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Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

Le plan B de Jean-Luc Mélenchon, par Descartes

Dans la soirée du 21 janvier 2016, s'est tenue à Paris, dans le plus grand secret, une réunion. Ce fut à l'initiative du Fg, plus particulièrement des communistes. Bref, une quarantaine de personnalités politiques et associatives s'est rassemblée pour parler de politique. Il y avait là les patrons du Fg, des écolos dont le porte-parole d'Eelv, Gérard Filoche du Ps, la féministe Carole de Hass ou des membres du Npa. La primaire à gauche fut aussi abordée. Dire que Jean-Luc Mélenchon a été enthousiasmé par cette proposition et sur l'ensemble des débats, serait mentir.

L'ex-candidat du Fg à la présidentielle de 2012 ne pensait qu'au sommet international, organisé par ses soins à Paris, ce week-end, autour d'un Plan B. Chose qui m'avait parfaitement échappé, mais qui montre toutefois la parfaite union régnant au sein du Fg. Heureusement, Descartes était lui présent à cette réunion internationale. Je vous livre donc son analyse. Pour le débat

Cela a probablement échappé à beaucoup de gens, mais ce samedi (23 janvier 2016) se réunissait à Paris le « sommet du Plan B ». Ce « sommet », qui avait été prévu en novembre dernier avait été reporté suite aux attentats terroristes qui ont endeuillé Paris. Mais ce n’était que partie remise, et on a vu converger vers Paris des « spécialistes » français et étrangers bien connus dans le monde des « alter » et dans les colonnes du « Monde Diplomatique ».

Commodément installé dans mon fauteuil, et avec une réserve de chocolat suffisante pour couvrir toutes les éventualités, je me suis donc installé pour regarder le spectacle. En fait, la table ronde sur l’Euro, parce que le reste s’est révélé très vite d’un ennui mortel. Je m’attendais à être déçu, je ne le fus pas : les discours de la plupart des intervenants étaient parfaitement prévisibles. Je ne vais donc pas détailler les interventions des uns et des autres. Cependant, l’écoute des interventions des français à la table ronde sur l’Euro – que je vous conseille – montrent que les choses sont petit à petit en train de changer. Pour la première fois, on entend Jacques Généreux proclamer que l’objectif est bien sortir de l’Euro, même si ensuite il affaiblit le propos en expliquant qu’il faut quand même « sauver l’Union européenne » - on se demande pourquoi – et si ses propositions se fondent sur l’idée fort naïve qu’il suffira que la France déclare ne plus « appliquer les règles actuelles » pour que nos partenaires – c'est-à-dire, l’Allemagne – acceptent une réforme globale.

En fait, les diagnostics qu’on a entendus ne sont pas mauvais. La rigidité de la monnaie unique empêche le rééquilibrage des prix et des salaires entre les différents pays, et les déséquilibres entre les différents pays – et notamment l’énorme excédent de l’Allemagne – ne peuvent donc être traités que par la déflation interne. Mais une fois le diagnostic posé, on se trouve bien embêtés. D’autant plus embêtés qu’au fil des discours on se rend compte que la plupart des intervenants – et beaucoup des participants de la salle – ont été dans le passé partisans de l’Euro !

Mais comme je l’ai dit, on commence à entendre un autre discours. Un discours qui ne sera pas tout à fait étranger à ceux qui suivent ce blog. D’abord, un discours plus réalistes quant à la possibilité de transformer l’Euro en « monnaie démocratique » sans casser le système. Mais aussi sur la question des rapports avec le système des échanges. Ainsi, certains réalisent finalement qu’un système dans lequel certains pays ont des excédents permanents n’est pas durable, puisque les excédents des uns sont forcément des déficits des autres. On arrive donc à l’idée de l’équilibre des échanges comme objectif, position défendue par Keynes dans les années 1930 et que j’avais exposé dans ce blog avec la proposition d’un « protectionnisme intelligent ».

Mais l’intervention la plus remarquable a été celle de Frédéric Lordon, qui détonnait singulièrement avec le ton feutré des autres économistes. Les lecteurs de ce blog savent que Lordon n’est pas saint de ma dévotion, pour des raisons que j’ai maintes fois expliquées. Mais je dois dire que cette fois-ci j’ai été très agréablement surpris. Lordon pointe bien la difficulté de la gauche – et la « gauche radicale » ne fait pas exception – à se défaire de l’illusion européenne, sur l’Euro bien entendu, mais aussi sur la construction européenne en général. Il dénonce aussi la « panique intellectuelle » d’une gauche qui, « de peur d’avoir des mauvaises pensées, ne pense plus du tout ». Il décrit assez bien la pusillanimité de la « gauche radicale » qui n’ose pas sortir de l’Euro et qui du coup a laissé le FN s’approprier cette proposition. Il fustige l’inconséquence de cette même gauche radicale qui ne veut pas les conséquences de ses actes. Et le plus drôle, est qu’il a été copieusement applaudi par les gens mêmes qu’il a fustigés. Mais peut-être ne se sont-ils pas reconnus ?

Mais si les discours de ce « sommet » ont quelque chose en commun qui me semble tout à fait remarquable, c’est le refus systématique de toute analyse de classe. La polarisation de tout ce qui est mauvais dans la « finance » permet en effet d’éviter toute question sur les groupes sociaux qui ont soutenu et permis la mise en place du système qu’on critique aujourd’hui. Car ni l’Euro ni la construction européenne néo-libérale ne sont tombés du ciel. Ils n’ont pas été mis en place par un dictateur tout-puissant venu de la planète Xorn avec des traders dans ses valises. Ce système est l’œuvre d’hommes politiques démocratiquement élus, votée par des parlements et dans certains cas même par référendum. Bien de ceux qui étaient présents dans la salle – Oskar Lafontaine et Jean-Luc Mélenchon, pour ne donner que deux exemples remarquables – ont d’ailleurs passionnément milité pour. Même après les désastres qui ont émaillé son histoire, l’Euro garde un soutien majoritaire de certains groupes sociaux, comme l’exemple grec le montre abondamment. Or, personne ne semble s’interroger sur le pourquoi de ce soutien d’hier et d’aujourd’hui. Le match annoncé est « peuple vs. finance ». Pas question d’insinuer que le « peuple » est hétérogène, que chaque groupe défend ses intérêts, et que l’intérêt de certains est du côté de la « finance ».

Le problème est aussi que les économistes de cette « gauche radicale » n’arrivent pas à se décider entre plusieurs maux. Ils veulent sauver l’intégration européenne – pour des raisons mystérieuses, ils considèrent toujours l’UE comme un espace de liberté et de démocratie – mais se rendent compte que dans un contexte de mobilité parfaite des capitaux et des biens implique nécessairement la déflation salariale, seul moyen de jouer sur la compétitivité. Tout en admettant, comme le fait Généreux dans un raisonnement fort élégant, qu’il n’existe pas de « peuple européen » et que donc tout fédéralisme implique nécessairement une forme de « dictature », on continue à rêver à une Europe fédérale « des peuples ». En fait, dans toutes ces interventions, le concept de la Nation plane sur les discussions comme un énorme non-dit, l’éléphant qui est au milieu de la pièce mais que tout le monde fait semblant de ne pas voir. Tout le monde constate que l’Euro n’a pas marché, qu’il a approfondi les déséquilibres, mais personne ne se demande pourquoi les monnaies nationales ont, elles, marché. Quel est le mécanisme qui assure un équilibre à l’intérieur d’une Nation mais qui ne marche pas à l’échelle de l’Europe ? Bonne question, n’est ce pas ?

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