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Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

Sur Médiapart: Le PDG du géant laitier Emmanuel Besnier a discrètement rencontré Bruno Le Maire, vendredi. Il s’est engagé à réaliser les investissements nécessaires dans l’usine contaminée aux salmonelles à Craon. En juin 2016, le tribunal administratif de Nantes avait annulé l’autorisation préfectorale d’exploiter le site où d’importants travaux avaient été engagés sans attendre l’enquête publique.

"...Le commissaire chargé de l’enquête publique, Francis Malle, juge que l’étude des dangers par Lactalis s’avère insuffisante, et « n’identifie pas les scénarios d’accidents ». Il relève aussi deux déversements intempestifs par la laiterie dans la rivière voisine, l’Oudon, entre mai et juillet 2012. D’abord, « une fuite d’ammoniac s’est produite le 14 mai 2012 dans un élément du circuit de refroidissement de l’eau ». Les eaux polluées sont vidangées dans un bassin de stockage… relié à la rivière. « La quantité d’eau ammoniaquée déversée dans l’Oudon fut estimée par l’entreprise à 30 mètres cubes et entraîna une forte mortalité des poissons (près de quatre tonnes de gros poissons récupérés) », relève le commissaire. Moins grave, un second incident provoque deux mois plus tard le déversement de 70 000 litres d’un mélange d’eau de vache et de lait dans la rivière.

Questionné sur « le commencement des travaux avant la fin de l’enquête publique », Lactalis soutient qu’il a agi « pour des raisons de compétitivité économique » et « pour garantir le développement du site sur le marché international »… Pour le commissaire enquêteur, « le comportement de Celia place les autorités administratives devant le fait accompli »« Je constate qu’en enfreignant la loi, l’entreprise a agi avec beaucoup de légèreté en prenant non seulement pour elle-même, mais encore pour les architectes, les entrepreneurs et autres responsables de l’exécution, le risque d’une condamnation pénale. Cette infraction est en effet réprimée par les dispositions de l’article L. 480-4 du code de l’urbanisme. Au surplus, ce comportement laisse à penser au public qu’une grande entreprise peut s’affranchir de la loi. » Une plainte est d’ailleurs déposée par France nature environnement (FNE) en juin 2012. Au terme de l’enquête publique, le commissaire émet un avis défavorable à la demande d’exploiter une installation classée présentée par Lactalis. Mais le préfet passe outre et autorise l’installation, en janvier 2013.

Cependant la procédure engagée par les organisations environnementales suit son cours et, en juin 2016, le tribunal administratif de Nantes condamne le géant du lait et annule l’autorisation préfectorale d’exploiter le site de Craon. Les juges évoquent le démarrage prématuré de la construction et l’insuffisance de l’étude d’impact. « Nous avons gagné sur l’illégalité de la construction et la pollution, explique Jean-Christophe Gavallet, de FNE. Nous n’avons pas contesté l’opportunité de l’installation, mais nous n'avons pas accepté que M. Besnier s’estime au-dessus des lois. » 

Cette décision contraint Lactalis à déposer une nouvelle demande d’autorisation et à compléter son dossier. En octobre 2016, la préfecture accorde la poursuite de l’activité dans l’attente de la régularisation de l’exploitant du site, par la mise en œuvre d’une série de « mesures conservatoires » et le rappel des règles de ce type d’installations classées dans la gestion des risques. Ce document, axé sur les mesures environnementales, évoque toutefois « la prévention de la légionellose » et le nettoyage des tours de séchage – à l’eau sous pression au moins une fois par mois. Mais il est silencieux sur les risques sanitaires liés à la contamination de 2005 et sur les recommandations de l’Afssa en 2008.

Or selon les premières études, la contamination récente aux salmonelles est à rapprocher du précédent de 2005. C’est l’hypothèse avancée par un chercheur de l’institut Pasteur, questionné par la Revue de l’industrie agroalimentaire (RIA) : « Tout semble concorder pour dire que la souche de salmonelle Agona de 2017 dériverait de celle de 2005. » Selon Lactalis, « une contamination dispersée se serait installée dans l’usine suite à des travaux réalisés au premier semestre 2017 ». La bactérie aurait pu se maintenir dans l’environnement et se trouver à nouveau dispersée à cause des travaux. En décembre, Lactalis a confirmé les travaux engagés sur la tour de séchage n° 1 de l’usine au printemps, ainsi qu’un arrêt technique du 1er au 6 mai, émettant l’hypothèse d’une corrélation..."

