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Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

Paul Masson un paysan de Follainville dans la Grande Guerre (1914-1918)

Les Amis du Mantois-Grem viennent d'éditer cet ouvrage sous l'égide d'un de leurs adhérents Maurice Martin, professeur d'histoire honoraire. "Pour commémorer le centenaire de la Première Guerre mondiale, nous avons fait le choix de la raconter, de l'expliquer, de la commenter au travers de l'histoire vécue par un homme, Paul Masson, habitant de Follainville, qui écrivait à sa famille, avec simplicité et sincérité, sans avoir l'ambition d'être un héros ou d'entrer dans l'histoire", écrit-il dans son introduction.

Je mets en ligne le texte de la conférence que Maurice Martin a tenu lors de la présentation du livre, ce vendredi 11 novembre 1918, à Follainville-Dennemont (78), en rappelant que je suis adhérent à cette association d'histoire régionale.

Verdun – la Somme

En 2014, pour le Centenaire de la Première Guerre mondiale, j’ai eu l’occasion de faire une première conférence dans l’église de Follainville à partir de la correspondance d’un Poilu de notre village, Paul MASSON qui raconte « sa » guerre dans des lettres adressées à sa famille. Ces lettres ont été rassemblées dans un livre, avec la présentation qu’en a faite Roger Peulvast, ancien Directeur d’école, qui les a recueillies, et une introduction que j’ai rédigée.

Ce livre vous sera remis gratuitement tout à l’heure et ensuite par la Municipalité de Follainville-Dennemont, en hommage aux 31 soldats de notre village morts en 14/18.

A l’occasion de la sortie de ce livre et parce qu’on est en 2016, M. le Maire m’a demandé de faire une autre conférence sur les évènements de l’année 1916, il y a tout juste 100 ans.

L’année 1916 a été celle des deux batailles les plus meurtrières de la guerre, et celle qui a démontré l’impasse de toutes les stratégies utilisées jusqu’alors.

Paul MASSON, « notre » Poilu de Follainville n’a pas participé à la bataille de Verdun.

Mais voici ce qu’il écrit à ses parents le 28 février 1916 : « « Comme vous devez le voir dans les journaux il se passe de terribles combats autour de Verdun. Souhaitons et espérons la victoire et que cela puisse hâter la fin de la guerre. Je crois qu’il s’en est fallu de quelques jours pour que nous allions à Verdun car les troupes que nous avons remplacer sont parties là-bas.»  (Tilloloy – Somme).

Et vous constatez, en revanche, qu’il se trouve déjà dans la Somme, là où, précisément, les états-majors français et anglais avaient prévu depuis longtemps leur propre offensive à laquelle il va, cette fois, participer en première ligne quelques mois plus tard.

Ainsi, chaque fois qu’il sera nécessaire, pour être le plus concret possible en relation avec le livre, j’utiliserai son récit et son témoignage comme « fil rouge » de cette conférence.

A la fin de 1915, même s’ils ne sont pas parvenus à remporter une victoire décisive, la situation  est clairement à l’avantage des Empires Centraux (Allemagne, Autriche-Hongrie).

- L’offensive d’août 1914, via la Belgique et le nord de la France (Plan Schlieffen), a permis aux Allemands d’approcher Paris à moins de 40 km. La bataille de la Marne (3 – 12 septembre) les a contraints à reculer jusqu’à l’Aisne, mais ils occupent toujours 9 départements français parmi les plus riches et la quasi-totalité de la Belgique. - 4 soldats de F-D ont été tués dans les premiers jours : Claude GRAVIER (F), Gustave DEFRESNE (F), Georges LENOIR (F), Julien CAUDAL (D). Toutes les tentatives de Joffre durant l’année 1915 (« l’année sanglante ») se sont soldées par des échecs meurtriers. La « percée » n’a pas pu être réalisée, ni dans les Vosges, ni dans les Flandres, ni en Champagne, ni en Argonne, ni aux Eparges, ni en Artois. Joffre déclare « je les grignote », mais, en réalité, le bilan est désastreux pour l’armée française. Rien qu’en Champagne – où se trouve Paul MASSON qui assiste aux combats en octobre 1915 - les deux offensives de cette année-là ont coûté la vie à 23 000 hommes - 2 de F : Lucien DUPRE, Louis LELANDAIS - et plus de 100 000 blessés.  « Pour le moment, l’offensive est arrêtée. Hélas, combien cela a coûter de monde. Vous dire ce que j’ai vu de blessés, c’est incroyable et pas toujours soignés à temps. Des Boches, j’en ai vus  aussi, (…) Ceux-là on s’en occupais pas beaucoup. (…) C’est trop payer pour gagner quelques kilomètres. Je ne crois pas qu’on puisse les sortir de France. C’est comme eux pour avancer. C’est pas possible. Il serait temps que ça finisse. » (Suippes, Marne, 14 /10 / 1915).

