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Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

Déserts médicaux en France: le témoignage d'un habitant de Dieppe

« J’ai accompagné ma femme, chez l’ophtalmo à Dieppe (Seine-Maritime) ; on devait lui faire un fond d’œil ; donc j’ai attendu pendant une bonne demi-heure dans l’accueil, car il faut le temps que les produits fassent de l’effet avant de procéder à l’examen (et ensuite, pas question de conduire, d’où ma présence).

J’ai constaté que plusieurs personnes qui étaient venues physiquement (parfois accompagnées) demander un rendez-vous, se sont fait éconduire, car on ne prend plus de « nouveaux patients », tellement le délai d'attente est long (6 mois).

Dans la même période la secrétaire médicale a répondu de la même manière à plusieurs demandes téléphoniques similaires.

L’âge élevé des ophtalmos (mais c’est le même cas chez les dentistes) fait que des cabinets ferment, et les patients se retrouvent sans solution ; plusieurs ont fermé dans la région dieppoise ou valerycaise ; la secrétaire médicale a renvoyé ces patients vers la clinique Mathilde à Rouen, qui, d’après elle, prendrait encore des patients.

A noter que, parmi les gens que j’ai vu demander un rendez-vous, il y avait un diabétique qui avait absolument besoin d’un fond d’œil !

Comme vous ne le savez peut-être pas, cette situation est l’effet « kiscool » du numérus clausus qui limite drastiquement l’entrée en 2ème année de médecine, qui fait qu’aujourd’hui on produit toujours moins de médecins en France qu’en 1971, alors que la population a augmenté de 10 millions d’habitants en 45 ans. Car en France, on limite la concurrence médicale en agissant à la source. La médecine c'est l'un des derniers endroits où celle-ci ne s'exerce pas; serait-ce pour préserver les revenus de praticiens ?

Pire : entre 1975 et 1990, ce nombre a été réduit progressivement de moitié avant d'être remonté lentement depuis, mais sans atteindre le niveau de 1971; résultat, les médecins formés après 1968 partent aujourd'hui massivement en retraite, alors qu’il ne reste que les classes de plus en plus creuses de médecins. La concurrence s'aiguise ! A l'évidence, la situation va donc s’aggraver lourdement pendant une dizaine d’années, même si la France prélève des toubibs dans des pays qui se saignent pour les former (Roumanie, Algérie, etc.) (Bientôt Cuba?).

Les médias amusent la galerie en prétendant que la cause de cette situation serait la féminisation de la profession, ou la fainéantise des jeunes médecins. Ils font la même chose en stigmatisant les salariés qui s’accrochent aux 35 heures : alors tous des fainéant ?

Personnellement je suis pour que les médecins bénéficient des 35 heures, voire des 32 heures; je ne les considère donc pas pour des fainéants.

J’ajoute que l’obligation d’avoir un « médecin référent » provoque la même situation chez les médecins généralistes, et j’ai connaissance de difficultés similaires dans la médecine générale lors du départ en retraite du « médecin référent »; je crains pour le mien qui doit avoir un âge assez proche du mien.

En réalité, si l’on voulait réellement répondre aux besoins en médecins, il faudrait quasiment doubler le numérus clausus ! Car la question est dans la « production de nouveaux médecins », pas dans leur répartition sur le territoire ! Mais il faudrait ouvrir d’autres facultés, et… ça coûte cher !

Alors, certes les remboursements de la Sécu et des complémentaires santé sont utiles…. Encore faut-il pouvoir trouver un praticien ! Là devient le hic !

On est dans la merde ! Mais juste au début !

PS : mon ophtalmo est une roumaine, au demeurant très efficace et très sympathique. Ma dentiste est une portugaise. On en est là en France où l'on ne produit plus assez de médecins ! Pauvre France ! » 

Pris sur Commun commune, en lien.

Note de ma pomme: Ceci se passe dans la France entière et pas dans les coins les plus reculés de l'hexagone. Mais est-ce que Marisol Touraine, ministre socialo de la Santé et imposée sur les grandes fortunes, connaît pareil désagrément dans le 5e pays le plus riche au monde? Et les hors-sol qui nous ordonnent de nous serrer la ceinture? Sinon, ça va mieux comme nous le serine le président-candidat Hollande et le PS.

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BRUNOL 22/05/2016 11:18

je rajoute l'affaire récente du scandale du tri des patients pour traiter l'hépatie C, qui peut dégénérer en cirrhose mortelle pour les personnes contaminées. Le laboratoire américain Gilead fait des choux gras avec un traitement de 3 mois qui coûte 40 000 euros (soit 200 fois sont coût de revient). Ce traitement "antiviraux à action directe " (AAD), guérissent les patients dans 90 à 95% des cas.
Mais en France, seuls les cas les plus graves bénéficient d'un remboursement : le gouvernement a décidé, en 2014, que la Sécurité sociale ne rembourserait que les malades présentant un délabrement du foie avancé. 50.000 malades de l'hépatite C seraient en attente de traitement, et le figaro annonce : "seuls 15.000 des 350.000 malades estimés de l'hépatite C ont été traités depuis l'arrivée des nouveaux traitements". Dans le journal ultra-libéral Frédéric Bizard, un économiste de la santé explique le coût exorbitant : «Ces produits sont des médicaments qui guérissent réellement de l'hépatite C. Ils évitent donc qu'un malade prenne un traitement certes moins cher, mais sans interruption. Le coût paraît donc élevé sur la durée du traitement mais si on raisonne à dix ans, les laboratoires peuvent justifier d'un gain pour la Sécurité sociale. Cet argument tire nécessairement les tarifs vers le haut».

Ce rationnement ou cette scandaleuse sélection dénoncée récemment par un collectif d'associations, dont Médecins du monde (MDM), Aides ou encore SOS hépatites Fédération… peut s'avérer désastreuse pour les patients exclus des traitements. Ce collectif déclare : "Le gouvernement dispose en effet d’un outil légal puissant pour faire baisser le prix et rendre ainsi ces traitements accessibles à tous. Il s’agit de la licence d’office, une disposition explicitement prévue par l’Organisation mondiale du Commerce (OMC)". Cette disposition permet en effet à un Etat d'imposer l'importation et d'autoriser la production d'un médicament générique, moins cher, même si ce médicament est déjà breveté par un laboratoire, si "l'intérêt de la santé publique l'exige".

La mobilisation est essentielle sur tous les fronts contre l'exploitation capitaliste.