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Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

8 mars: le saviez-vous?

  Un peu d’histoire 

  En juillet 1889, à Paris, se tient le premier congrès de la IIeinternationale pour fédérer la mouvance socialiste située à l’extrême gauche à cette époque. Karl Marx avait poussé à cette création. Il est favorable à cette IIe internationale prônant la lutte des classes et la nécessité de socialiser les moyens de production.

  En 1888, à Londres, s'était réunie une conférence syndicale internationale, regroupant marxistes, anarchistes, trade-unions britanniques et tous les autres ; elle projettait une manifestation à date fixe dans tous les pays et grandes villes du monde pour défendre la journée de travail à huit heures.

  Mais c’est finalement le congrès fondateur de la IIe Internationale, à Paris qui décide de l’organiser. La journaliste Clara Zetkin (1857-1933) participe à ce congrès dans les rangs du parti social-démocrate allemand.


 Clara Zetking

    

  Le 1er mai ou le 8 mars 

  Dès 1900, les femmes du parti social-démocrate allemand se réunissent en amont du congrès national. En 1907, à Stuttgart, la Conférence féminine de la IIe Internationale élit Clara Zetkin secrétaire du Bureau Féminin International et fait de son journal Die Geichheit (L’Égalité) -premier journal féminin en Europe avec plus de 120 000 abonnés en Allemagne- l’organe international des femmes socialistes. Le rôle de la journaliste est capital, à l’aube du XXe siècle, dans les progrès du mouvement d’émancipation des femmes. Elle a écrit Question des travailleuses et question féminine de notre époque, brochure dans laquelle elle développe que la femme soit reconnue comme un travailleur à part intérieure et sans protection pour sa nature qui puisse lui interdire un métier. Dans son journal, elle expose des idées contestées, par la société et les hommes, sur le rôle de la femme, sur le couple, sur l’éducation des enfants par les parents ou sur l’école.

  En 1910, Le congrès de la IIe Internationale se tient à Copenhague, au Danemark du 23 août au 3 septembre. La Conférence féminine, qui le précède, (une centaine de déléguées représentant 17 pays), à l’instar de Clara Zetkin, vote un texte engageant les femmes à lutter pour la paix. Une autre résolution, toujours sur sa proposition, formule l’idée d’une journée « où serait propagée la nécessité d’une lutte commune des travailleurs, manuels et intellectuels, et où les revendications particulières des femmes dans le domaine politique, social et économique seraient plus particulièrement défendues. » Finalement, le congrès, à majorité masculine, adopte la résolution suivante : « En accord avec les organisations politiques et syndicales du prolétariat dans leurs pays respectifs, les femmes socialistes de tous les pays organiseront chaque année une journée des femmes qui, en premier lieu, servira à la propagande en faveur du vote des femmes […], cette journée des femmes doit avoir un caractère international et être soigneusement préparée. » Aucune date n’est précisée, sinon que Clara Zetkin avait proposé de la fixer au moment des « fêtes de mai »

  Mais le 1er mai 1891, à Fourmies, dans le Nord, la manifestation tourne au drame. La troupe tire sur une foule pacifique: 10 morts, dont 8 âgés de moins de 21 ans, et de nombreux blessés. Dès lors, l’Internationale socialiste adopte définitivement la date du 1er mai comme jour international de manifestations. Et le congrès de Copenhague, en 1910, vote donc une autre date (à fixer) en faveur des femmes, du moins pour leur droit à voter aux élections politiques.

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Meeting CGT  8 mars 1973

  Le Parti Social-démocrate allemand fixe cette journée des droits de la femme au 19 mars 1911, pour célébrer la Révolution de Berlin en 1848 et la Commune de Paris en 1871. Avant cette date, le journal de Clara Zetkin appelait les femmes, chaque année, à commémorer ces deux évènements. En 1911, Ce jour obtient un franc succès en Allemagne (42 rassemblements organisés dans la capitale) et en Autriche (30 000 femmes manifestant à Vienne). En France, avant 1914, le mouvement féminin socialiste n’est jamais assez fort pour reprendre cette initiative.

  Le 8 mars 1917 (23 février du calendrier orthodoxe), débute en Russie la Révolution d’Octobre : des ouvrières du textile manifestent à Petrograd avec les métallurgistes. Ensuite, intervient la scission du mouvement ouvrier international entre socialistes et communistes : le mouvement féminin socialiste se divise aussi malgré que Clara Zetkin tente une réunification en 1919. Mis en minorité dans le Parti social-démocrate allemand, elle est chassée de son journal qu’elle a dirigé durant 22 ans. Elle va adhérer au Parti communiste allemand dont elle sera députée de 1922 à 1933, date à laquelle Hitler prend le pouvoir et interdit le parti communiste. Elle est présente à Tours, lors du congrès fondateur du PCF en 1921.

  Le 8 mars 

  La CGTU et le PCF choisissent le 8 mars comme journée internationale des droits de la femme. En 1921, Lénine (1870-1924), président du Conseil des Commissaires du Peuple de Russie, avait décrété le 8 mars, « journée internationale des femmes ». Et  lors de son 3ème congrès, l’Internationale communiste vote une résolution sur des méthodes et des formes d’organisation du travail envers les femmes, dans les syndicats, entreprises et quartiers.

  Après 1945, un nouveau départ 

  L’histoire retient que le 8 mars 1945 est célébré dans le camp de concentration nazi de Ravensbrück par les femmes déportées.