- Sur le front russe, la situation est encore pire. Les deux défaites de l’automne 1914 au Tannenberg et aux lacs de Mazurie, puis celle d’août 1915 à Varsovie, ont disloqué l’armée russe, causant des pertes énormes et des centaines de milliers de prisonniers.

- L’opération des Dardanelles (imaginée par Winston Churchill) pour tenter de prendre Constantinople/Istanbul et permettre à la flotte russe de sortir de la Mer Noire pour secourir la Serbie envahie, se solde par une catastrophe : 5 cuirassés anglais et français sont coulés. Le débarquement échoue face à l’armée turque et coûte aux Alliés 145 000 morts + 100 000 morts de soif et de maladie (Typhoïde, notamment).

- La supériorité navale britannique n’a encore joué aucun rôle. (La bataille navale du Jutland en Mer du Nord qui aura lieu le 31 mai 1916 entre les flottes anglaise et allemande, et qui devait – disait-on - décider du sort de la guerre se terminera par un match nul : 11 navires allemands coulés contre 13 anglais… qui gardent néanmoins la supériorité maritime.)

Au début de l’année 1916, Guillaume II estime qu’il est sur le point de gagner la guerre. Il lui faut encore une victoire nette et décisive et les Alliés seront, pense-t-il, obligés de négocier la paix. Après des hésitations (Belfort ? qui avait résisté en 1870), l’état-major allemand propose Verdun – qui n’a pas été prise en 1914 – pour des raisons « psychologiques » et symboliques : « Nous allons prendre Verdun, la plus grande forteresse des Français, après ce sera la paix ». (Guillaume II - 20 février 1916). Le commandement de la bataille est confié pour le prestige à son fils, le Kronprinz, et au général Von Falkenhayn, chef d’état-major de l’armée allemande.

 

1) Les 300 jours de Verdun (21 février – 15 décembre 1916).

Le choix de Verdun est aussi déterminé par des raisons stratégiques. Comme la ville est bien défendue par ses forts, aucun combat ne s’y est déroulé depuis la bataille de la Marne. Mais, pour renforcer les autres champs de bataille de 1915, les forts de Verdun ont été dégarnis de leurs canons et des troupes d’assaut. Le front forme une espèce de saillant qui permet d’installer des canons allemands sur trois côtés : nord, est et sud. Enfin, la ville n’est reliée que par une seule voie ferrée – qui sera rapidement bombardée – et par une seule route qui a été élargie en mars 1915 et que Maurice Barrès va bientôt surnommer « la Voie sacrée ».

Paradoxalement, Verdun apparaît alors comme un « maillon faible » du front français, d’autant que Joffre – qui a prévu sa propre offensive dans la Somme – ne tient aucun compte des renseignements aériens ou de prisonniers qui lui signalent une très forte concentration de canons et de troupes du côté allemand, ni des avertissements des généraux sur place et en visite (Galliéni) et qui sont très inquiets en cas d’attaque allemande !

« Tout va bien » dit-il, d’autant que quelques jours avant l’attaque sur Verdun, les Allemands font diversion en attaquant sporadiquement un peu partout.

