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Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

Toujours dans le sens de la solidarité avec les réfugiés, cette chronique de José Fort sur son blog:

Le sort des réfugiés et de leurs soutiens en France me rappelle les durs moments passés par ma grand-mère et ses deux filles.

Leur mari et père, leur fils et frère étaient morts au combat pour la défense de Madrid pendant ce qu’on qualifie encore et encore de guerre civile espagnole alors qu’il s’agissait d’un putsch fasciste commis contre une République démocratiquement élue. Passons.

Ma grand-mère et ses deux filles avaient trouvé refuge à Barcelone. Peu de temps avant que la ville tombe aux mains des troupes franquistes, comme des centaines de milliers d’autres Espagnols, elles prirent le chemin de la France. C’était en février 1939. Il neigeait. Elles n’avaient comme seul bagage que deux baluchons. En arrivant au Perthus sous un froid glacial, à la frontière française, les gardes mobiles encadraient, bousculaient, insultaient ces hommes et ces femmes qui croyaient en la France solidaire. La plupart d’entre eux étaient dirigés vers les camps de concentration d’Argelès et de la région. Sauf quelques chanceux au nombre desquels ma grand-mère et ses deux filles. Elles comptaient, bien entendu, des complicités locales.

L’espace d’un instant, le cordon des gardes mobiles s’écarta laissant passer les trois femmes. Un homme les attendait, les entraîna vers une voiture, leur donna trois billets de train. Et il leur dit : « Vous allez jusqu’à Mazamet sans prononcer un mot ». Un couple vous attendra sur le quai. J’insiste pas un mot ».

Jusqu’à la fin de leur vie, ma grand-mère et ses deux filles ont évoqué avec tendresse la « famille » de Mazamet chez qui elles ont trouvé réconfort, amitié, solidarité. De la chaleur humaine, tout simplement.

Pourquoi vous raconter cette histoire ?

C’est le comportement de Cédric Herrou qui me pousse à le faire.

Ce jeune agriculteur de la vallée de la Roya près de la frontière franco-italienne est menacé de huit mois de prison avec sursis pour avoir nourri, hébergé, soigné des réfugiés. Vendredi, quatre de ses voisins ont été arrêtés pour les mêmes raisons.

Cédric Herrou est un citoyen généreux, comme la famille de Mazamet.

Cédric Herrou est un homme courageux, comme la famille de Mazamet.

Cédric Herrou est l’honneur de la France, comme la famille de Mazamet.

Cédric Herrou, élu par 4000 internautes « Azuréen de l’année », donne à voir une autre France que celle représentée par le très mussolinien président du conseil général des Alpes maritimes, Eric Ciotti.

Il y a bien deux France : celle qui peut voler en toute impunité la République, pourchasser les malheureux et celle qui au prix de sa propre liberté refuse l’injustice et fait simplement preuve de générosité.

José Fort

Cédric Herrou, ma grand-mère et la famille de Mazamet, par José Fort

Note de ma pomme: Permettez-moi quelques mots à ce sujet.

Mon grand-père, journalier agricole et immigré à Narbonne, père de 4 enfants, accueille une famille républicaine espagnole de 6 personnes, dans son petit appartement à Narbonne, lors de la Retirada vers la France. Les conditions de vie sont très difficiles pour tous et l'immeuble, composé uniquement de Français, voit d'un mauvais oeil ce surplus "d'étrangers". Lorsque le général Franco, qui a défait la République espagnole, prétend en avril 1939, accueillir tous les Espagnols qui désirent revenir dans leur pays, cette famille reprendra la route pour son pays natal. Au grand désespoir de mon grand-père.

Lorsque Pétain s'arroge tous les pouvoirs en juillet 1940, au nom de sa "Révolution nationale", de bons Français traiteront dans les rues de Narbonne ma mère et ses trois soeurs de "sales petites espagnoles".

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