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Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

Propos tenus (ou qu'aurait tenus) Pierre Gattaz, le patron des patrons

A la veille des élections régionales, le Président du MEDEF a accepté de nous recevoir pour une interview exclusive. Nous, c'est Rouge-Midi. Voir le lien plus bas...

Rouge-Midi :
Président, certains observateurs se sont étonnés de votre irruption dans la campagne électorale et de votre charge contre le Front National. Quelles sont les raisons de cette prise de position inhabituelle de la part d’un syndicaliste qui prétend « ne pas faire de politique » ?
Pierre Gattaz :
Pour comprendre le message que j’envoie, il faut avoir en tête ce que vous, à Rouge-Midi, avec vos amis les Rouge Vifs 13, ne cessez de marteler : ce système qui nous assure, à nous, patrons - je dirais les « capitalistes »pour parler comme vous - (sourire), un pouvoir de décision sur les conditions de vie de chacun en raison du fait que nous possédons les grands moyens de production, les médias et les outils financiers, est en crise systémique.
Ce qui nous fait obligation de nous doter de personnel politique gérant les États, dont nous puissions être assurés qu’ils appliqueront nos programmes de recul social, humain et démocratique à la lettre, durant le laps de temps ou ils sont « aux affaires ». Un genre de CDD de loyaux gestionnaires de nos intérêts.
Rouge-Midi :
Mais vous savez bien que le Front National est un parti qui, derrière le masque actuel de défenseurs des petites gens en souffrance, est une Organisation totalement opposée aux travailleurs, aux syndicats, un parti d’utile division pour vous, alors...pourquoi ?
Pierre.GATTAZ  : (nous coupant)
Certes, mais il ne vous a pas échappé que partout, en Europe en particulier, tous les gouvernants en place sont régulièrement sanctionnés, en raison des dégâts que nos politiques occasionnent.
Nous pensons que nous ne pouvons plus nous contenter d’avoir « deux fers » au feu, par exemple pour qu’un Sarkosy usé soit remplacé par un Hollande et ainsi de suite...
C’est pour gagner du temps que nous avons suivi avec intérêt la façon dont, en Grèce, nous pouvions compter sur des politiciens « vierges », ne faisant encore l’objet de rejet pour cause de bilans désastreux pour les travailleurs, la jeunesse, les retraités etc...
Rouge-Midi  :
Vous parlez de Syrisa et de Tsipras ?
Pierre Gattaz  :
Évidemment. Mais vous constaterez comme nous, que six mois à peine la pseudo rébellion de M. Tsipras - que nous avons mis en scène conjointement - les masses, pour parler votre langage, commencent à se rendre compte que l’austérité à la mode Syrisa c’est la poursuite voir l’aggravation des politiques antérieures.
Rouge-Midi :
Excusez moi, Président, mais quel rapport avec nos régionales ?
Pierre Gattaz  :
Patientez !
Sous une apparente léthargie, le mouvement social nous préoccupe. Certes nous n’en sommes pas, face nos plan sociaux, à des centaines de réactions semblables à ce qu’a été chez vous le conflit FRALIB, où nous avons été battus.
Mais nous sommes bien conscients que nous n’aurons pas toujours l’embellie de ces jours ci ou l’horreur provoquée par les attentats peut, un temps, conduire ce peuple aux racines rebelles, à un « deuil » d’union nationale et à supporter la marche vers la Barbarie - c’est bien ainsi que vous appelez la pérennité de notre système capitaliste ?- au son de la Marseillaise et en brulant les drapeaux rouges de votre Commune de Paris, pour les remplacer par les trois couleurs que nous avons déployées ces jours ci, davantage en référence aux Versaillais qu’à vos ancêtres (sourire) de Valmy.
Rouge-Midi :
Vous ne répondez pas à ma question concernant les élections régionales et votre charge contre le parti de Madame Le PEN.
Pierre Gattaz :
J’y viens, j’y viens.
En France, contrairement par exemple à l’Allemagne ou à certains pays du Nord, il y a une très ancienne référence à des positions antagoniques entre GAUCHE et DROITE.
L’existence d’un PCF, influent et actif, a contribué pendant longtemps à ce que, sous la 5ème République et hormis une courte période - l’arrivée du Général de Gaulle - il soit impossible de constituer des équipes dirigeantes d’unité, de coalition entre grands partis qui, sur le fond, sont d’accord avec notre souci de maintenir le système capitaliste.
Mais les temps changent. Aussi nous devons nous poser la question : et si, par exemple en 2017, nous pouvions compter sur des élections qui nous permettent de faire avaler aux français qu’en oubliant les vieilles querelles partisanes dépassées, il faut que s’associent toutes les « bonnes volontés".
Après tout, entre M. Macron et M. Juppé, par exemple comme entre un Parti socialiste enfin en phase totale avec l’exigence de nécessaires sacrifices et une partie importante de la droite, quelles sont les divergences profondes ?
Rouge-Midi  :
Mais pourquoi cette montée au créneau contre le F.N. ?
Pierre Gattaz : (rire)
Mais rappelez vous ce qu’a déclaré M. Hollande : « le F.N. parle comme les tracts du P.C. en 1970 ». J’ai repris cet argument en disant notamment que le programme du F.N. - pardon de me citer - "me rappelait étrangement le programme commun de la gauche de 1981"
Ainsi , coup double, cher ami.
Je participe à une opération qui vise à ce que des milliers de travailleurs votent F.N., que je présente astucieusement comme un adversaire, le remplaçant d’un P.C. inaudible et que les travailleurs ne reconnaissent plus comme une force pour les défendre !
Du coup, je renforce l’épouvantail « Front National » soi disant aux portes du pouvoir.
Voilà qui aide à préparer, dès ce mois ci, mais bien entendu surtout en visant 2017, cette « coalition de la sagesse nationale », dans une forme nouvelle de bipolarisation : le F.N. d’un côté et les partis « républicains et européistes" de l’autre. Avec, car nous sommes en démocratie pluraliste (sourire), des restes de la grande illusion révolutionnaire, marginalisés, réduits à l’état de groupuscules.
Comme aux États Unis, en Angleterre ou en Allemagne ...
Rouge-Midi :
Président, c’est sans compter sur un retournement de situation que provoqueraient des luttes sociales de résistance à vos projets destructeurs, associées à la construction d’un courant communiste de ce millénaire.
Pierre Gattaz  :(avec un regard noir)
Nous le savons, cher ami...
C’est pourquoi, comme l’ensemble des forces qui sait qu’une telle situation est la seule alternative à nos projets à court, moyen et long terme, nous lutterons pied à pied contre vos intentions de participer à ce genre de contre-offensive.
Vous serez au moins d’accord avec moi sur un point : c’est ce qu’on appelle la Lutte des Classes, tous terrains, non ?
Rouge-Midi : 
Merci, Président pour cette franchise qui nous conforte dans quelques idées fondamentales largement partagées par nos lecteurs.

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