Le 21 février, le canon « Max » ouvre le feu à 7 h 15 du matin, déclenchant un déluge de 1200 canons de tous calibres qui tirent 1 million d’obus jusqu’à 16 h 45 sur les lignes françaises, les forts et la ville de Verdun. A 17 h, les Allemands attaquent persuadés d’avoir tout anéanti. Or, des Français ont survécu et se battent avec acharnement, notamment le régiment du Lieutenant-colonel Driant qui retarde l’avancée allemande et qui sera tué le lendemain.       Dès 7 h 30, le 22 février, le bombardement reprend et le front français finit par céder. Le 26, le fort de Douaumont – qui n’avait que 57 défenseurs - est pris, ce que les Allemands considèrent comme une très grande victoire symbolique. Les Français abandonnent volontairement une partie du terrain au sud, pour s’adosser à une ligne de hauteurs et éviter l’encerclement.

Joffre réalise enfin que l’attaque est sérieuse et désigne de Castelnau comme Adjoint et confie à Pétain la défense de Verdun.  Celui-ci déclare : « Toute parcelle de terrain qui serait arrachée par l’ennemi donnera lieu à une contre-attaque immédiate ». Pour la première fois dans l’Histoire, il va comprendre l’importance de la maîtrise du ciel et il demande au commandant Tricornot de Rose de s’en assurer et faisant venir à Verdun la moitié de la chasse française. Enfin, il organise le ravitaillement en hommes, en vivres et en munitions par la seule route possible depuis Bar-le-Duc : 1700 camions y circulent chaque jour.

(Le 2 mars, le capitaine Charles de Gaulle est blessé à la cuisse par une baïonnette et sera fait prisonnier jusqu’à la fin de la guerre).

Le 4 mars, les Allemands attaquent un autre secteur du front : le Mort-Homme où ils progressent sans toutefois réussir « à passer ». Puis le 20 mars, l’attaque est lancée sur la « cote 304 » un peu plus à l’ouest, pendant qu’ils poursuivent leurs attaques pour s’emparer du fort de Vaux, puis de Fleury et du fort de Souville. Utilisation du lance-flamme et des gaz de combat (depuis Ypres en avril 1915).

Le 19 avril Pétain – qui avait lancé son fameux : « Courage. On les aura ! » - qui agace Joffre par ses demandes de renfort - est « promu » commandant de tout le secteur de Verdun à l’Aisne en passant par la Champagne. C’est Nivelle qui le remplace sur le terrain, au moment où les combats redoublent. Il décide de tenter une contre-offensive sur Douaumont qu’il confie au général Mangin qui attaque le 22 mai. Le fort de Douaumont est en partie libéré, mais l’offensive échoue finalement au prix de terribles pertes et les Français sont obligés de reculer («  L’Allemand mettait à garder Douaumont un acharnement inouï. Pour cette colline, il eût engagé toutes les forces de l’Empire »).

C’est à ce moment que Falkenhayn, constatant que son offensive n’a pas permis de prendre Verdun, dit qu’il veut « saigner à blanc l’armée française » par une guerre d’usure.

Au milieu des batailles qui se prolongent presque chaque jour et des souffrances subies par les Poilus, trois évènements méritent d’être signalés.

- A Fleury, le 11 juin, après avoir combattu pendant deux jours, sans arrêt, ni pour manger, ni pour dormir, il ne reste que 25 survivants sur 200 du 347 e régiment d’infanterie et qui n’ont plus de munitions. Les deux sous-lieutenants Herduin et Milan ordonnent à leurs hommes de se replier. Or Nivelle avait ordonné de ne pas reculer d’un pouce. Les deux officiers seront « fusillés pour l’exemple »… mais aucun autre officier ne voudra donner l’ordre de tirer, c’est Herduin lui-même qui le fera ! Ils seront réhabilités en mars 1919… (Mais la plupart des 639 fusillés pour l’exemple durant la guerre ne le sont toujours pas !)

- Au fort de Vaux, la résistance des hommes du Commandant Raynal a été incroyable, 8 jours sous les bombes, sans eau, rien à boire…  Quand ils se sont rendus le 7 juin, les Allemands (le Kronprinz) ont ordonné qu’on leur rende les honneurs ! Même le dernier pigeon voyageur qui portait un message de détresse a été décoré !

