégation de ses hommes, le plus bel esprit offensif et la plus belle tenue au combat."

 Alta Offman et ses trois enfants

C’est à Nice, préfecture des Alpes-Maritimes sous contrôle italien, qu’Alta Offman-Mittelchtein et ses trois enfants se réfugient, escomptant échapper à la barbarie nazie sur les Juifs. Sans doute, pensent-ils compter sur une certaine clémence des autorités italiennes pour les Juifs.

 

Mais l’Italie signant un armistice avec les Alliés, le 3 septembre 1943, l’Allemagne occupe l’ex-zone italienne en France. Le 4 septembre, est décidée l’arrestation de toutes les Juifs, d’ouvrir des camps d'internement à Marseille et Lyon et de préparer des convois "de 1 000 à 2 000 têtes" pour Drancy. Le chef de ce camp, le S.S. hauptsturm-führer Aloïs Brunner, est affecté à Marseille pour superviser l’opération. Les Allemands prévoient la collaboration de Français en leur offrant 100 francs pour chaque juif qu’ils arrêtent. Une chasse aux Juifs s’opère par les SS, la Gestapo et les collaborateurs français. Alta Offman et ses enfants réussissent à s'échapper et à se réfugier dans la commune du Cannet, à une trentaine de kilomètres de Nice, espérant échapper aux nazis.

 

Mais dénoncés, Alta Offman et ses trois enfants, Serge né à Paris en 1935, Marcel né à Mantes en 1937 et Nicole née à Saint-Girons en 1942, sont arrêtés par la police française, le 28 juin 1944 au Cannet et envoyés aussitôt au camp d'internement de Drancy. Ils sont déportés de Drancy le 30 juin 1944 dans le convoi n° 76. Ils sont gazés dès leur arrivée à Auschwitz, le 5 juillet 1944, après plus de 53 heures de calvaire ferroviaire. La Gestapo, ses agents français et les miliciens collaborationnistes les plus actifs, eux, quittent la Côte d’Azur le 15 août 1944, 10 jours avant la retraite de la Wehrmacht.

 

Après la guerre

 

Redevenu civil, MichelTalic Mittelchtein, ex-sous-officier de la 2e DB, ne retrouve pas son commerce, 6 place Saint-Maclou à Mantes-la-Jolie. Pour préparer le débarquement en Normandie du 6 juin 1944, l’aviation anglo-américaine a procédé à plus de 40 bombardements sur l’agglomération mantaise du 29 avril au 13 août. Ces attaques ont visé les usines travaillant pour l’Allemagne, les ponts, les routes, et les emprises de la SNCF. Mais ces bombardements détruisent plusieurs quartiers de Mantes-la-Jolie. Ils se poursuivent après le débarquement et la progression dans les terres des alliés.  De ce fait, Une grande partie de la place Saint-Maclou, dont le commerce des Mittelchtein, est rasée. Ils en avait été spoliés le 11 avril 1941 par arrêté au Journal Officiel.

 

Son commerce, Le fouillis du Marché, reprend son cours de 1949 à 1961 dans la partie de Mantes détruite et reconstruite à partir de juillet 1947. Le 9 novembre 1944, une ordonnance du gouvernement provisoire de la France promulgue la nullité des lois de Vichy, notamment celles fondées sur la "qualité de Juif".  

 

Extraits de mon ouvrage Les Juifs oubliés de Mantes-la-Jolie 1940-1944

Talic Charles Mittelchtein: Un Mantais engagé volontaire dans la 2e DB
Talic Charles Mittelchtein: Un Mantais engagé volontaire dans la 2e DB

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sorciere and co 25/08/2019 20:35

j'ai lu ce livre en frémissant. Livre de mémoire, d'histoire d'amour et de reconnaissance, merci colombier