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Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

Capture d'écran sur la Dépêche.fr

Capture d'écran sur la Dépêche.fr

L'entrée dans Barcelone des troupes fascistes du général Franco jette vers la France, par des cols enneigés, près de 500 000 civils, femmes, enfants et vieillards. Dans le dénuement complet, assaillis par le froid hivernal des Pyrénées, la faim et la peur, ils fuient la terreur sanglante que Franco instaure sur les républicains vaincus partout en Espagne. Par contre, la frontière française n'est ouverte pour les soldats de la République espagnole que le 5 février, décimés pourtant par le feu franquiste et l'aviation de  Mussolini. 

Mais tous, civils et militaires, espèrent trouver du réconfort et de la dignité dans la patrie des Droits de l'homme. Or en mai 1938, la République française assigne à résidence les "étrangers". En novembre 1938, considérant ce décret insuffisant, elle instaure que les "étrangers indésirables" soient internés dans des centres spéciaux. Voilà le sort réservé à la Retirada. Mais la France de Front populaire n'avait-telle pas porté le premier coup à sa soeur espagnole, déjà en août 1936, en décrétant sa "non-intervention" chez sa voisine attaquée par un coup d'Etat militaire factieux?

Quoiqu'il en soit, après l'ouverture des frontières, rien n'est prévu dans l'univers de sable où sont parqués les vaincus de la Retirada. Que les rafales de la tramontane glaciale, des barbelés et des gardiens français zélés que sont les gendarmes mobiles et la troupe coloniale.

La France a été dépassée par cet afflux soudain et gigantesque de réfugiés, dit-on pour la dédouaner. Non, la République française a choisi l'internement indigne, outrancier, sans mesure. Les familles sont triées et séparées, les hommes en âge de porter les armes enfermés à même les plages du Roussillon. Ils construisent leurs premiers baraquement avec des bâches, du bois et de la tôle récupérés sur le rivage. Et seulement un pain quotidien de 3kg pour 26 hommes. Les soldats qui veulent poursuivre les combats dans la zone républicaine espagnole encore libre, en sont irrémédiablement empêchés.

La République française et la majorité des Français ont choisi leur camp. Le 27 février 1939, l'Espagne républicaine se bat encore. Mais la France reconnait la dictature franquiste et le régime de terreur qu'il instaure. Le premier ambassadeur français est Philippe Pétain. Oui, déjà, tout un symbole.

Mon grand-père Andal Casas, militant anarchosyndicaliste, ne pourra retrouver sa Catalogne natale qu'après le décès du dictateur Franco. Ma grand-mère Sinta Faneca est déclarée mère célibataire avec 4 enfants, son mariage n'a pas été bénie par l'Eglise de Rome.

Mes grands-parents sont enterrés dans un cimetière de Narbonne. Immigrés, ils se sont échinés pour des salaires de misère dans les vignobles du Narbonnais pour le compte de propriétaires français. Ma grand-mère, dans son dernier labeur comme immigrée, sera bonne à tout faire chez des bourgeois de Narbonne. Ils la débaptiseront et la nommeront "Cécile" à leur service. Des catholiques pratiquants ne peuvent pas dénommer leur servante Sinta, Sainte en catalan, comme leur sacrée vierge Marie.

Lors de la Retirada, les journaux godillots de l'époque, dont l'Indépendant des Pyrénées-Orientales, félicitent le gouvernement français.

26 janvier 1939: la Retirada (la Retraite). J'ai toujours l'Espagne républicaine au coeur

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