- Au tunnel de Tavannes où l’on stockait les munitions, une explosion accidentelle a tué plus de 500 soldats français en septembre 1916… La nouvelle sera censurée !

Mais dès le 25 juin par les bombardements, puis le 1 er juillet 1916, la bataille de la Somme est déclenchée par les Anglais et les Français, en même temps qu’une attaque coordonnée des Russes (Offensive Broussilov), puis des Italiens contre les Autrichiens.

Les Allemands ne peuvent plus envoyer de renforts à Verdun, ils atteignent le point extrême de leur avancée le 11 juillet, mais ils ont perdu l’initiative et adoptent une attitude défensive fin-août (Falkenhayn est remplacé par Hindenburg). Ce sont les Français qui commencent la reconquête, lentement d’abord, puis par une offensive en octobre, préparée par un repérage aérien qui a permis de détruire 80 % des canons allemands avant l’attaque et qui va permettre la reprise de Douaumont (ou ce qu’il en reste !)  dans le brouillard au prix de sacrifices inouïs des Sénégalais du 43 e bataillon, le 24 octobre. Puis le fort de Vaux est repris le 2 novembre et, jusqu’au 15 décembre, les Français reprennent une partie du terrain perdu depuis février.

L’histoire a retenu Verdun comme une victoire puisque la ville n’a pas été prise par les Allemands et la propagande a fait de Pétain « le vainqueur de Verdun » parce qu’il a su organiser la défense de la ville et bloquer les Allemands jusqu’en avril.

Mais, en réalité – si victoire il y a par la reconquête partielle du terrain perdu – c’est à Nivelle qu’on le doit. Ce qui est évident à l’époque et qui lui vaudra de remplacer Joffre après Verdun et la Somme comme Chef d’état-major (décembre 1916). Mais Nivelle, par son orgueil, sa sévérité, son intransigeance, son peu de souci de la vie de ses hommes et surtout par son échec quatre mois plus tard en avril 1917 au Chemin des Dames, a vu sa renommée et sa réputation définitivement ternies…et c’est Pétain qui en a récolté les fruits !

Il y a les Chefs dont on vient de parler, mais il y a surtout les hommes qui ont vécu ces évènements dans des conditions épouvantables. Même si Paul MASSON n’a pas été présent dans cette bataille, il décrit néanmoins le vécu de tous les Poilus dans les tranchées à Verdun comme ailleurs où il s’est trouvé (Pas de Calais, Marne, Somme…).

- Les bombardements, les « marmites » : « Vous parlez d’un feu d’artifice : les obus balayaient la plaine de leurs rafales sans arrêt. C’était à la fois grandiose et terrifiant. »

- La boue : « On ressemble à des brigands couverts de terre et de boue… ». « On a de la boue jusqu’aux genoux. » « On est enterré vivant ».

- La nourriture : « La viande nous dégoûte : la moitié du temps elle sent mauvais et pas beaucoup de patates. »  « Je crois que la soupe que l’on mange, tout-petit (son chien) n’en voudrait pas ! »

- L’eau : « Il y a longtemps que je n’ai pas bu d’eau » … (Paul MASSON).

« On a peur, bien sûr, mais personne n'en parle. On s'inquiète plus des bidons d'eau que de la mort qui nous frôle tous les jours. ».  (Lieutenant A. Malavoy).

- Les parasites : « Il y a des poux dans les tranchées où nous allons. »

A Verdun, ce sont aussi et surtout les rats qui s’attaquent aux hommes dans les casemates et que l’on chasse avec des chiens dressés exprès.

- A l‘arrière, on subit aussi les destructions par les bombardements : « Le pays où nous sommes est bien abimé. Il ne reste pas grand-chose. Quelques maisons encore debout par ci par là. C’est vraiment la désolation. Malgré cela il reste quelques habitants »…
« Le village de Hébuterne
(Pas de Calais) est dans un état épouvantable. (…) l’église et le clocher sont percés par les obus. Il ne fait pas bon s’y promener car les Boches y envoient des bombes (…) et quand ça tombe c’est un bruit formidable. » (Paul MASSON.)

