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Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

5-8 septembre 1915, en pleine guerre, la conférence de Zimmerwald en Suisse

La Première Guerre mondiale, débutée en août 1914, bat son plein avec déjà un million de morts. Pour la seule année 1915, plus de 333 000 soldats français sont tués au combat. La IIe Internationale socialiste a failli, ses dirigeants sont devenus des bellicistes. 3 socialistes français entrent dans le gouvernement de droite dit d'Union sacrée: Marcel Sembat, Albert Thomas et Jules Guesde, lui représentant l'aile dite "révolutionnaire" de la SFIO, la Section française de l'internationale ouvrière. Le chef de cabinet du ministre Sembat est Léon Blum, futur dirigeant national de la SFIO en 1920.

En Allemagne, ce n'est pas mieux. Karl Kaustky, surnommé "le pape du marxisme", couvre de son autorité l'Union sacrée à l'allemande. Emile Vondervelde, président de la IIe Internationale, est nommé ministre d'Etat par le roi des Belges.

La CGT s'est engouffrée aussi dans l'Union sacrée. Léon Jouhaux, son secrétaire général, est nommé Commissaire de la Nation, avec rang de ministre, pour "soutenir le moral du pays et l’effort de guerre". Seule une petite poignée de cégétistes, regroupée autour de la Vie ouvrière de Pierre Monatte, s'oppose à la guerre.

Le 5 septembre 1915, se faisant passer pour des ornithologues, 38 hommes venant de 12 pays gagnent la Suisse et le village de Zimmerwald, dont Lénine ou Trosky pour la Russie, Bourderon et Merrheim pour la France. Mais ces derniers ne représentent pas la part infime de la SFIO hostile à la guerre, mais les minoritaires de la CGT.

Dès le début du conflit, depuis son exil, Lénine soulignait de transformer "la guerre capitaliste en guerre civile", afin de prendre le pouvoir. Mais sauf les amis de l'Allemande Rosa Luxembourg, les opposants à la guerre ne vont guère plus loin que l'exigence de la paix sans anexion ni indemnité.

Les débats sont donc houleux à Zimmerwald. La motion présentée par Lénine est rejetée par 19 voix contre 12, y compris par 4 de ses compatriotes et les deux Français. Finalement, sous l'égide de Trosky, qui n'est pas encore dans le camp de Lénine, le manifeste de Zimmerwald est adopté à l'unanimité. Extraits:

PROLÉTAIRES !

Depuis que la guerre est déchaînée, vous avez mis toutes vos forces, tout votre courage, toute votre endurance au service des classes possédantes, pour vous entre-tuer les uns les autres.
Aujourd'hui, il faut, restant sur le terrain de la lutte de classe irréductible, agir pour votre propre cause, pour le but sacré du socialisme, pour l'émancipation des peuples opprimés et des classes asservies. [...]

Ouvriers et ouvrières, mères et pères, veuves et orphelins, blessés et mutilés, à vous tous qui souffrez de la guerre et par la guerre, nous vous crions : par-dessus les frontières, par-dessus les champs de bataille, par-dessus les campagnes et les villes dévastées :

" PROLÉTAIRES DE TOUS LES PAYS, UNISSEZ-VOUS ! "

Mais Lénine et la gauche zimmerwaldienne n'est pas satisfaite, même si le manifeste reconnaît que le capitalisme est l'unique fauteur de cette boucherie internationale.

En France, l'esprit de Lénine échappe au mouvement ouvrier organisé contre la Première Guerre mondiale. D'ailleurs Merrheim va rejoindre l'aile droite de la CGT conduite par Léon Jouhaux en 1916.

Or, même modeste, l'écho du manifeste de Zimmerwald va aller grandissant dès 1916. Un socialisme révolutionnaire va se forger en France. Cela aboutira au congrès de Tours de la SFIO, en 1920, par la création du PCF. Léon Blum et une minorité de congressistes resteront eux dans la "vieille maison" socialiste.

5-8 septembre 1915, en pleine guerre, la conférence de Zimmerwald en Suisse

Congrès de Tours décembre 1920

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