Lors d’une rencontre syndicale, Julien HUCK, Secrétaire Général de la Fédération CGT de l'Agroalimentaire a déclaré, vendredi 12 janvier :

« Le groupe laitier, par son incurie persistante et son objectif de profits à court terme, scie la « branche », instable et branlante, sur laquelle sont assis des milliers de salariés. Si dans son dernier communiqué de presse, Lactalis tente de se dédouaner, le scandale du lait infantile contaminé par la salmonelle est de l’entière responsabilité de sa stratégie. En assurant qu’il retire les produits concernés, affirmant contre toute crédibilité que ceux-ci ne sont pas contaminés, somme toute, piètre exercice d’équilibriste auquel il se livre. Les salariés du groupe apprécieront.

Les causes de ce nouveau scandale sont à chercher pour une grande part dans la politique sociale de l’entreprise. Les salaires et la reconnaissance des qualifications au rabais, les conditions de travail déplorables, les licenciements à tout va, les externalisations et les précarisations, sont des réalités sociales qui sont les causes de ce désastre industriel. Et cela parallèlement aux 17 milliards d’euros de chiffre d’affaires réalisé en 2016.

De plus, l’introduction de la méthode Lean impose aux salariés le lavage des machines en fin de poste alors que celles-ci devraient l’être par des équipes spécifiques et formées. Cette situation pose de véritables problèmes sanitaires dont on voit aujourd’hui les conséquences.

De multiples contrôles devraient être effectués, depuis l’arrivée du lait jusqu’au conditionnement. Ils devraient être réalisés sur la base d’un cahier des charges interne qui définit les normes européennes. A l’évidence le groupe s’assoit dessus. L’autocontrôle porte toutes les défaillances d’aujourd’hui. Il va à vau l’eau. On en voit le résultat.

Toute honte bue, le groupe cherche des boucs émissaires. L’ADN patronal est tenace. Leclerc et d’autres centrales d’achat ont fait de même. Les salariés de production et du laboratoire ne peuvent pas être pointés du doigt. Du fait de leurs conditions de travail dégradées, les salariés ne disposent pas de moyens et de temps suffisants pour faire leur travail. En lieu et place de telles réalités, ce sont des créations d’emploi et de véritables contrôles publics qui devraient être réalisés.

L’autocontrôle sur lequel le patronat s’arque boute et dont il vante les mérites, soutenu en cela par les gouvernements successifs, macroniste compris, doit céder la place à de véritables contrôles publics confortés par des moyens humains et matériels renforcés.

Note de ma pomme: Se rappeler que lors de son passage au ministère de l'Economie, sous le parrainage de François Hollande, Emmanuel Macron a réduit les effectifs de la DGCCRF, direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes. Ne pas oublier que Lactalis rémunère à un prix ridiculement bas les producteurs de lait, les poussant à la misère, parfois au suicide, en tout cas à la surexploitation de la nature et des animaux. L'entreprise de la famille Besnier est également en situation de quasi monopole en France. Le groupe, n°1 mondial de lait, floue les consommateurs qui recherche une concurrence que l'on leur dit libre et non faussée.

Enfin, la nationalisation de Lactalis est-elle un gros mot ou hors de propos dans la lutte des classes? Car, Lactalis avec le lait infantile en poudre, c'est ça.

Lactalis, premier de cordée dans l'agro-business pressure l'environnement, les producteurs de lait et ses salariés

Et le contrôle sanitaire dans les autres usines françaises du groupe est-il à la hauteur de la santé des consommateurs? Car Lactalis, c'est aussi cela:

Lactalis, premier de cordée dans l'agro-business pressure l'environnement, les producteurs de lait et ses salariés

Sans oublier que Lactalis vend aussi des références sous marque de distributeur (Casino, Carrefour, Système U, Auchan, Aldi ou Lidl )

 

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