  A la Libération, l’abattement de 10% sur les salaires des femmes est aboli en France. Sous l’impulsion de Marie Couette, secrétaire confédérale, la CGT tient sa première conférence de la main d’œuvre féminine ; le Bulletin des travailleuses est créé, il va devenir La revue des travailleuses. Auparavant, Marie Couette fut la représentante de la CGT à l’assemblée Constituante qui va promouvoir la 4ème république : peu de femmes dans cette assemblée d’hommes. Mais elle y défend leurs droits, la réforme du Code civil afin de rééquilibrer les droits des épouses considérées comme mineures de leurs conjoints. La Déclaration des droits de l’Homme précise désormais : "Les Hommes et les Femmes naissent libres et égaux en droits ».

 

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  En 1948, à la CGT, sous l’impulsion de Marie Couette, un Conseil national des femmes est formé avec les responsables à l’activité féminine des unions départementales et des fédérations. Son objectif : « l’égalité réelle, économique et sociale de la femme avec l’homme en tant qu’être humain et pour hâter la libération de la classe ouvrière, par l’émancipation des femmes ». Dès le 8 mars 1948, la CGT appelle les femmes à déposer des « cahiers revendicatifs auprès des patrons et des pouvoirs publics ».

 En juin 1955, Madeleine Colin devient secrétaire confédérale de la CGT. Chargée des droits des femmes au travail et dans la société, elle fonde un magasine féminin Antoinette, unique en son genre au sein des organisations syndicales françaises ; elle en est directrice de 1955 à 1975. Sous son égide, la CGT entreprend une campagne de longue durée : « gagner du temps et les moyens de vivre ». Il s’agit de faire admettre le rapport de la femme entre son travail et son temps domestique, sans sacrifier son droit à travailler, de gagner l’égalité salariale et, à partir de là, de faire bouger les rapports entre époux et l’image globale des femmes dans la société. Le journal Antoinette est porte-parole de cette politique revendicative.

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  Le 8 mars 1982, le gouvernement socialiste de François Mitterrand donne un statut officiel à cette journée en France. Mais cette institutionnalisation modifie son caractère de « luttes ». Elle devient simplement « journée de la femme », voire « journée de la fête de la femme ».

  Maryse Dumas, secrétaire confédérale de la CGT écrit, en 2010, sous le titre «Cent ans de luttes féminines» dans un numéro de Mémoires Vives, journal de l’Institut CGT d’histoire sociale d’Île-de-France : « La spécificité de la démarche de la CGT mérite d’être connue pour son courage et sa constance même si elle n’est pas dénuée d’insuffisances ou d’erreurs. Il y a plusieurs féminismes, comme et parce qu’il y a plusieurs visions des enjeux de la société et des perspectives de transformation sociale. Loin d’être l’exclusivité des femmes, le débat concerne tous ceux qui veulent changer la société. […] La CGT a aujourd’hui la légitimité pour affirmer son « féminisme syndical » qui lutte pour « une société démocratique libérée de l’exploitation capitaliste et des autres formes d’exploitation et de domination […] et agit pour l’égalité entre les hommes et les femmes » comme le stipulent les statuts ».

  D’autre part, l’historienne Jocelyne George, dans Les féministes de la CGT, pense qu’il est nécessaire de restituer la place et le rôle du syndicalisme et des luttes ouvrières dans l’histoire du féminisme, nombre des historiennes actuelles ne mentionnant rien ou presque entre 1945 et 1970. Or, durant cette période, des milliers de femmes sont syndiquées à la CGT et ont lutté pour leur émancipation (réduction du temps de travail, indemnisation du congé maternité, formation professionnelle). Jocelyne George dit également que la confédération a veillé à une répartition des tâches et responsabilités au sein des syndicats, même si les « préjugés bourgeois sur l’inégalité et l’infériorité des femmes ne sont pas sans effet sur les militants ».

  Le Code du Travail est « réécrit » sous le gouvernement de Nicolas Sarkozy. Un exemple avec l’article R 234-6, il limitait à 25kg le port d’une charge supportée par du personnel féminin. Désormais, l’article L 4541-1 sur « la manutention des charges » est vide au nom de l’égalité professionnelle entre les hommes et les femmes, sans pour autant qu’un texte législatif condamne l’inégalité salariale entre un homme et une femme.

  D'autre part, l'accord scélérat MEDEF-CFDT-CFTC-CGC du 11 janvier 2013 fait la part belle au temps de travail partiel et aux contrats courts dont sont victmes les femmes dans leur très grande majorité.

  Et à la veille du 8 mars 2016, François Hollande décore en personne de l'ordre de la Légion d'honneur le prince héritier de l'Arabie saoudite, de ce pays où les femmes sont interdites de conduire un véhicule et son sous la tutelle jusqu'à leur mort d'un homme de la famille (père, mari, etc). En Arabie saoudite, la polygamie est autorisée à raison de 4 épouses pour l'homme. Ceux-ci ont un droit unilatéral de divorcer sans avoir besoin de justification. Le divorce est effectif immédiatement et l'époux a l'obligation de fournir un soutien financier à son ex-épouse pendant quatre mois et dix jours. Une femme ne peut obtenir le divorce qu'avec le consentement de son mari ou si la justice démontre qu'elle est maltraitée. Côté héritage, les possessions du défunt sont partagés entre les « héritiers coraniques »: descendants, ascendants, collatéraux et son conjoint. Mais les héritières reçoivent toujours moitié moins que les héritiers.

  La Légion d'honneur au prince héritier d'une monarchie intégriste, absolue de droit divin, de surcroit ministre de la police: Tout un symbole!  Mais c'est vrai que la socialiste Laurence Rossignol est dans l'ordre de son ministère chargée de la Famille, de l'enfance et des Droits des femmes. Tout un symbole là aussi.

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