La ville de Verdun est également bombardée sans pitié pour les civils et les villages sont rayés de la carte. On s’est battu pour un trou, un pan de mur, un tronc d’arbre déchiqueté, comme si le sort de la guerre en dépendait !

- On peut évoquer également le sort des femmes « à l’arrière » qui remplacent les hommes qui sont au front et qui travaillent dans les usines d’armement dans des conditions épouvantables et pour des salaires trois ou quatre fois inférieurs à ceux des hommes avant-guerre : « On y trouve des sources pour guérir les malades et à côté, des usines où l’on tourne les obus pour faire mourir les biens portants ». (Vichy - Paul MASSON).

Le bilan : 715 000 victimes (morts, disparus ou blessés) soit 378 000 soldats français et 337 000 allemands.

  • 163 000 français tués,143 000 du côté allemand. = 306 000 morts.
  • 60 millions d’obus tirés pour un bilan territorial quasi-nul.
  • Une dizaine de villages détruits (comme Fleury).

Aujourd’hui, les stigmates de la bataille sont toujours visibles dans le paysage et 130 000 squelettes ont été rassemblés, Français et Allemands unis dans la mort, dans l’ossuaire de Douaumont.

Les Poilus de Follainville-Dennemont : 4 d’entre eux ont été tués dans la région de Verdun, mais aucun pendant la bataille de 1916 ! Un (Claude GRAVIER) à Gercourt pendant la première offensive allemande en 1914, un autre (Victor MOUSSARD) au Mort-Homme en 1917 au moment de la reconquête de la région, et deux aux Eparges à la limite sud du secteur de Verdun où les combats ont été rudes, mais en 1914 (Georges LENOIR) et 1915 (Charles GROUX – qui avait été « oublié » après la guerre et dont le nom a été ajouté sur le monument aux morts de Dennemont le 11 novembre 2014).

Mais l’Enfer de  Verdun avait ouvert une succursale dès le mois de juillet 1916.

 

2) La Somme  (25 juin – 17 novembre 1916).

Cette bataille est beaucoup moins « célébrée »  en France, alors qu’elle a fait plus de victimes que Verdun ! C’est même la plus meurtrière de toute la guerre. Pourquoi ?

Cette grande offensive était programmée par Joffre, Foch et les Anglais (Haig) depuis décembre 1915, comme ultime tentative de réussir la « percée » qui avait échoué partout ailleurs. Elle devait être coordonnée avec une attaque des Russes en Roumanie et une autre des Italiens contre l’Autriche. Ce qui explique que  Joffre n’ait pas voulu y renoncer.

Il était prévu 60 divisions sur un front de 70 km. Mais l’attaque de Verdun va contraindre les états-majors à restreindre leurs ambitions, même s’ils ne renoncent pas à cette attaque au risque de compromettre la défense de Verdun !

Ce sera donc 40 divisions seulement (26 britanniques et 14 françaises) sur 50 km.

On constate donc que ce sont les Britanniques, y compris Australiens, Néo-Zélandais, Hindous, Sud-Africains qui vont supporter l’essentiel de l’effort et des victimes. Ils ont institué la conscription obligatoire début 1916.

De même que pour les Français, ce sont surtout des troupes coloniales qui sont engagées dans la Somme… Alors que Verdun a été défendue en majorité par des soldats « Français de souche » de tous les régiments, de toutes les provinces, qui s’y sont relayés. (Même si les Sénégalais ont joué un rôle décisif dans la dernière phase).

Le front est divisé en deux secteurs : au nord de la Somme : les Britanniques, commandés notamment par les généraux Rawlinson et Allenby, avec Bapaume comme objectif. Au sud : les Français commandés par Foch et Fayolle, qui doivent prendre Péronne. En face, l’armée allemande est sous le commandement des généraux Von Below, Von Stein, Von Quast.

