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Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

Laïcité et radicalisation à la RATP, la CGT s'explique

Depuis le début de l’année et à la suite des attentats qui ont touché la France, un grand nombre de médias abordent la question du fait religieux dans les entreprises et la montée du nombre de conflits sur la laïcité qui auraient, selon certaines études, doublé en un an dans la sphère professionnelle au niveau national.

En ce moment même, une campagne médiatique de grande ampleur a lieu concernant une montée de cette problématique à la RATP et touchant aussi aux questions du communautarisme, qu’il soit religieux ou affinitaire.

Cette campagne fait suite à la découverte qu’un des terroristes de l’attentat du Bataclan a occupé un emploi à la RATP durant quinze mois et a été alimentée par les propos d’un dirigeant de syndicat non représentatif à la RATP.

La CGT-RATP, par ce communiqué, tient à préciser son analyse de la situation, de la réalité de notre entreprise publique et de son environnement et réaffirmer notre exigence d’un respect des principes de laïcité.

Une telle expression n’est, pour nous, pas une première et c’est à huit reprises, depuis 2007, que nous nous sommes exprimés et sommes intervenus sur ces questions sensibles en refusant de s’inscrire dans toute forme de démagogie, de renoncement ou de négation de certains faits portant atteinte aux valeurs de la République, à la loi de 1905 et à la Constitution qui l’a intégrée depuis 1958 en son article 1.

La CGT-RATP réaffirme ses exigences à travailler à l’unité des salariés qui ont des intérêts convergents par-delà leurs différences de qualification, mais aussi d’origine, de croyance, etc…

Nous réaffirmons la modernité de la laïcité comme outils pour « vivre et travailler ensemble », c’est une des conditions qui garantit notamment la liberté de culte, d’où la nécessité de la défendre, elle n’est en rien une restriction des croyances ou des philosophies mais, au contraire, la condition sine qua none garantissant la liberté de chacun.

La RATP, entreprise nationale publique de service public et premier employeur d’Ile de France, est traversée, au travers les salariés qui la composent, des problématiques des territoires sur lesquels elle rayonne.

Les agents de la RATP sont à l’image de la sociologie des populations pour qui ils œuvrent chaque jour et cela est une bonne chose. Ils vivent en très grande majorité en Ile de France et sont, de fait, traversés par les mêmes problématiques que tout francilien.

La CGT-RATP dénonce, de la manière la plus ferme qui soit, les affirmations qu’il y aurait, à la RATP, un terreau fertile de radicalisme religieux, voire dans l’actualité qui nous traverse, une surreprésentation des personnes fichées « S ». Nous rappelons que ce type d’informations est d’ordre confidentiel au niveau des services de l’Etat et n’est en aucun cas communiqué aux directions d’entreprises ou aux organisations syndicales, c’est là une chose normale dans un état de droit !

La montée de l’extrémisme dit « religieux » dans un certain nombre de villes et de nos quartiers populaires est une des conséquences de la crise sociale et identitaire que subissent les populations qui les composent. C’est là une des conséquences de l’abandon du terrain social par l’Etat depuis de nombreuses années, de son désengagement dans un certain nombre de territoires avec notamment l’abandon de services publics de proximité.

Nous sommes confrontés, à la RATP, d’une part, à une remise en cause par certains individus ultra minoritaires de la laïcité avec la volonté de faire entrer petit à petit le fait religieux dans la sphère publique, notamment en essayant de faire plier les règles de fonctionnement du service public à des dogmes de nature religieuse.

D’autre part, à des manifestations de négation des valeurs républicaines, en particulier de la première d’entre elles : l’égalité des droits, en particulier entre les femmes et les hommes. Il en est ainsi des comportements inadmissibles consistant pour des « justifications » d’ordre religieuses de refuser de serrer la main aux femmes voire de travailler avec elles…

Derrière ces épiphénomènes à l’entreprise mais néanmoins très graves car touchant à des valeurs et des principes avec lesquels nous ne saurions transiger, il y a deux objectifs distincts mais qui s’alimentent l’un l’autre : Le projet de l’intégrisme islamique et le néofascisme. Les deux ont en commun la théorie du « choc des civilisations » : une conception de la société ultra-rétrograde et raciste, la haine des valeurs républicaines, du progrès social et des organisations qui l’incarnent… Tout en cherchant l’un et l’autre à s’approprier la colère née de la régression sociale que nous vivons.

Les 45.000 agents de la RATP assurent quotidiennement le transport de plusieurs millions de voyageurs, et ce, en toute sécurité, malgré les nombreuses difficultés auxquelles ils sont confrontés du fait d’une politique d’entreprise qui privilégie les gains de productivité au développement des missions du service public.

En ce sens et à son niveau, la RATP a aussi sa part de responsabilité dans la montée des tensions communautaristes de quelques natures qu’elles soient à l’entreprise. Ainsi et durant de trop nombreuses années, les agents d’encadrement ont été livrés à eux-mêmes face à des situations souvent compliquées et portant atteinte au respect strict des principes de laïcité. Il aura fallu attendre mai 2013 pour qu’enfin l’entreprise dote son encadrement d’un guide sur la « laïcité et neutralité dans l’entreprise ».

Pour l’essentiel, les préconisations qu’il contient relèvent du bon sens et la CGT-RATP aurait souhaité aller plus loin dans les outils donnés à l’encadrement, notamment en termes de signalement, de soutien et d’accompagnement. La direction s’y est, à l’époque, refusée.

La politique menée à la RATP, guidée par la recherche de gains de productivité, n’a de cesse d’isoler les salariés, de supprimer des postes et de détruire les collectifs de travail qui constituaient pourtant un creuset où cohabitaient harmonieusement les agents, quelles que soient leur culture et leurs origines. C’est aussi dans ce cadre que l’encadrement a de plus en plus d’agents sous sa responsabilité, ne permettant plus un suivi et un accompagnement individuel de chaque agent durant sa carrière.

Il faut replacer les valeurs du Service public au cœur de la gestion de l’entreprise, et ce, dans les domaines du recrutement, de la formation professionnelle continue et de l’accompagnement des agents durant toute leur carrière.

C’est seulement en retrouvant le sens du service public et en faisant respecter strictement la laïcité que la RATP apportera une réponse à la fois pertinente, légitime et efficace à ces questions sensibles dans son périmètre.

C’est la crise sociale renforcée par les politiques d’austérité qui ont conduit à la montée des égoïsmes nationaux et des tensions identitaires partout en Europe. C’est par le développement social et en replaçant l’humain au centre des préoccupations et des politiques publiques que la haine, l’ignorance et la bêtise seront vaincues.

La CGT-RATP continuera de combattre avec acharnement toutes formes de discrimination, de racisme, de xénophobie pour un monde juste et de paix !

Paris, le 27 novembre 2015

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jean-marie Défossé 30/11/2015 15:55

Excellent communiqué qui mériterait d'être envoyé au "châtelains en soutane du Vatican" ; eux qui prêchent à peu de chose près le même discours mais qui font le CONTRAIRE et attendent patiemment de tirer bénéfices et surtout POUVOIRS du chaos généralisé qu'ils ont orchestré avec toutes les autres oligarchies !
Ainsi soit-il !