Elle s’attend à cette offensive depuis plusieurs semaines et a renforcé son dispositif défensif.

Après une longue préparation technique (routes, gares, puits et abreuvoirs pour les chevaux, infirmeries, camouflages pour les avions…) dès le 25 juin, un déluge d’obus et de gaz s’abat sur les Allemands, tiré par de gigantesques canons sur rail (ALVF 340 ou 370 mm: artillerie lourde sur voie ferrée), en tout 4000 canons qui tirent jusqu’au 1 er juillet 7 h 20. L’attaque est prévue à 7 h 30, mais à La Boisselle où une galerie souterraine a été creusée sous les tranchées allemandes, une gigantesque mine explose à 7 h 28… au moment où les Britanniques s’apprêtent à attaquer sans le savoir, et ce sont eux qui recevront les débris de cette gigantesque explosion qui fait un trou de 100 m de diamètre mais qui n’a pas détruit les lignes allemandes ! La première offensive est une catastrophe côté britannique – on a demandé aux soldats d’attaquer « au pas » au son de la cornemuse pour rester compacts ! - qui perd 30 000 hommes en 6 mn (58 000 en une journée). Au sud, les Français ont mieux réussi mais ils se heurtent à la seconde ligne de défense allemande qui ne plie pas. Nouvelles tentatives le 5, puis le 14 juillet. L’offensive s’arrête jusqu’en septembre… Les Anglais attendent une nouveauté qui devrait faire la différence….

A 100 km du front, à Follainville : « Je ne suis pas surpris que vous entendiez le canon, ça tape dur et surtout à notre gauche du coté des Anglais ». (3 juillet 1916).
«  Je crois bien que vous pouvez entendre le canon car par moments la terre tremble sous nos pieds. » (12 septembre 1916). Paul MASSON.

Cette nouveauté, c’est le « cuirassé terrestre » qui existait déjà sous forme d’automitrailleuse, mais qui était incapable d’évoluer dans les champs et la boue. C’est l’invention du tracteur à chenilles aux Etats-Unis qui va permettre aux Anglais de construire les premiers chars (« tanks » = réservoirs) Mark 1 équipés de mitrailleuses et d’un canon de 57 mm qui roulent à 3 km à l’heure comme soutien à l’infanterie : les 60 premiers arrivent mi-septembre (12 sont en panne). Le 15 septembre, trois chars sont engagés pour la première fois vers Thiepval … Deux tombent en panne ! Le 3 e parvient à effrayer les Allemands mais fait demi-tour par crainte de tomber en panne d’essence ! Nouvelle tentative avec 14 chars vers le village de Flers, un seul parviendra jusqu’au village qui est pris, néanmoins, les Allemands ayant fui !

La pluie commence à tomber le 20 septembre, empêchant toute offensive à cause de la boue qui interdit toute progression. Une dernière tentative se déroule à partir du 26 septembre qui permet aux troupes françaises et britanniques de faire leur jonction à Combles et qui permet aux Anglais de prendre Thiepval, victoire acharnée et symbolique équivalente à celle de Douaumont (Monument). Comme si l’issue de la guerre se jouait tout entière dans ce village.

Le  premier combat de Paul MASSON a eu lieu pendant deux jours du 14 au 16 octobre 1916  (il a 37 ans et a été affecté au 33 e  Régiment d’Infanterie Coloniale parmi des Sénégalais et des Martiniquais) face à Péronne, entre Belloy en Santerre et Barleux (Somme).

- « Comment j’en suis sorti ? Je n’en sais rien. (…) De mon escouade je reste et un martiniquais. » (18 octobre 1916).

- « Le 14 à 2 heures, le bataillon sortait de la tranchée pour prendre la première ligne boche. On a eu de la casse (…) On devait prendre aussi leur 2 e ligne mais n’ayant pas de renfort il a fallu en rester là. Puis on y a été surprendre les Boches à la grenade. Les Boches venaient vers nous en criant Kamarades. (..) Dans la nuit, ils nous ont contre attaquer sans réussir. Dans la nuit du 17 (..) leur artillerie a rasé la tranchée complètement. C’était affreux de voir cela: les morts par tas de 8 ou 10. Quelle affreuse vision. (…) Sur 140 ou 150 qu’on était à monter à la Compagnie, on est revenu à 28 ! » (20 octobre 1916).

Après cette dernière offensive, les armées sont épuisées, les Alliés ont gagné une dizaine de km au maximum sans atteindre Bapaume ni le camp retranché allemand de Péronne. Le bilan humain est catastrophique, malgré de nouveaux matériels (Tanks, avions SPAD S. VII…)

Le bilan :

  • Armée allemande: 170 100 morts, 267 222 blessés.
  • Armée britannique: 206 282 morts, 213 372 blessés.
  • Armée française: 66 688 morts, 135 879 blessés.
  • TOTAL: 443 070 morts. 616 473 blessés.

1 059 543 morts, disparus ou blessés. 30 villages détruits.

Les Poilus de Follainville-Dennemont : 2 Poilus de Dennemont ont été tués durant cette effroyable bataille. L’un (Alfred MOYER) à Estrées pendant la première offensive de juillet, l’autre (Louis SEVESTRE à l’hôpital de Moreuil-Lespinoy) après la seconde en octobre.

Quant à Paul MASSON, c’est un « miraculé » de cette seconde offensive (Barleux-Belloy) !

Les deux terribles batailles de l’année 1916 ont échoué. Joffre est très critiqué, les Anglais décident d’arrêter l’offensive de la Somme le 17 novembre. Le 26 décembre, Joffre est poussé à la démission par le gouvernement, mais il est « récompensé » par son bâton de Maréchal.

Nivelle, considéré alors comme le vrai « vainqueur de Verdun », le remplace

1917 s’ouvre dans une situation nouvelle : la « lassitude des peuples » est générale. On est au bord de la rupture. Au front comme à l’arrière : « On en a assez ! ». «  Si cela pouvait nous amener la paix. Les journaux en parlent. Car au fond tout le monde en a assez, je crois, amis et ennemis. » (Paul MASSON le 15 décembre 1916).

La Révolution éclate en Russie, le tsar est renversé. Révolte en Irlande. Grèves en Allemagne,  + mutineries en Italie et en France. Nouvel échec meurtrier de l’offensive Nivelle au Chemin des Dames le 16 avril 1917 qui entraine des mutineries dans les 2/3 des régiments français… Nivelle est limogé. Pétain le remplace le 15 mai 1917 : « Il faut attendre les Américains et les chars ». Il n’y aura plus d’offensives inutiles et meurtrières… Du moins jusqu’en 1918.

Cette bataille du Chemin des Dames envoie aussi Paul MASSON à l’hôpital pour un an et Louis COINTRELLE (de Dennemont) au cimetière… Ce que vous pourrez lire bientôt dans « Paul Masson, un paysan de Follainville dans la Grande Guerre ».

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Pastorello Jacques 13/11/2016 16:37

Bonjour,
Comment se procurer ce livre.
Merci.
JP

Le Mantois et Partout ailleurs 13/11/2016 16:47

Pour l'heure, il est dans les librairies de Mantes-la-Jolie et de Limay...

MARCHETTI Philippe 13/11/2016 11:02

Merci Roger,
Ca fait du bien de constater que je ne suis pas seul dans ce monde fous (et encore, j'aime bien les fous pour leur façon de voir les choses. Rien à voir avec les... FN....et consorts).
Ton blog est une mine d'or pour moi, le copain SG de l'UL de Port la Nouvelle est d'accord avec moi, c'est te dire si une rencontre me ferais le plus grand plaisir.
Salut Fraternel et amitiés.
@+Fifi

Le Mantois et Partout ailleurs 13/11/2016 16:52

Autour du 1er novembre, j'étais à Port-la-Nouvelle. Mais je connais plus de la CGT que deux copains, retraités comme je le suis. J'ai quitté le village depuis 1972 pour la SNCF et faire souche à Mantes-la-Jolie, région où je suis toujours à la CGT